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Summer of Rebels

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Summer of Rebels - Interview - 09/07/12

Le bond en avant de Rachid Mekloufi

Jeune espoir du football français en 1958, il a rejoint sans hésiter l’équipe de foot d’une Algérie qui luttait pour son indépendance. Il est l’un des "rebelles du foot" auxquels Éric Cantona rend hommage dans un documentaire diffusé par ARTE. Entretien.

Comment devenait-on footballeur au début des années 1950, à Sétif, où vous êtes né ?
Il y avait un point commun avec aujourd’hui puisqu’il fallait d’abord aimer le football plus que tout, en être obsédé. Et avoir du talent. Pour moi, ça s’est fait tout simplement : j’ai commencé à jouer avec les gamins de mon quartier, dans les champs, et j’ai été repéré par l’un des trois clubs de la ville affiliés à la Fédération française de football, puisque l’Algérie était un département français. J’y ai été minime, cadet, etc., et un journaliste sportif local a conseillé à son frère qui jouait à l’AS Saint-Étienne de me faire venir. Ce qui était très différent, en revanche, c’est que pour aucune famille, à l’époque, le foot ne pouvait représenter un métier sérieux. Longtemps, j’ai dû m’entraîner en cachette de mes parents, qui ne juraient que par l’école. Et puis, comme on n’avait pas la télévision, les joueurs n’étaient aucunement des vedettes, et on ne pensait pas à l’argent. C’était un autre monde !

Vous débarquez chez les Verts à 18 ans, en 1954. Quelques mois plus tard, la guerre d’Algérie va commencer...
Ma première surprise a été la gentillesse des Français de France, alors que je croyais débarquer en enfer ! En 1945, quand les manifestations de Sétif – qui pour nous étaient une fête – ont été réprimées dans le sang *, j’étais assez grand pour comprendre. J’avais 9 ans. D’où mon étonnement de ne rencontrer ni racisme, ni méfiance. Le club m’a très bien accueilli, il voulait donner leur chance aux jeunes. Deux ans plus tard, j’ai été sélectionné en équipe de France. J’étais heureux, bien sûr, mais ça ne me montait pas à la tête. Comme je l’ai dit, les footballeurs alors étaient des citoyens ordinaires, simplement un peu mieux lotis que d’autres côté salaire.

Avez-vous hésité quand le FLN vous a demandé de quitter tout cela pour la cause de l’indépendance ?
Pas une minute. D’autant moins qu’ils ont eu la bonne idée de m’envoyer deux garçons de Sétif que je connaissais. Chez nous, le bonhomme qui vient de votre ville, vous lui faites une confiance absolue. Je ne pouvais pas leur dire non. C’était à la veille d’un match. Ils m’ont dit : "Tu joues, et puis on s’en va. On passe la frontière et on file à Tunis." Je n’ai même pas réfléchi. Ça allait de soi. Et ça a marché de façon extraordinaire : cette équipe de foot du FLN constituée du jour au lendemain a projeté la révolution algérienne en pleine lumière, avec un retentissement international. Ce n’étaient plus des terroristes, mais des patriotes. Avec la censure, il était extrêmement difficile de combattre la version des événements que le gouvernement français souhaitait en donner, même à l’extérieur.

Par la suite, avez-vous quelquefois regretté votre décision ?
Jamais. Ça m’a énormément apporté. En tant qu’homme, j’ai fait un bond en avant incroyable. Avant, je n’avais pensé qu’au foot. J’étais apolitique. Au sein de l’équipe du FLN, j’ai appris à parler, à réfléchir, j’ai rencontré certains des grands leaders de l’époque... Même du point de vue du football, j’ai beaucoup progressé. Elle rassemblait des joueurs de grande qualité, et surtout, nous étions très soudés. J’y ai appris la stratégie, dans tous les sens du terme. Je me souviens de mon premier match, une fois revenu à Saint-Étienne, des années plus tard, devant 20 ou 25.000 personnes. Un silence total m’a accueilli. Et puis je me suis mis à jouer, et à ma première action, j’ai reçu une ovation. Ils ont vu que le footballeur était toujours bien présent.

Vous sentez-vous un "rebelle" du foot ?
Rebelle, je ne sais pas, mais si je pouvais, je serais volontiers révolutionnaire ! Je suis très en colère contre ceux, et en premier lieu ses dirigeants, qui ont fait du footballeur un esclave de l’argent. Et aussi contre ces stars de pacotille, qui ont l’air de se prendre pour des dieux parce qu’ils sont doués avec un ballon. Heureusement, le vrai football n’est pas tout à fait mort. Quand je regarde jouer Barcelone, je me console.

Y a-t-il des joueurs que vous admirez particulièrement ?
À vrai dire, les deux personnes qui ont le plus compté pour moi dans le foot, ce sont le vieux gardien du stade de Sétif, qui nous a fait aimer le lieu, le ballon et le sport. Et Jean Snella, l’entraîneur de ma jeunesse à Saint-Étienne.

Propos recueillis par Irène Berelowitch, ARTE Magazine

*Le 8 mai 1945, à Sétif, la victoire des Alliés occasionne des manifestations nationalistes qui dégénèrent en émeutes quand la police ouvre le feu. La répression fera plusieurs milliers de morts algériens.

Les Rebelles du Foot

samedi, 21 juillet à 01h25

Quand le football devient citoyen ! Loin des paillettes, Éric Cantona nous raconte l’histoire de footballeurs qui ont su résister.

Edité le : 28-06-12
Dernière mise à jour le : 09-07-12