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Ernst Lubitsch : "La Femme du Pharaon" (Das Weib des Pharao)

Ne manquez pas la première mondiale de la version restaurée du film muet d'Ernst Lubitsch "La Femme du Pharaon"! .

> Le film et sa restauration

Ernst Lubitsch : "La Femme du Pharaon" (Das Weib des Pharao)

Ne manquez pas la première mondiale de la version restaurée du film muet d'Ernst Lubitsch "La Femme du Pharaon"! .

Ernst Lubitsch : "La Femme du Pharaon" (Das Weib des Pharao)

Film muet sur ARTE : "La Femme du Pharaon" - 02/09/11

Le film et sa restauration

de Thomas Bakels


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Le tournage du film « La Femme du Pharaon » (Das Weib des Pharao) se déroula en 1921 dans le sud de Berlin, à côté du district de Steglitz. Pour faire revivre l’Egypte ancienne au cinéma, le réalisateur Ernst Lubitsch fit construire des décors grandeur nature : des temples imposants, une cité antique et un sphinx géant.

En engageant Emil Jannings pour incarner le pharaon Aménès, Lubitsch avait fait appel à l’un des acteurs les plus connus à l’époque. Emil Jannings décrocha en 1928 le premier Oscar du meilleur acteur masculin, une récompense prestigieuse exposée de nos jours au Filmmuseum de Berlin.

Les scènes de bataille avaient mobilisé un millier de figurants et plusieurs dizaines de chevaux. Quelques séquences furent filmées depuis une Montgolfière.
« Das Weib des Pharao » est l’avant-dernier film que Lubitsch tourna en Allemagne, mais il est aussi sa dernière grande production ; Ernst Lubitsch était fort désireux de convaincre les studios hollywoodiens de son talent, car il voyait son avenir en Amérique. Dès que la production fut terminée, ce long métrage sortit donc très vite en salles, et remporta un énorme succès lors de son avant-première le 22 février 1922 à New York.

Les pellicules des films tournés pendant la première moitié des années 1920 étaient colorisés scène par scène, ce qui nécessitait un travail long et fastidieux en laboratoire. Les techniciens n’avaient donc fabriqué qu’un nombre limité de copies de « Das Weib des Pharao » qui firent le tour des villes allemandes.
La plupart de ces copies s’usèrent rapidement et finirent au rebut. Au fil des ans, seuls trois fragments originaux ont survécu. Ils ont été rapatriés d’Italie et de Russie en vue de la restauration numérique du film.

Ces positifs eux aussi entièrement détériorés ont été restaurés à l’aide d’une technique complexe et de minutieuses retouches manuelles, jusqu’à obtenir une qualité très similaire à celles des anciennes copies de projection. Il a été décidé d’opter pour la colorisation de scènes entières, ce qui, à l’origine, servait la dramaturgie. Ainsi, le public d’aujourd’hui découvrira une version telle que l’aurait souhaitée Ernst Lubitsch.

Les deux principaux fragments étaient des copies distribuées en Russie et en Italie. Or, il s’est avéré que l’intrigue avait été modifiée et raccourcie de manière tout à fait arbitraire, et que des intertitres avaient été ajoutés. A l’aide du scénario original remis à l’époque à l’une des actrices, il a été possible de comparer l’enchaînement véritable des scènes aux séquences existantes, et de remonter le film dans ce que l’on pensait être la version initiale. C’est le Filmmuseum de Munich qui s’est chargé de cette reconstitution.

Ernst Lubitsch avait demandé à Eduard Künneke d’écrire la musique originale de « Das Weib des Pharao ». Le compositeur allemand lui livra une partition symphonique à la hauteur de son œuvre cinématographique.
Cette musique reflète le savoir-faire de Künneke et le caractère extrêmement varié de ses compositions, mais elle accentue aussi l’intensité dramatique des personnages au fil de l’action.
La partition, conservée par l’artiste et retrouvée en majeure partie dans sa succession, a permis de réaliser un nouvel enregistrement orchestral, qui a ensuite été adapté aux images restaurées.

« Das Weib des Pharao » est le premier long métrage colorisé à avoir été entièrement restauré en version numérique. Les fragiles pellicules d’origine ont été scannées en haute résolution image par image avant d’être retouchées manuellement, scène par scène, sur ordinateur.
La société qui a effectué ce travail avait déjà restauré « Metropolis », le classique de Fritz Lang. En 2001, elle a en livré une version numériquement remastérisée en haute résolution. Ces nouveaux négatifs ont été inscrits au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO.

La disparition dans les années 1930 et 1940 des pellicules de « Das Weib des Pharao » priva le public de ce film durant de longues décennies. Aucune tentative de restauration ne fut entamée jusque dans les années 1970.

Puis, un fragment de la pellicule fut retrouvé dans les Archives du Film russe (Gosfilmofond). Le Filmmuseum de Munich, avec son directeur Enno Patalas, put alors en faire une copie en noir et blanc qu’il sous-titra en allemand.
Un autre fragment ayant été retrouvé en Italie en 2004, il fut possible de compléter un grand nombre de passages manquants, lors des travaux de restauration numérique.

Après avoir disparu des écrans pendant six décennies, le film pourra enfin être projeté en intégralité. Tout le scénario a été reconstitué, et les différentes scènes sont à nouveau colorisées, un effet dramatique très apprécié à l’époque.


Thomas Bakels, de la société Alpha-Omega digital
Janvier 2011


Edité le : 04-08-11
Dernière mise à jour le : 02-09-11