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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 24/02/09

La Grève

Constructivisme, innovation et arrêt des machines : le premier Eisenstein agrémenté d’un nouvel accompagnement sonore.

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De Sergei M. Eisenstein
(Russie, 1925, 1h28)
Avec Alexandre Antonov, Grigori Alexandrov, Maxime Chtraukh…
Un DVD Carlotta
 
Synopsis : La Russie du Tsar Nicolas II, vue par l’Union Soviétique du camarade Staline. En 1912, les conditions de travail insupportables et les salaires misérables conduisent les ouvriers à la révolte, en dépit de la surveillance accrue de la police et de la répression sanglante des militaires. Poussés à bout, les ouvriers s’organisent.
 
Critique : Des grimaces, des gueules, des poings levés et du bruit parfaitement ressenti, malgré le caractère muet du film. « La Grève », premier long métrage d’Eisenstein, s’emploie pour son prologue à nous faire profiter de tout ce qui est censé faire horreur au bourgeois, et de façon remuée qui plus est. L’approche du montage est déjà affirmée, celle dans laquelle les plans doivent se répondre en se percutant, afin de provoquer avant tout des sensations et des réactions vives. Pour le réalisateur, le cinéma est alors la synthèse de tous les arts, il doit créer un choc et de ce choc naît le sens. C’est l’art le plus jeune, presque aussi jeune que la révolution russe. Contre le passé et le cinéma russe traditionnel, il doit s’inventer une dynamique et réveiller le peuple analphabète en l’éduquant, les images se révélant à ce titre un atout. Eisenstein aura ainsi passé des mois à boucler son casting, afin de trouver des visages frappants.
 
Le sujet lui-même est nouveau, car le monde ouvrier est encore marginal dans la Russie agricole et rurale de 1912, qui a supprimé le servage il y a un demi siècle à peine. Quant à cette édition DVD, elle entend innover à son tour en proposant une bande-son récente de Pierre Jodlowski, qui se recommande de la musique concrète. Séquencée comme le film est chapitré, distinguée par des sons entrechoqués au même titre que les images d’Eisenstein, qui se correspondent par des heurts, la partition ramène plus volontiers aux années 1970 qu’à aujourd’hui, lorsque des compositeurs comme Nono ou Cardew entendaient faire de la musique contemporaine pour éduquer le peuple. Par la surimpression des sons, le dépassement des contraires et le va-et-vient entre lisibilité des sons illustratifs et distance des sons plus contrapuntiques, Jodlowski a un peu tendance a refaire le film d’Eisenstein au lieu de l’accompagner. La révolution, c’est peut-être aussi tuer le père au lieu de l’hommager…
 
Les Bonus : Un interview avec Pierre Jodlowski, qui explique combien le caractère artificiel de « La Grève », où le réel est transformé, reformulé même par le montage alterné et la dialectique du mouvement saccadé, en fait une œuvre particulièrement attirante pour un autre artiste chargé de se pencher dessus. En bonus également, une réflexion sur l’idée même de la grève et son histoire, dans une Russie où la misère absolue des ouvriers rendait le pays plus surréel qu’il ne l’était déjà. Puis un récapitulatif du travail des cinéastes russes de l’époque révolutionnaire, qui promulguaient souvent le dynamisme contre la sérénité : Vertov, Koulechov et Poudovkine. La carrière chaotique d’Eisenstein, le plus cultivé d’entre eux et le symbole autant que la victime de l’Etat soviétique, est aussi parcourue. Enfin une rareté absolue : le premier court métrage du cinéaste, « Le Journal de Gloumov », une sorte d’interlude léger et comique, né de l’expérience d’Eisenstein dans le domaine des arts de la scène.
 
Julien Welter
 
 
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La Grève
De Sergei M. Eisenstein
(Russie, 1925, 1h28)
Avec Alexandre Antonov, Grigori Alexandrov, Maxime Chtraukh…
Un DVD Carlotta

Edité le : 24-02-09
Dernière mise à jour le : 24-02-09