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ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

De la philosophie, de la géopolitique, de l’histoire, de la jeunesse … autant de thèmes abordés cette année par ARTE Editions au Salon du Livre à travers des (...)

ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

16/11/07

La fiancée-enfant

Par Ann-Katrin Fernandez


La Kindfrau, femme-enfant ou child-wife fait référence depuis la fin du dix-huitième siècle à une aspiration érotique de l’homme qui recherche l’enfance et la jeunesse féminines. C’est vers 1800 que le romantisme produit pour la première fois une littérature sur le thème de la jeunesse, tandis que vers 1900, l’Art Nouveau tente pour la deuxième fois de thématiser l’éveil du printemps. Il convient ici de citer les ouvrages « Frühlingserwachen » (1891) (L’éveil du printemps) et « Lulu-Dramen » (Lulu) de Frank Wedekind.

Le terme de fiancée-enfant est la synthèse de la naïveté innocente de l’enfant qui se combine avec l’attrait et la séduction exercés par la fiancée. On en trouve une parfaite illustration dans le roman de Vladimir Nabokov intitulé « Lolita » ainsi que dans « Die kleine Stechardin » de Gert Hofmann : dans ces deux romans, les principaux personnages masculins sont fascinés par l’innocence trompeuse de leurs fiancées-enfants et se sentent attirés par leur corps pubère. On a reproché à ces ouvrages de tomber dans la pornographie.
Dans ces deux romans, les hommes jouent à la fois le rôle du père et celui de l’éducateur. Dans la « Stechardin », Lichtenberg apprend à sa petite fleuriste à lire et à écrire et lui inculque des rudiments de culture. Humbert, principal personnage masculin de « Lolita » de Nabokov, envisage sérieusement d’adopter sa fiancée-enfant après la mort de la mère de celle-ci.

En allemand, le terme de « Kindsbraut » (fiancée-enfant) n’a pas encore pris le pas sur le terme plus usuel de « Kindfrau » (femme-enfant). Il a été employé pour la première fois par Arno Schmidt, qui a traduit le terme « child-wife » utilisé par Charles Dickens (1812-1870) dans David Copperfield (1849/50) par « Kindsbraut ».
L’archétype de la « fiancée-enfant » remonte à la Mignon de Goethe, personnage androgyne. Bienque le terme de « Kindsbraut » ne soit pas encore employé, il en présente toutes les caractéristiques. Le terme de Mignon est évocateur à lui seul : en français, il signifie tendre, gentil, joli, petit, mais aussi charmant, gracile et gracieux, et englobe ainsi toutes les nuances du goût. En effet, utilisé au sens littéral, il désigne aussi des mets fins et délicats, rejoignant alors l’expression allemande de « junges Gemüse » (jeunes pousses, littéralement « légumes primeurs »). Dans les romans « Die kleine Stechardin » et « Lolita », les personnages masculins emploient aussi ce type de qualificatifs (frais, jeune, tendre), pour décrire leurs fiancées-enfants.
La « fiancée-enfant » est non seulement caractérisée par la jeunesse et la fraîcheur mais aussi par son côté impétueux et rebelle, que l’on associe surtout à la légendaire fiancée-enfant de Nabokov, la « nymphette » Lolita. L'origine de ce terme n'est pas uniquement due aux média, qui l'ont largement utilisé à l'occasion de ce film. La nymphette, stade de chrysalide de l’insecte, est le terme utilisé par l’amateur de papillons qui n'est autre que Nabokov pour désigner le stade intermédiaire entre la fille et la femme.

La naissance de la fiancée-enfant s’appuie sur un voyeurisme qui détermine le désir sexuel de l’homme et qui est dirigé vers les petites filles. La tradition littéraire des fiancées-enfants repose sur des fantasmes masculins; la jeune fille, curieux objet de désir, apparaît surtout sous la forme d’un leitmotiv dans les ouvrages littéraires d’auteurs masculins et ce, depuis l’apparition du discours d’amoureux.

Bibliographie

Mignon – Die Kindsbraut als Phantasma der Goethezeit
Par Michael Wetzel
Fink Verlag, Munich 1999

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Edité le : 15-11-07
Dernière mise à jour le : 16-11-07