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Les gars et les filles

Six documentaires emmenés par une nouvelle génération d'auteurs.

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Les gars et les filles

Six documentaires emmenés par une nouvelle génération d'auteurs.

Les gars et les filles

11/01/12

Le genre fait débat

Les gars et les filles - Chaque jeudi du 12 janvier au 16 février 2012 vers 23h


Pourquoi une femme devrait-elle forcément être accro au shopping ? Pourquoi un homme n'aurait-il pas le droit de pleurer ? Les « gender studies » ou études de genre veillent à questionner des rôles qui nous sont socialement assignés et à déconstruire les stéréotypes pour plus d'égalité entre femmes et hommes.
2012 sera-t-elle l'année du changement en France ?


Imaginez des LEGO réservés aux filles, de préférence de couleur rose avec des personnages qui seraient esthéticienne, cuisinière ou chanteuse... Vous haussez les sourcils ? C'est pourtant le nouveau positionnement de la marque danoise qui lance en France LEGO Friends, pour « les filles, les vraies ». Une décision qui risque de faire polémique alors que de nombreux universitaires tentent de dégommer depuis plusieurs années les stéréotypes liés aux genres.

Et si les différences hommes-femmes étaient le résultat d'une construction sociale et non pas le produit d'un quelconque déterminisme biologique ? C'est la thèse développée par les « gender studies », études de genre en français. Loin d'être une exportation anglo-saxonne, les études de genre s'enseignent depuis des années sur les bancs de l'université française, mais c'est en 2010, quand Sciences Po et l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) lancent le programme de recherche et d'enseignement de savoirs sur le genre (Presage) qu'on va réellement commencer à en entendre parler.

« La spécificité de Sciences Po est de ne pas faire des études de genre une spécialisation mais une grille de lecture portée au sein de chaque discipline et dans leur inter-relation », explique Réjane Sénac, chercheure CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po - CEVIPOF. Ainsi, depuis la rentrée 2011, des cours questionnant le droit, l'économie, l'histoire, la science politique et la sociologie au regard du genre sont proposés aux étudiant-e-s. « Le défi est que tous les étudiant-e-s de Sciences Po, qu’ils deviennent cadres d’entreprises, hauts fonctionnaires, journalistes ou diplomates, comprennent la portée théorique et pratique des questionnements sur le genre et les inégalités femmes-hommes. »


 
TRANSGENRE : vers la fin d'un tabou ?
 
Il arpente les catwalks tantôt en femme, tantôt en homme. Lui, c'est le top transexuel Andrej Pejic. Une beauté androgyne que tout le monde s'arrache. Il y a un an, le créateur Jean-Paul Gaultier le faisait défiler en mariée, pour clôturer son défilé haute couture printemps-été 2011. En mai dernier, Carla Antonelli est devenue la première députée transexuelle élue en Espagne. Et en France, les choses semblent bouger aussi. Brigitte Goldberg, la présidente de Trans-Europe, est la première transexuelle à être candidate à la présidentielle. Côté politique toujours, le 22 décembre dernier, une proposition de loi a été déposée à l'Assemblée nationale à l'initiative de la députée PS Michèle Delaunay. L'idée ? Simplifier la procédure de la mention de sexe à l'état civil. Les personnes transgenres qui souhaitent obtenir un changement d'état civil doivent actuellement justifier d'une opération ou d'un traitement. Intégrer dans le droit français la différence entre sexe biologique et identité sexuelle construite serait donc une petite révolution.
En septembre dernier, ce sont tous les étudiants rentrant à l'Université Paris 7 (à l’exception des filières médicales) qui ont bénéficié d'une journée de formation consacrée à l'égalité femmes-hommes. C'est un constat : les études de genre se démocratisent peu à peu. Mais tout ne se fait pas sans heurt : fin août, certains manuels de SVT à destination des classes de Première L et ES ont provoqué le tollé. En cause, un chapitre intitulé « Devenir homme ou femme », expliquant l'identité sexuelle des individus autant par le contexte socio-culturel que par le sexe biologique. En résumé, on naît homme ou femme puis on forme sa propre identité sexuelle (hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle, transexuelle). Une analyse qui a fait grincer des dents 80 députés UMP qui ont demandé au ministre de l'Education, Luc Chatel, le retrait des ouvrages. « Le fait que des acteurs politiques aient pris part au débat et que les médias l’ait relayé souligne que la déconstruction d’une lecture essentialiste des identités sexuées et sexuelles est devenu un débat de société. Espérons que cela marque une nouvelle phase d’institutionnalisation des travaux sur le genre qui permettra de rendre visibles les multiples initiatives existantes et de poursuivre leur mise en réseau », souligne Réjane Sénac.
 
En décembre, la Ligue de l'enseignement a distribué dans les écoles parisiennes des livrets permettant aux CP et aux CE1 de repérer les clichés sexistes. La mairie de Paris forme également les auxiliaires de puériculture afin qu'elles ne reproduisent pas des schémas stéréotypés auprès des plus petit-e-s.
Depuis deux ans, l'Association française des femmes diplômées des universités a lancé un concours intitulé « Les Olympes de la parole », en partenariat avec des ministères et l'Observatoire de la Parité. Ecoliers, collégiens et lycéens sont invités à plancher sur la place de chacun et chacune à l'école et dans la société. Ce réseau qui se crée de la maternelle à l'enseignement supérieur va toucher à la socialisation des enfants et, par ricochet, leurs parents. Comme on débat à la maison de certains sujets de politique internationale, on peut imaginer voir la notion de genre décortiquée à l'heure du dîner.
 
On peut alors s'interroger : 2012 sera-t-elle l'année du chambardement du genre, l'explosion des clichés et l'autoroute vers une égalité femmes-hommes ? Réjane Sénac, politiste, rappelle qu'« on ne peut pas aborder 2012 sans prendre en compte sa dimension électorale. L’élection présidentielle a toujours été un moment fort dans la reconnaissance par les politiques de la légitimité de revendications féministes, telles que le droit à la contraception en 1965,  la parité en 1995, ou la lutte contre les violences faites aux femmes en 2007.  En septembre dernier, la signature par tous les candidat-e-s à la primaire socialiste du pacte pour l'égalité démontre que cette question est devenu un sujet incontournable. Au-delà de sa dimension apparemment consensuelle, il sera intéressant de voir comment les candidat-e-s à la présidentielle vont porter ce sujet à la fois au-delà et à travers les clivages idéologiques. Si les engagements sur l’égalité salariale sont par exemple transpartisanes, des divergences apparaissent clairement entre une approche par une politique de l’identité, de la reconnaissance portée en particulier par l’UMP, qui s’interrogeait dans une convention de juin 2011 sur « la place des femmes dans la société » et une politique de l’égalité revendiquée par Europe Ecologie les Verts comme un bouleversement de l’ordre sexué. En 2012, l’égalité femmes-hommes ne sera donc pas uniquement un enjeu électoral mais un véritable enjeu politique. »

Pour aller plus loin :

« Enseigner le genre en France : quel est le problème ? », débat ouvert au public à la Sorbonne à Paris, le 9 février, de 17h à 20h.
Inscriptions et renseignements: mage.cnrs@shs.parisdescartes.fr
« L'invention de la diversité », de Réjane Sénac, PUF, janvier 2012
« L'ordre sexué. La perception des inégalités hommes-femmes », de Réjane Sénac, PUF, coll. Le lien social, novembre 2007.


Emilie Mathieu


Edité le : 09-01-12
Dernière mise à jour le : 11-01-12