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« Journal de France » sort en salles le 13 juin 2012

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« Journal de France » sort en salles le 13 juin 2012

13/06/12

La méthode Depardon

Cinéaste autant que photographe, Raymond Depardon poursuit caméra à la main la même quête d’authenticité.

 

Un grand photographe et un grand cinéaste. Avec les remarquables films « Reporters », « Urgences », « La Captive du désert », « Délits flagrants », « La Vie moderne » ou sa trilogie « Profils Paysans », qui s’ajoutent à un imposant travail photographique depuis 1960, Raymond Depardon a réussi l’exploit de s’imposer dans les deux arts comme un acteur majeur. Il occupe ainsi une place singulière dans le champ de l’image contemporaine. Cinéaste autant que photographe, il met l’image fixe et l’image animée au service d’une écriture unique, le réel. Depardon filme comme il photographie. Son film « Journal de France » le met ainsi en scène dans son travail de photographe.

« En tant que photographe, j'étais orphelin du son » a raconté Depardon (1). Rapidement, celui-çi commence à tourner des films documentaires. En 1969, il filme la cérémonie en l'honneur de Jan Palach, jeune Tchèque qui s'est immolé par le feu pour protester contre l'invasion de la Tchécoslovaquie. Son regard est le même que celui du reporter photo qu’il est. "Il ne faut pas se déconnecter du réel, du brut. Il faut se méfier de faire quelque chose qui serait un peu exceptionnel" dit-il (2). Photographe et cinéaste du réel, Raymond Depardon s’interroge en permanence sur l’éthique et le rôle de l’image. Ainsi, il ne met pas en scène des acteurs qui « jouent », même leurs propres rôles. Il filme des femmes et des hommes en développant une stratégie de l'écoute, de l'observation, de l'immersion et de la durée. « Quand je pose une caméra, après avoir instauré une vraie relation de confiance avec eux, quelque chose se passe » explique-t-il (3). « Je vais très vite. Je suis un homme-caméra. Ce qui fait que quand ça démarre, ils sont rodés ».

Raymond Depardon a appris à filmer. Il ne lui a pas suffit de prendre une caméra pour réaliser, du jour au lendemain, un documentaire. Comme le montre « Journal de France », au départ, il tourne un peu n’importe comment. Dans la séquence du défilé en République Centrafricaine, il filme en marchant sans jamais couper. C’est au fil du temps qu’il adoptera les longs plans séquences hérités du cinéma direct de Jean Rouch et que son regard se précisera. « En tant que spectateur, je suis très exigeant » explique Depardon (4). «Je reste persuadé, comme le disait John Huston, qu'il n'y a qu'une seule bonne place pour la caméra. Je cherche la force de l'authenticité et cela passe par l'épure. Le fait de bouger systématiquement avec ma caméra était, je crois, une façon de ne pas faire "photo filmée". Ma formation de cinéaste, je l'ai eue au contact de mes monteurs qui me répétaient sans cesse: "Tu as le droit de laisser les gens sortir de ton cadre, pas besoin de les suivre !"

Il est vain de chercher une influence du travail photographique de Raymond Depardon sur sa pratique cinématographique. Les deux sont intimement liés et visent également à révéler l’humanisme du sujet. Tout est question de cadre et de distance. En revanche, le numérique induit une différence comme l’a expliqué Depardon. « Je n'ai pas encore succombé à l'image numérique, dont le gros désavantage est de très mal restituer les hautes lumières » dit-il (5). « Dès que c'est trop lumineux, le rendu n'est pas bon. Personnellement, je suis un amoureux des photographes américains des années 20-30 comme Walker Evans, par exemple. Leur façon de capturer les grands espaces m'a toujours inspiré. J'aime les paysages. En photo, l'usage du numérique m'est donc impossible ! Pour le cinéma, la pellicule pose un problème d'autonomie. Pour « La vie moderne », nous pouvions ainsi filmer durant huit minutes sans interruption. Ce qui était déjà énorme. J'aime la tension que procure cette limite de temps. La peur me stimule. Je pense toutefois que, si nous devions refaire des films comme « Délits flagrants » ou « 10e chambre... »,  je tournerai en numérique afin de ne rien manquer ».

 

                                               Philippe Latil

 

 

 (1), (4), (5) Studio Cinélive, juin 2012

(2) Entretien à l’AFP le 22 mai 2012

(3) Evene.fr du 19 mai 2008

Edité le : 07-06-12
Dernière mise à jour le : 13-06-12