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Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

08/11/04

Le doux amour des hommes (DVD)

Un film de Jean-Paul Civeyrac
(France, 2001, 1H20)
Avec Renaud Bécard, Claire Pérot, Marie-Joséphine Crenn
DVD initié par les éditions Léo Scheer et distribué par Pathé

Synopsis: Paris aujourd'hui. Raoul est un jeune homme de son temps. Il est beau et réussit d'ailleurs à coucher avec pas mal de femmes. Il sait écrire aussi, et réussit même à se faire publier. Mais les histoires d'amour sont éphémères, dans la joie comme dans la continuité, et le tirage confidentiel de ses publications ne lui ouvrira que la porte des bars où sont attablées ses connaissances qui sont presque autant de doubles. Une idylle, débutée dans la désinvolture, semble pourtant l'agripper davantage. La désillusion n'en sera que plus cruelle.

Critique: Le roman, paru en 1897, d'un dandy mort à 24 ans (Jean de Tinan, dont les œuvres furent publiées par le Mercure de France) devient avec l'évidence d'un saturnisme qui parcourt les siècles, le miroir de l'histoire de Raoul, vagabond lettré du contemporain urbain. Sous le regard précis de Jean-Paul Civeyrac, rigoureux, mais sans cesse tactile et pleinement sensuel, cela sonne très vrai, et peut embrasser bien des histoires et bien des sensibilités, d'où l'interpellation flagrante provoquée sur le spectateur. Raoul, personnage sibyllin habité par la stature de l'acteur Renaud Bécard, apollon aux pieds d'argile, concentre dans la pâleur de ses joues pourtant pleines toute l'ambivalence que le film évite de répéter par le dialogue ou une mise en scène démonstrative. L'œil de Jean-Paul Civeyrac sait se faire franc, mais surtout pas documentaire. Ni tenté par une déformation acerbe (une caricature d'un univers qui peut aller de Marivaux à Drieu la Rochelle) ni entomologique jusqu'à la distance misanthrope (une observation au microscope du comportement humain, celui d'un séducteur inapte au bonheur), le ton employé par le cinéaste nous procure la douce impression d'une déréliction à hauteur d'Homme, très proche et qui nous ressemble. Tout reste sensible dans ce portrait pourtant ultra synthétique du malheur contemporain : Raoul veut à tout prix aimer Jeanne, qui lui dit de ne pas l'aimer. Croire fait souffrir, ce qui est une autre définition de l'émotion. Perméable à la sensibilité véhiculée par ces personnages-là, la caméra de Civeyrac est profondément émouvante et redessine à sa manière le spleen amoureux en se permettant une certaine poésie ascétique. Elle conduit à une interprétation absolument vraie du malheur aussi bien qu'à une vérité tout à fait singulière du désespoir.

Julien Welter

Edité le : 08-11-04
Dernière mise à jour le : 08-11-04