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ARTE Journal - 21/06/12

Le Raïs entre la vie et la mort

Agé de 84 ans, Hosni Moubarak serait entre la vie et la mort après une attaque cérébrale. Condamné à la prison à vie pour le rôle qu'il a joué dans la répression de la révolution l'an dernier, son état de santé a commencé à décliner après son incarcération. La nouvelle de son coma intervient au paroxysme de la lutte à mort qui oppose islamistes et militaires pour le pouvoir.

"Ce sont les 48 heures les plus critiques de l'histoire du pays" peut-on lire aujourd'hui dans le journal al-Ahram, un quotidien gouvernemental. Le scénario est shakespearien : l'Egypte ce matin est un pays sans parlement, sans constitution, avec deux présidents hypothétiques - les deux candidats clament victoire - et une armée qui a fait main basse sur l'essentiel des pouvoirs avant même la proclamation des résultats officiels de la présidentielle attendue demain.

Et voilà qu'au climax de la crise, nouvelle déflagration : Hosni Moubarak serait victime d'une attaque cérébrale. L'agence officielle Mena annonce d'abord sa mort clinique ce matin, aussitôt démentie par des sources médicales et militaires. Version officielle : l'ex-dictateur déchu est dans le coma. Transféré dans un hôptal militaire de la banlieue du Caire, il est entre la vie et la mort. Les médecins tentent de le ranimer. Une version qui laisse nombre d'Egyptiens sceptiques, persuadés là-encore qu'il s'agit d'un coup monté des militaires.

Interview de notre correspondante au Caire, Marion Touboul :



Moubarak perd donc conscience trois jours après que le peuple ait voté pour lui choisir un successeur. Un timing digne d'une tragédie : "Il se perçoit comme éternel. Il ne peut y avoir personne après lui. Il ne veut pas entendre le nom de son successeur" réagissait dans une interview au New York Times, Diaa Rashwan, analyste au Al Ahram center.

Ce nom pourrait bien être celui de Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans, cette confrérie islamiste que le Raïs a combattu avec acharnement durant la plupart de ses trente ans au pouvoir. Les Frères ont affirmé dès lundi que Morsi avait recueilli 52% des voix. Son adversaire, Ahmed Chafik, un ex-général proche de Moubarak - crie au piratage électoral et prétend à son tour avoir la majorité. Les deux camps ont déposé des recours pour irrégularités. La commission électorale doit commencer à les examiner aujourd'hui.

Mais Morsi ou Chafik, quel qu'il soit, le prochain président sera pieds et poings liés face aux militaires, sa marge de manoeuvre considérablement réduite. Il sera en pratique dans l'incapacité de faire passer la moindre loi sans l'assentiment du Conseil supérieur des forces armées (CSFA) qui garde en outre la haute main sur le budget.

Non content de syphonner les pouvoirs législatifs et budgétaires, les militaires ont en outre posé des jalons pour influencer la rédaction de la future constitution en s'arrogeant le pouvoir de nommer la commission chargée de la rédiger et en veillant à neutraliser le contre-pouvoir que représentait l'Assemblée dominée à 70% par les islamistes. Samedi dernier elle a été dissoute, officiellement en raison d'un vice légal. "La dissolution du Parlement est nulle et non avenue, le conseil militaire doit partir, et maintenant la légitimité, c'est celle du peuple qui a élu Morsi", confiait Abdel Basset Mohieddine à l'AFP. Ce partisan des Frères musulmans était sur la place Tahrir hier soir pour protester contre le "coup d'Etat institutionnel" des militaires. La célèbre place des révolutionnaires est désormais investie en force par les islamistes.

Seize mois après la chute de Moubarak l'Egypte s'enfonce dans l'inconnu, le fragile processus démocratique menacé par le spectre d'une nouvelle dictature militaire. Aujourd'hui il n'y a pas que le Raïs qui soit dans le coma, la révolution aussi est entre la vie et la mort.


Barbara Lohr pour ARTE Journal

Interview de notre correspondante au Caire, Marion Touboul :


Edité le : 20-06-12
Dernière mise à jour le : 21-06-12