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ARTE Journal - 21 février 2011 - 21/02/11

Tunisie - Lampedusa : l'exode se poursuit

130 Tunisiens sont arrivés à Lampedusa, ce lundi, à bord d'un bâteau de pêche. Ce qui porte à environ 200 le nombre de migrants tunisiens arrivés sur l'île au cours de ces trois derniers jours. La semaine passée, les arrivées de clandestins ont été ralenties par de mauvaises condions météorologiques.

L'île italienne a été débordée ces dernières semaines par l'arrivée de plus de 5500 candidats à l'immigration dans le sillage de la révolution tunisienne. Rome a officiellement demandé à l'Union européenne une aide de 100 millions d'euros. Frontex, l'agence de surveillance des frontières européennes, a envoyé des renforts. Des centaines de migrants ont déjà été transférés dans des centres du continent italien. Selon l'OIM, l'Office Interntaional des Migrations, 1.360 Tunisiens se trouvent toujours à Lampedusa. Les capacités d'accueil sont toujours saturées.


ARTE Journal 21 février 2011


Exode massif
Près de 3000 migrants tunisiens, sur les 5000 arrivés la semaine dernière, ont été transférés de l'île de Lampedusa sur la péninsule italienne. 2000 autres sont toujours regroupés dans le centre d'accueil de Lampedusa. Amnesty International demande aux autorités italiennes de s'assurer que les droits des personnes en quête d'asile soit correctement assurés. Pendant ce temps, le jeu de ping- pong entre l'Italie, la Tunisie et l'Union européenne se poursuit. Des aides financières et matérielles ont toutefois été débloquées.

Collaboration renforcée entre Rome et Tunis
La crise diplomatique est passée. Rome avait provoqué la colère de Tunis en proposant d'envoyer des policiers italiens en Tunisie pour faire face à l'afflux de clandestins vers Lampedusa. Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini s'est entretenu, hier, avec le Premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi et les deux pays ont convenu de collaborer plus étroitement pour gérer cette crise. L'Italie va fournir une aide de 100 millions d'euros à la Tunisie, ainsi qu'une assistance matérielle comprenant notamment des radars et des vedettes rapides.

Bruxelles augmente son aide à la Tunisie
Également présente en Tunisie, lundi, la chef de la diplomatie européenne a promis d'accroître l'aide européenne. Catherine Ashton a annoncé une enveloppe supplémentaire de 17 millions d'euros, en plus des 258 millions d'euros que Bruxelles prévoit de verser à Tunis jusqu'en 2013. La Banque européenne d'investissement devrait en outre être mobilisée, à hauteur de plus d'un milliard d'euros, sous forme de prêts, pour l'aide aux PME et aux infrastructures de transports.

Frontex mobilise ses troupes
L'agence de l'Union européenne pour la surveillance des frontières annonce qu'elle aidera les autorités italiennes face à la vague de migrants tunisiens sur l'île de Lampedusa. Trente à cinquante personnes, ainsi que plusieurs avions et navires, devraient être mobilisés dans les prochains jours.

La France dit non aux clandestins
La France a accordé une aide d'urgence de 350 000 euros à la Tunisie, mais pas question d'ouvrir ses portes aux clandestins tunisiens. "Un étranger en situation irrégulière a vocation à être reconduit dans son pays d'origine, sauf situation humanitaire particulière", a déclaré aujourd'hui le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, à l'Assemblée nationale.

(Avec AFP)

ARTE Journal 14 février 2011


Moins de 150 kilomètres séparent les côtes tunisiennes de l'île de Lampedusa. Au cours de ces cinq derniers jours, plus de 5000 hommes, unis par une même misère sociale, ont fait la traversée à bord de bateaux de pêche. Depuis la "Révolution de Jasmin", les contrôles ont perdu en rigueur dans les ports tunisiens. Des milliers de jeunes, étudiants et chômeurs, en profitent pour faire cap vers l'Europe, où ils espèrent trouver un emploi et de meilleures conditions de vie. L'île de Lampedusa est dépassée. Le centre de rétention, fermé il y a plusieurs mois à suite des accords avec la Tunisie pour endiguer le flux d'immigrants partant de ses côtes, a été réouvert. Sur la scène diplomatique, c'est l'affolement : alors que le torchon brûle entre Rome et Tunis, tous les regards se tournent vers Bruxelles.


L'Europe s'affole, ballet diplomatique à Tunis
Face à cet afflux d'exilés, l'Italie a déclaré l'état d'urgence. Le ministre italien de l'Intérieur, Roberto Maroni, a également proposé d'envoyer des policiers italiens en Tunisie afin d'endiguer le flux de migrants, ce qui a provoqué la colère du gouvernement tunisien. Dans un communiqué, le ministère tunisien des Affaires étrangères a fait savoir qu'il rejetait toute ingérence dans ses affaires intérieures. Une première crise diplomatique pour le nouveau gouvernement de transition tunisien, un mois après la chute du régime de Ben Ali. Le ministre italien des Affaires, étrangères Franco Frattini, s'est rendu à Tunis cet après-midi pour rencontrer le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi. Il était précédé par Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne.

L'Italie et la France pour une solution européenne
Le ministre italien de l'Intérieur, Roberto Maroni, a également critiqué l'absence d'une politique européenne concertée et accuse Bruxelles d'avoir laissé l'Italie seule face à cette arrivée massive de clandestins. Une réponse d'ensemble, c'est aussi ce que réclame la France. A l'instar de Rome, Paris souhaite un renforcement opérationnel de l'agence européenne Frontex comme cela est la cas pour la Grèce. Cet après-midi, la France a débloqué 350.000 euros pour une aide sociale d'urgence à la Tunisie. Pendant ce temps, les jeunes Tunisiens continuent à fuir leur pays au rythme de 1000 toutes les 24 heures...


Interview : "L'exil des Tunisiens va se poursuivre"



L'exil des Tunisiens va se poursuivre, selon Abderrahman Hdili, enseignant et membre de la Ligue tunisienne des droits de l'homme. Une interview réalisée par Claire Stephan pour ARTE Journal.

ARTE Journal : Plus de 5000 hommes ont quitté la Tunisie pour l'Italie en cinq jours seulement et dans les témoignages recueillis, tous évoquent la misère sociale et le chômage. Quel est votre commentaire ?

Abderrahman Hdili : Ceux qui ont quitté la Tunisie ces derniers jours sont originaires de toutes les régions du pays et il s'agit essentiellement de jeunes chômeurs et d'étudiants. Dans la nuit du 11 au 12 février, ils étaient 800 à quitter le pays, en une seule nuit. Ils ont profité du beau temps et de l'absence de la police dans les ports pour partir.

ll n'y a plus de contrôles dans les ports depuis la Révolution de Jasmin ?
Il y a toujours des contrôles mais ils sont faibles, beaucoup plus faibles qu'avant la révolution, notamment sur la région côtière de Sousse, Monastir, Agadir, Sfax, où plus rien n'est comme avant. Il est donc beaucoup plus facile pour ces jeunes de partir. Je ne crois pas que les contrôles seront renforcés dans les prochains jours ; d'autres jeunes en profiteront donc pour partir. J'en ai vu beaucoup qui se préparent, en ce moment même, à quitter le pays. Ici, même avec des diplômes, les jeunes n'ont pas de perspectives. Le taux de chômage en Tunisie est élevé, nous n'avons jamais eu de statistiques officielles, mais selon nous, il est de plus de 20%. Et dans ce contexte, il est plus facile pour les jeunes de gagner l'autre rive de la Méditerranée que de rester. On pense aussi que des prisonniers - qui se sont échappés lors de la Révolution de Jasmin - comptent parmi les clandestins arrivés à Lampedusa. On ne sait pas exactement combien, nous devons attendre les listes des autorités italiennes. Et puis, nous avons également été informés sur la présence d'une dizaine de filles parmi les Tunisiens arrivés en Italie.

Que fait le nouveau gouvernement tunisien ?
Actuellement, les ministères tunisiens de l'Intérieur et des Affaires étrangères ne peuvent pas faire grand-chose contre cet exil massif. Il faut que la Tunisie puisse collaborer de manière étroite avec l'Union européenne sur cette question. Et je crois que ce n'est pas dans l'immédiat que nous pourrons mettre des solutions en œuvre. L'exil va donc se poursuivre dans les prochains jours et semaines. Il faudrait que cette immigration soit organisée avec la mise en œuvre de quotas par domaines.


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Edité le : 14-02-11
Dernière mise à jour le : 21-02-11