Dehors, le charbon est passé au crible et mis dans des sacs, eux-mêmes placés sur un petit chariot qu’ils hisseront à l’aide d’un treuil – treuil qu’ils ont fabriqués avec une vieille jante autour de laquelle ils ont enroulé une corde. Une fois en haut, le charbon est distribué, échangé, parfois vendu. Cela suffira pour chauffer la maison et acheter quelques provisions.La scène se passe dans une région qui fut l’un des plus riches bassins houillers du monde : le Donetsk en Ukraine. Ici, autrefois, on était fier d’être mineur. La presque totalité de la population ouvrière était constituée de mineurs, toutes les villes et tous les villages possédaient au moins une exploitation. Aujourd’hui, les puits ferment les uns après les autres. Ils sont vétustes, rapportent peu, sont infestés de grisou. Le charbon s’exploite souvent encore au marteau-piqueur et de nombreux mineurs descendent uniquement pour empêcher que la mine ne ferme. Ils n’ont pas été payés depuis une éternité.
Non loin d’ici, dans le Donbass, le héros soviétique Alexeï Stakhanov avait, en 1935, abattu en une nuit quatorze fois le quota de travail imposé, faisant exploser tous les records. Son nom a été donné à une ville et à une doctrine, une immense statue lui a été érigée. De nos jours encore, les jeunes couples y déposent des bouquets de fleurs.
Les mineurs d’aujourd’hui se servent encore des mêmes outils que du temps de Stakhanov : marteau-piqueur, barre à mine, pioche. Ils ne laissent passer aucune occasion, travaillant même dans les toutes petites exploitations, dans les galeries creusées de leurs mains, dans les mines qui existaient déjà du temps de leurs grands-parents. Ils gagnent mieux ainsi que dans les concessions officielles et ils sont leur propre maître. Mais la police est aux aguets, mais il faut graisser la patte à diverses organisations pour être « protégé », mais il y a les pots-de-vin. Sans oublier Dobro Choubine, l’esprit des mines imprévisible et omniprésent. Tantôt bon, tantôt méchant, les mineurs savent qu’il vaut mieux l’entretenir dans des dispositions favorables. Il devient alors l’esprit protecteur et le porte-bonheur des mineurs de fond.






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