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Sur les traces du passé

Grâce à sa série "Sur les traces du passé", ARTE aide les téléspectateurs à élucider leurs secrets de famille.

Sur les traces du passé

01/09/08

L’âme d’un enquêteur…

Interview de Pierre-Valéry Archassal


À 14 ans déjà, Pierre-Valéry Archassal s'intéresse à la généalogie -  Une passion qu'il mène plus tard en parallèle de sa carrière à Radio France et en cabinet de communication. Également paléographe, il est élu membre de l'Académie Internationale de Généalogie en 2004. C'est un fervent défenseur de la généalogie gratuite et collaborative...

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ARTE: Comment devient-t-on généalogiste?
Pierre-Valéry Archassal : Les généalogistes de profession sont peu nombreux en France et surtout dédiés à la recherche de cousins et de cousines quand il y a des héritages à partager. Pour moi, la généalogie est plus un loisir qu’une demande commerciale. Je suis spécialiste, mais pas généalogiste de profession. Je travaille depuis trente ans sur les familles françaises, sur la mienne et sur celle de beaucoup de gens. Mon but est aussi de faire connaître la généalogie et d’aider les gens dans leur recherche.
 
Vous avez accompagné le casting pour la série "Sur les traces du passé". Qu’est-ce que les familles attendent de cette recherche?
Beaucoup de gens cherchent à  éclaircir des légendes familiales, ils se posent des questions liées à la filiation ("est-ce qu’on est bien le petit fils de son grand-père etc."). Beaucoup de dossiers concernaient également des histoires de migration entre l’Afrique du Nord, le Québec et et la Russie. D’autres sont liés à la guerre, avec des familles déchirées et recomposées.
 
Qu’est-ce qui vous fascine dans ces recherches?
En généalogie, si on cherche quelque chose de précis, on est toujours déçu – on ne trouvera pas exactement ce qu’on cherche et on ne va pas partir sur la bonne piste. En revanche, si on fait la recherche pour le plaisir de la recherche, on va trouver mille choses extraordinaires et fascinantes. Un français se croit breton, bourguignon, auvergnat et quand il va remonter dix générations, 95 % de ses ancêtres viendront d’ailleurs. De même pour les milieux sociaux, on se croit par exemple d’une famille de commerçants ou d’une famille de paysans depuis des générations et puis on retrouve autant d’artisans, de nobles, de SDF même, dans son arbre généalogique…
 
Quels conseils donneriez-vous à un débutant?
Il faut surtout avoir l’âme d’un enquêteur. L’enquête en généalogie, ça veut dire ne rien négliger, être attentif au moindre détail. Il faut attentivement lire tous les documents qu’on a sous les yeux. Quand on cherche le mariage de ses arrière-grands-parents par exemple, on va retrouver l’acte, on va le lire, on va lire le nom, quelques dates. On ignore parfois, par souci de rapidité, tous les autres petits détails qui peuvent nous donner des informations complémentaires - par exemple les données sur les témoins, les domiciles… autant de détails qui nous permettront plus tard d’avancer d’une génération de plus.
 
Avez-vous déjà un cas préféré?
Une histoire me tient vraiment à cœur – parce que la personne qui pose la question est très sympathique et puis l’histoire a une vraie valeur d’exemple en généalogie, elle peut ressembler à une histoire que beaucoup de familles ont vécu en France. C’est l’histoire d’une famille aux origines rurales dans le sud de la France, le jeune couple a un vrai projet de vie un peu « exotique » et une vraie histoire, puis la guerre 14 met fin à tout çà et c’est une toute autre histoire qu’ils vont vivre.
 
La généalogie aussi comme moyen pour mieux comprendre la grande histoire…
Il faut toujours, en généalogie, faire un parallèle avec l’histoire de France ou d’Europe. Nos ancêtres ont vécu dans un contexte historique qui a forcément influencé leurs choix. Les livres d’histoire malheureusement  s’attachent trop souvent à des personnages célèbres et aux grandes dates, alors que là on vit l’histoire au quotidien. Quand je vais sur un lieu où mes ancêtres ont vécu, j’aime bien me poser un moment et regarder le paysage autour de leur maison pour mieux comprendre leur mode de vie. Les gens n’ont parfois pas voyagé pendant plusieurs générations, leur horizon était limité à une colline à l’ouest, une rivière à l’ouest…
 
Comment vous expliquez l’intérêt croissant pour la généalogie en France?
La France est le pays d’Europe où il y a le plus gros engouement pour la généalogie. Au contraire de l’Allemagne où les „Länder“ font qu’on reste plus lié à une province ; en France avec la centralisation, beaucoup de gens ont migré vers les grandes villes et coupé avec leurs racines rurales. À cause de ce paysage géopolitique, il y a eu un vrai besoin de refonder ses racines, retrouver des ancêtres ruraux qui recréent un terroir.
Depuis quelques années, Internet permet aussi à une autre population de faire de la généalogie. Avant, il fallait tout faire soi-même en allant sur place et dans les archives, il fallait être retraité ou avoir des vacances importantes pour faire ses recherches.
 
Internet a-t-il aussi ses limites?
Aujourd’hui, sur Internet, on peut facilement trouver de nombreux cousins potentiels. De plus, les logiciels de généalogie génèrent souvent automatiquement les pages Internet que tout le monde peut consulter. Mais en cas d’erreur dans celles-ci, d’autres personnes vont partir sur de fausses pistes. Il faut donc être prudent quand on consulte une information en ligne et toujours également vérifier les sources.
Les départements investissent beaucoup d’argent en ce moment pour avoir des images numérisées des archives sur Internet. Il ne faut jamais oublier que le seul moyen d’être sûr de ne pas faire d’erreur. c’est de revenir au document original
 
Propos recueillis par Nicola Hellmann 

Edité le : 03-07-07
Dernière mise à jour le : 01-09-08