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Haro sur l'Euro !

La monnaie européenne, rattrapée par la tourmente des subprimes, vient de frôler la catastrophe.

Haro sur l'Euro !

07/12/10

La Grèce appelle à l’aide l’Union européenne

Le 23 avril, Georges Papandreou, le premier ministre grec, doit se résoudre à appeler au secours. Les taux d’intérêt exigés par les marchés sont tellement élevés, que la Grèce n’y a plus accès. Comme le reconnaît le ministre des finances grec, Georges Papaconstantinou, « la Grèce est au bord de la faillite ». Aussitôt, une équipe d’experts de la Commission, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international s’envole pour Athènes afin de négocier un plan d’austérité destiné à purger les finances publiques grecques. Un accord est trouvé dans la soirée du samedi 1er mai. Le lendemain, l’Eurogroupe se réunit à Bruxelles pour activer l’aide à la Grèce. Voici l’article que j’ai publié sur mon blog ce jour-là.

Jean Quatremer, Libération

Depuis ce soir, à 19 h 30, c’est fait : l’Eurogroupe a décidé d’activer le plan d’aide à la Grèce. Il n’est pas question d’attendre, comme le voulait Berlin, la réunion, vendredi soir prochain, d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro convoqué pour l’occasion, ses partenaires ayant réussi à la convaincre qu’une semaine d’incertitudes supplémentaires risquait de déstabiliser davantage la zone euro.

Il a néanmoins fallu plus de trois heures de réunion pour que les seize ministres des Finances décident formellement de prêter à Athènes, entre 2010 et 2012, 80 milliards d’euros, somme à laquelle s’ajouteront 30 milliards versés par le Fonds monétaire international. Ces chiffres ne sont pas une surprise, les 30 milliards qu’avait annoncé l’Eurogroupe le 11 avril dernier (plus 10 à 15 milliards du FMI) ne couvrant que 2010. Il avait été alors précisé que ce plan s’étalerait sur 3 ans, ce qui permettait de conclure que l’Eurogroupe était prêt à mettre à disposition de la Grèce jusqu’à 90 milliards (à un taux « autour de 5 % »).
Ces prêts d’un montant total de 110 milliards (dont une partie servira à soutenir le secteur bancaire) devraient couvrir l’ensemble des besoins de financement de la Grèce au cours des trois prochaines années et, comme l’a annoncé Juncker, « les premiers déboursements auront lieu avant le 19 mai », date à laquelle la Grèce doit se refinancer à hauteur de 10 milliards d’euros. Comme l’a expliqué Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, cette aide permettra d’attendre que « les marchés se normalisent » afin que la Grèce puisse se financer à nouveau normalement. Un soutien à bout de bras qui écarte donc le spectre d’une cessation de paiement et va donner le temps à Athènes d’appliquer une thérapie de choc à son économie.

En effet, cette aide de l’Eurozone et du FMI est très conditionnelle : samedi soir, Athènes a dû accepter un troisième plan d’austérité particulièrement salé dont l’application à la lettre est une condition du versement de la totalité de l’aide. Elle devra ramener son déficit budgétaire de près de 14 % en 2009 à 3 % d’ici 2014 (on est loin, cependant des 10 % sur deux ans évoqué depuis deux jours par les agences de presse…). Outre les coupes de 4,8 milliards d’euros déjà annoncés pour 2010, la Grèce devra économiser 30 milliards supplémentaires d’ici à fin 2012… Des augmentations d’impôts (la TVA normale va être portée de 21 à 23 %, hausse des assises sur le tabac et l’essence), un recul de l’âge légal de la retraite ou encore la diminution des salaires des fonctionnaires et des retraites (suppression des 13e et 14e mois de salaire et de retraite, avec compensation partielle pour les bas revenus) font partie de l’amère potion que vont avaler les Grecs.

Cette austérité va se payer au prix fort : le PIB de la Grèce devrait diminuer de – 4 % cette année. Mais cette purge devrait, selon le FMI et l’UE, permettre un redressement des comptes publics et un retour à une croissance saine… Et surtout permettre à la Grèce de rembourser l’argent que vont lui prêter l’Union européenne et le FMI.

Les marchés seront-ils rassurés par ce plan ? A priori, oui. D’autant que la dette grecque n’a pas été restructurée, comme certains le prédisaient : les échéances seront respectées et il n’y aura pas d’annulation partielle. Du moins dans l’immédiat. Car il est plus que probable qu’à terme, il faudra restructurer la dette non seulement de la Grèce, mais de l’ensemble des pays occidentaux, un moyen de faire payer au secteur financier le coût de son sauvetage.

Les tergiversations allemandes, dictées par des considérations de politique intérieure, ont finalement coûté très cher à la zone euro : un langage ferme et uni dès le départ aurait permis de ne pas débourser le moindre kopek, les marchés détestant l’incertitude. Reste que ceux qui doutaient de la mise en œuvre de la solidarité proclamée depuis le 11 février dernier en sont pour leurs frais. Juste pour le plaisir : cela fait plus d’un an que je répète sur ce blog qu’en cas de besoin, la solidarité jouerait. C’est fait.


Jean Quatremer
Libération

Edité le : 05-11-10
Dernière mise à jour le : 07-12-10