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La Revanche des geeks

Comment une sous-culture faite d'informatique, de science-fiction, de comic books et de jeux vidéo a-t-elle fini par s'imposer pour devenir la culture dominante de la jeunesse occidentale?

> La liberté avant tout

La Revanche des geeks

Comment une sous-culture faite d'informatique, de science-fiction, de comic books et de jeux vidéo a-t-elle fini par s'imposer pour devenir la culture (...)

La Revanche des geeks

30/04/12

La Liberté, l'obsession geek

Le geek contemporain est autant que ses aïeux geeks obsédé par la liberté.

La revanche des nerds, geeks, dorks et autres nolifes, encore à l’état de fantasme en 1984 dans une comédie américaine éponyme, a finalement eu lieu. À l’heure où les hebdomadaires nationaux titrent leurs guides d’achat high-tech par « dossier geek », on aurait presque oublié combien le terme était péjoratif jusqu’aux années 1990.

Les paléo-geeks revendiquaient pourtant moins la reconnaissance et l’appartenance à une communauté qu’un libertarisme forcené. Mais puisqu’ils étaient précisément au cœur des mécanismes de circulation de l’information, ils se révélèrent de formidables influenceurs malgré eux. Il n’a dès lors pas fallu longtemps pour que ce terme anglo-saxon se diffuse jusqu’en France et que, dans une société où la culture technologique n’est plus l’apanage de quelques-uns mais innerve le quotidien de tous, où la Japan Expo a multiplié par dix le nombre de ses visiteurs en moins de dix ans, la « geekitude » soit revendiquée par le moindre possesseur d’iPad ou lecteur de manga. L’apparente invincibilité du capitalisme repose peut-être dans le fait que les communautés qui s’en excluent s’avèrent à terme leurs meilleurs ambassadeurs.

Utiliser en 2012 le qualificatif de geek a-t-il encore un sens ? Le documentaire « Triumph of the Nerds » de 1996, qui entérine dans l’Histoire le succès de l’épopée geek par un titre en clin d’œil explicite à la comédie sortie douze ans auparavant, en avait-il par là aussi entériné la fin ?


Créativité

Pour Jean-Noël Lafargue (blog et interview dans Écrans.fr), maître de conférences associé à l’université Paris 8, une grande partie de la nouvelle génération « digital native », apparue avec les outils et la culture geek, ne semble pas s’intéresser autant qu’on ne le croit au vecteur de communication. C’est d’abord sur l’invention et la fabrication de l’outil, dans l’utopie d’un libertarisme techno-culturel, que la culture geek s’est forgée.

Et ce libertarisme que promettait la culture du « Do it yourself » et de la bidouille typiquement geek n’est pas un acquis contemporain. Aujourd’hui, elle s’efface même souvent largement au profit d’une logique de boîtes noires mystérieuses – les boxes tv-téléphone-Internet, par exemple -, délivrant du contenu ou un service, et dont le fonctionnement n’est plus remis en question tant la finalité a plus d’importance que le moyen, quand bien même le consommateur serait suréquipé.


Indépendance

Le geek contemporain, lui, obsédé par la liberté autant que ses aïeux geeks, sacrifiera toujours communication et vie sociale au profit d’une indépendance technique. Il n’utilise pas les outils existants, il les cracke, il les hacke, il les jailbreake ; mais surtout il invente, réinvente ses propres outils, les fabrique, les construit. Le niveau de complexité et le nombre de couches technologiques accumulées au fil des années font d’une telle exigence de liberté une activité terriblement chronophage, mais cela ne fait pas peur au geek contemporain, puisque c’est sa raison d’être.

Le geek contemporain est comme ces peintres qui s’intéressent plus à leurs pinceaux japonais et à leur maîtrise technique qu’à leur art, laissant aux critiques le soin de donner une finalité à leur production. Ce qui l’intéresse, c’est de se donner les moyens d’être libre. Et plus il en sait, plus il est libre.

La revanche des geeks
dimanche, 2 mars 2014 à 03:45
Pas de rediffusion
(France, 2011, 52mn)
ARTE F

Edité le : 04-04-12
Dernière mise à jour le : 30-04-12