Imaginez des LEGO réservés aux filles, de préférence de couleur rose avec des personnages qui seraient esthéticienne, cuisinière ou chanteuse... Vous haussez les sourcils ? C'est pourtant le nouveau positionnement de la marque danoise qui lance en France LEGO Friends, pour « les filles, les vraies ». Une décision qui risque de faire polémique alors que de nombreux universitaires tentent de dégommer depuis plusieurs années les stéréotypes liés aux genres.
Et si les différences hommes-femmes étaient le résultat d'une construction sociale et non pas le produit d'un quelconque déterminisme biologique ? C'est la thèse développée par les « gender studies », études de genre en français. Loin d'être une exportation anglo-saxonne, les études de genre s'enseignent depuis des années sur les bancs de l'université française, mais c'est en 2010, quand Sciences Po et l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) lancent le programme de recherche et d'enseignement de savoirs sur le genre (Presage) qu'on va réellement commencer à en entendre parler.
« La spécificité de Sciences Po est de ne pas faire des études de genre une spécialisation mais une grille de lecture portée au sein de chaque discipline et dans leur inter-relation », explique Réjane Sénac, chercheure CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po - CEVIPOF. Ainsi, depuis la rentrée 2011, des cours questionnant le droit, l'économie, l'histoire, la science politique et la sociologie au regard du genre sont proposés aux étudiant-e-s. « Le défi est que tous les étudiant-e-s de Sciences Po, qu’ils deviennent cadres d’entreprises, hauts fonctionnaires, journalistes ou diplomates, comprennent la portée théorique et pratique des questionnements sur le genre et les inégalités femmes-hommes. »


En décembre, la Ligue de l'enseignement a distribué dans les écoles parisiennes des livrets permettant aux CP et aux CE1 de repérer les clichés sexistes. La mairie de Paris forme également les auxiliaires de puériculture afin qu'elles ne reproduisent pas des schémas stéréotypés auprès des plus petit-e-s.
Depuis deux ans, l'Association française des femmes diplômées des universités a lancé un concours intitulé « Les Olympes de la parole », en partenariat avec des ministères et l'Observatoire de la Parité. Ecoliers, collégiens et lycéens sont invités à plancher sur la place de chacun et chacune à l'école et dans la société. Ce réseau qui se crée de la maternelle à l'enseignement supérieur va toucher à la socialisation des enfants et, par ricochet, leurs parents. Comme on débat à la maison de certains sujets de politique internationale, on peut imaginer voir la notion de genre décortiquée à l'heure du dîner.
On peut alors s'interroger : 2012 sera-t-elle l'année du chambardement du genre, l'explosion des clichés et l'autoroute vers une égalité femmes-hommes ? Réjane Sénac, politiste, rappelle qu'« on ne peut pas aborder 2012 sans prendre en compte sa dimension électorale. L’élection présidentielle a toujours été un moment fort dans la reconnaissance par les politiques de la légitimité de revendications féministes, telles que le droit à la contraception en 1965, la parité en 1995, ou la lutte contre les violences faites aux femmes en 2007. En septembre dernier, la signature par tous les candidat-e-s à la primaire socialiste du pacte pour l'égalité démontre que cette question est devenu un sujet incontournable. Au-delà de sa dimension apparemment consensuelle, il sera intéressant de voir comment les candidat-e-s à la présidentielle vont porter ce sujet à la fois au-delà et à travers les clivages idéologiques. Si les engagements sur l’égalité salariale sont par exemple transpartisanes, des divergences apparaissent clairement entre une approche par une politique de l’identité, de la reconnaissance portée en particulier par l’UMP, qui s’interrogeait dans une convention de juin 2011 sur « la place des femmes dans la société » et une politique de l’égalité revendiquée par Europe Ecologie les Verts comme un bouleversement de l’ordre sexué. En 2012, l’égalité femmes-hommes ne sera donc pas uniquement un enjeu électoral mais un véritable enjeu politique. »
Pour aller plus loin :
« Enseigner le genre en France : quel est le problème ? », débat ouvert au public à la Sorbonne à Paris, le 9 février, de 17h à 20h.
Inscriptions et renseignements: mage.cnrs@shs.parisdescartes.fr
« L'invention de la diversité », de Réjane Sénac, PUF, janvier 2012
« L'ordre sexué. La perception des inégalités hommes-femmes », de Réjane Sénac, PUF, coll. Le lien social, novembre 2007.
Emilie Mathieu






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