JOURNAL DE LA CULTURE - 09/11/06
Landru par Christophe Chabouté
Toute l'oeuvre "noir et blanc" de ce dessinateur français, sans doute l'un des plus talentueux, vient d'être rééditée en un seul volume. Dans son dernier album, qui est paru à la rentrée, l'auteur revisite l'histoire en innocentant Landru, l'un des plus célèbres criminels français. Preuve s'il en fallait que Chabouté a le sens du contre-pied... Le 14 novembre sortira, également, le coffret des trois volumes de "Purgatoire".
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Christophe Chabouté est là où on ne l'attend pas. Il a quitté les forêts de son Alsace natale pour vivre sur l'île d'Oléron. De son enfance à la campagne, il conserve un regard tranché et contrasté sur les lieux et les personnages, comme dans l'un de ses premiers albums, "La Bête".
"C'est surtout une atmosphère et une ambiance, qui font que ça va démarrer une histoire. La bête, par exemple, j'ai eu envie de démarrer ce bouquin parce que j'avais envie de dessiner des forêts sous la neige, de la neige et des loups."
Les personnages sont souvent rudes, taciturnes. Christophe Chabouté n'épargne rien aux hommes, ni leurs bassesses, ni leurs faiblesses.
"Mes personnages, ils ne sont ni méchants ni gentils, ils sont. Tout simplement. J'appuie un peu les caractères des personnages, mais on n'enfonce pas un clou avec une pince à épiler."
Christophe Chabouté passe maître dans l'art des histoires bucoliques et ensorcelées. Las de cette étiquette, il fait volte face avec Purgatoire, récit urbain et en couleurs, où l'ordinaire se teinte encore de fantastique.
"J'aime bien avoir le lecteur sur le fil et promener le lecteur sur ce fil là. Je vais l'emmener vers le quotidien, rendre ce quotidien un peu fantastique. Quand il va virer vers le fantastique, je vais le rendre quotidien de nouveau."
Nouveau changement de cap avec Landru, son dernier livre. Chabouté se saisit de l'histoire du premier tueur en série français pour en donner une version toute personnelle. Ses planches muettes, son sens précis du cadrage, son encrage tout en positif et négatif ouvrent une fenêtre vers la fiction.
"Landru au départ, c'est une tête avant tout. Je trouvais qu'il avait une tête à être dessiné. Donc, je me suis un peu penché sur la biographie de Landru et je me suis rendu compte qu'il y avait des trous dans son enquête.Ce qu'on sait de Landru, c'est le rapport d'enquête, ce que la presse en a dit pendant le procès, les deux ans d'instruction. Ce qu'on ne sait pas, c'est pourquoi il a tué les femmes, on se doute que c'était parce qu'il voulait leur piquer leur pognon, mais comment ils les a tuées, quand il les a tuées, est-ce qu'il les a effectivement brûlées…"
Sur fond de première guerre mondiale, entre retour des gueules cassées et complot d'état, Landru n'est peut-être pas le coupable qu'on croit. Une fois encore, Christophe Chabouté nous invite à changer de regard, à prendre le contre-pied des évidences.
Ce que je trouvais intéressant dans cette histoire, c'était d'innocenter quelqu'un que tout accuse, faire réfléchir les gens, se dire qu'il ne faut pas manger tout cru ce qu'on vous donne, faut peut être réfléchir un peu."
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Le Journal de la culture
Du lundi au samedi à 20.00
Edité le : 08-11-06
Dernière mise à jour le : 09-11-06