Taille du texte: + -
Accueil > Cauchemar de Darwin > La situation en Tanzanie - Interviews > Interview M. N. Lubyayi

24/04/06

Interview de Margaret Nakato Lubyayi

“J’aimerais que le film incite les gens à s’impliquer”
 
En septembre 2005, Margaret Nakato Lubyayi, qui coordonne les activités d’une association de femmes à Katosi, sur la rive ougandaise du lac Victoria, a organisé une projection du Cauchemar de Darwin. Elle nous raconte les réactions de la communauté et sa situation par rapport à celle de Mwanza.

  • Comment les habitants de Katosi (1) ont-ils réagi au Cauchemar de Darwin ?
Leurs réactions ont été variables. Comparant leur situation avec celle des habitants de Mwanza, ils ont pointé des différences maisaussi des similitudes. Certains trouvent queMwanza est plus sale que Katosi ; d’autresdéplorent que la saleté semble être le lotcommun de tous les sites de pêche.La prostitution, le sida et la pauvreté sontconsidérés comme des problèmes mondiaux,qui ne touchent pas seulement Katosi. Les genspensent que la prostitution et le sida sont dusà la pauvreté, ainsi qu’à la nature du travaildes pêcheurs (qui vivent loin de leurs familles)et à l’impossibilité d’accéder aux services desanté. Par ailleurs, à Katosi, qui n’est pas uneville comme Mwanza, il y a moins de gaminsdans la rue, mais le niveau de vie des enfantsest tout de même très bas.La baisse des réserves de poisson est unproblème commun aux deux localités ; leshabitants soulignent qu’il risque de s’aggraverparce que les pêcheurs prennent beaucoup depoissons qui n’ont pas atteint l’âge adulte. Enfin,ils ont été choqués par le trafic d’armes enrelation avec le commerce de poisson. 
 
  • Est-ce que la situation à Katosi ressembleà celle de Mwanza ?
Katosi et Mwanza n’ont pas de liens directs etsont très éloignés l’un de l’autre. Mais ils ontdes traits communs dans la mesure oùl’industrie de la pêche a les mêmesconséquences. En Ouganda, dans lescommunautés de pêcheurs, la plupart des genssont pauvres tandis qu’une minorité prospère.La population a de plus en plus de mal àobtenir du poisson pour se nourrir, parce qu’ilest destiné à l’export. De plus, son introductionsur le marché international a fait flamber lesprix. La situation se détériore aussi à cause dela diminution des réserves (les prisesquotidiennes sont de plus en plus maigres) etde la baisse de la marge de profit des pêcheurs.Car le prix du poisson dépend des usines deconditionnement, qui le fixent sans sepréoccuper de savoir si les pêcheurs en tirentun revenu raisonnable. Aujourd’hui, le lac nepeut plus nourrir tous ceux qui dépendaientjusqu’ici de la pêche.Par ailleurs, une récente enquête en Ougandamontre que le taux de personnes infectées par levirus du sida a diminué pour atteindre 6,5 %au niveau national, mais qu’il est deux fois plusélevé dans les communautés de pêcheurs. 
 
  • En quoi consiste le travail de la Katosi Womens’ Fishing and Development Association (KWFDA) ?
La KWFDA, qui regroupait deux cents femmesen 2004, les incite à travailler en groupepour avoir plus de contrôle sur leurs moyensd’existence.Elle a aidé les femmes à se recycler quand ellesont dû abandonner le traditionnel fumagedu poisson, destiné à la consommation localeet régionale, pour se tourner vers la pêche depoisson frais destiné à l’exportation. Les revenusde la pêche ont permis de les aider à acquérirdes bateaux. Mais l’amélioration a été de courtedurée. En 1999, il y a eu un embargo sur la pêchedans le lac Victoria et la communauté de Katosia été paralysée.Depuis, la KWFDA tente de diversifier lesactivités des femmes. Nous les aidons à setourner vers l’élevage d’animaux, à se formerà d’autres modes de production, à accéderau crédit. De manière générale, nous essayonsde résoudre les problèmes de la communauté :accès à l’eau potable, préservation del’environnement… Nous encourageons la cultured’arbres – surtout d’arbres fruitiers –, l’utilisationdes ressources locales, les pratiques agricolesdurables, etc. 
 
  • Pensez-vous que Le cauchemar de Darwin peut contribuer à faire bouger les choses ?
Il met en lumière des questions importanteset j’espère qu’il va permettre d’ouvrir le débat.La pauvreté, le sida, la répartition des bénéficesdu commerce de poisson, le déclin des réserves :ces questions doivent être réexaminées par tousles acteurs. J’aimerais que le film incite les gensà s’impliquer, pas qu’il soit simplement regardécomme un tableau des mauvaises conditionsde vie en Afrique – comme ça a souvent été lecas avec les documentaires traitant des problèmesdu continent. 
 
1. Katosi est situé sur la rive nord du lac Victoria,à 50 km à l’est de Kampala, la capitale ougandaise.Les activités de Katosi et des autres sites de pêchede la région font vivre quelque vingt mille personnesdans le sous-district de Ntenjeru.  

Propos recueillis par ARTE Magazine.

 
  • Margaret Nakato Lubyayi
Adolescente, Margaret NakatoLubyayi a vécu à Katosi où elle aété sensibilisée aux difficultésrencontrées par les femmes : faibleniveau d’éducation, faibles revenus,statut social inférieur. Elle travailledepuis dix ans à la KWFDA, qu’ellepréside actuellement. Elle est aussicoprésidente du Forum mondial despêcheurs et travailleurs de la mer.  
 
  • La FPH et Katosi
La Fondation Charles LéopoldMayer pour le progrès de l’homme(FPH) travaille avec la KWFDA. Ellea soutenu la réalisation et diffuseun film de 25mn tourné lors dela projection du Cauchemar de Darwin à Katosi. Cette fondation de droit suisse, créée en 1982,s’associe à des projets à longterme sur tous les continents.

...................................................................
LE CAUCHEMAR DE DARWIN
Lundi 24 avril 2006
à 20h40
Grand format
Documentaire
Réalisé par Hubert Sauper
Production : Mille et une Productions,
Coop99 Film Produktion, Saga Films,
en association avec WDR/ARTE
...................................................................

Edité le : 21-04-06
Dernière mise à jour le : 24-04-06