(Espagne, 2004, 1h56)
Avec Mercedes Morãn, Carlos Belloso, Alejandro Urdapilleta
Sélection Officielle – Compétition Cannes 2004
Critique : Rapports de pouvoir, lutte des classes et des sexes, glissement insidieux du malaise à l’antipathie, confrontation de la foi et de la science sur un mode énigmatique ou flottant… « La Niña Santa » brasse une multitude de thèmes, selon un principe qui relève du foisonnement littéraire. L’écriture de Lucrecia Martel et son cinéma sont à l’image de la vision qu’elle donne d’une société viciée et empêchée par ses clivages (médecins établis et personnel anonyme, quinquagénaires et adolescentes…). C’est une écriture tortueuse, insidieuse et reptilienne, qui manifeste avec intelligence ce que la féminité a de plus inconfortable, en particulier pour l’homme.
Dans la continuation de son premier long métrage, « La Ciénaga » (Le marécage), mais avec un style encore plus accompli (et beaucoup d’humour), Lucrecia Martel imagine le dispositif de son film comme un enchevêtrement végétal, étouffant, moite et parcouru de lianes et d’insectes qui, à chaque fois, indisposent les protagonistes. Josefina et Amalia questionnent leur foi tout en découvrant leur pouvoir de jeunes femmes. Le docteur Jano ne maîtrise pas ses pulsions, alors qu’il se trouve du côté de ceux qui ne sont pas censés céder du terrain (les hommes de science et les propriétaires). Leur rencontre ne peut que concourir au malentendu, mais est-ce forcément une mauvaise nouvelle ?
Les questions ne cessent de se multiplier : comment distinguer la tentation du diable de l’appel de Dieu, la dévotion d’une jeune femme de la revanche d’une nymphette, la lâcheté du docteur Jano de ses doutes bienvenus ? Lucrecia Martel ne répond pas. Elle fait beaucoup mieux que ça : elle nous immerge littéralement dans l’abyme qu’elle a creusé, pour soutenir notre attention et malmener nos certitudes avec une exigence esthétique équivalente à la force de ses manières à rebrousse-poil. Mais si son film est aussi enthousiasmant, c’est que l’expérience relève moins du masochisme que d’une salutaire et fructueuse remise en question.
Julien Welter
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La Niña Santa
De Lucrecia Martel
(Espagne, 2004, 1h56)
Avec Mercedes Morãn, Carlos Belloso, Alejandro Urdapilleta
Sortie du 15 septembre 2004






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