Taille du texte: + -
Accueil > Europe > Méditerranée

Méditerranée

La première année de l’Union pour la Méditerranée (UPM) s’est déroulée dans la plus grande discrétion. À tort ou à raison ? Premier bilan.

> Archives > L'UPM en 2009

Méditerranée

La première année de l’Union pour la Méditerranée (UPM) s’est déroulée dans la plus grande discrétion. À tort ou à raison ? Premier bilan.

Méditerranée

20/07/10

L’Union pour la Méditerranée, un an après

En dépit d’un lancement en grande pompe le 13 juillet 2008 à Paris, l’Union pour la Méditerranée (UPM) ne semble passionner ni les médias, ni l’opinion publique. La première année de l’UPM s’est ainsi déroulée dans la plus grande discrétion. A tort ou à raison ? Un  bilan dressé par la jeune journaliste Iris Hartl qui a deux atouts : ses langues – l'allemand, l'anglais,  le français et l'arabe – et ses attaches personnelles avec les deux rives de la Méditerranée.  

Cette relative indifférence s’explique d’abord par l’absence d’avancées significatives à mettre au crédit de l’UPM, notamment sur le plan institutionnel. De nombreux projets existent à l’heure actuelle mais leur concrétisation demande l’existence de relais organiques efficaces. Or, un an après, seule la coprésidence franco-égyptienne a été mise en place. Pourvue d’un mandat de deux ans, la présidence de l’UPM est répartie entre un coprésident originaire de l’Union européenne et un autre issu d’un pays méditerranéen non-membre. Ni le secrétariat, bras exécutif de l’Union, ni le comité permanent, en charge de superviser les travaux du secrétariat, n’ont vu le jour jusqu’à présent. Aux dernières nouvelles, la mise en place du secrétariat général aura lieu fin 2009 à Barcelone.

Le volet financement n’est guère plus réjouissant. Les besoins pour l'ensemble des projets envisagés dans les cinq ans à venir sont estimés à 200 milliards d'euros. Lors d’une réunion ministérielle le 25 juin 2009 à Paris, les différents partenaires de l’UPM ont débloqué 20 milliards d'euros pour le financement des projets. Mais ce n’est qu’une goutte d’eau par rapport aux ambitions affichées. Aujourd’hui, l’UPM s’appuie principalement sur l’Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP), un programme communautaire doté d’une enveloppe d’environ 12 milliards d’euros pour la période 2007-2013, qui pourrait se révéler être inapte à couvrir l’ensemble des dépenses de l’organisation. Faute de disposer de ressources propres suffisantes, l’action de l’UPM restera en partie tributaire du bon vouloir de ses mécènes : Etats, institutions financières ou fonds privés.

Les grands projets qui sont d’ores et déjà en cours sont ceux qui ont été réalisés dans le cadre du processus de Barcelone, autrement dit Euromed, ou le programme EuropeAid de la Commission européenne. Leurs priorités sont l’environnement et le développement durable, notamment la dépollution de la Méditerranée, le renforcement du secteur des transports qui prévoit aussi la construction d’autoroutes de la mer, la protection civile, les énergies alternatives, en particulier solaire, l’éducation et la recherche ainsi que le développement des entreprises. Lors du Forum économique et financier de l'Union pour la Méditerranée qui a eu lieu les 20 et 21 juillet derniers à Milan, ces priorités ont été abordées une fois de plus. Les représentants des 43 pays membres ont réaffirmé leur volonté de réduire les disparités et inégalités qui existent actuellement entre le Nord et le Sud de la Méditerranée par le biais de projets communs. Dans le contexte économique difficile, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a exprimé son souhait que Milan, capitale économique de l'Italie, devienne le siège d'un « secrétariat économique » de l'UPM.


Il existe par ailleurs plusieurs initiatives prises par des institutions économiques et financières. En janvier, dix organismes bancaires, dont le Groupe Caisse d’Epargne (France), la banque marocaine Attijariwafa et la banque tunisienne BIAT, ont ainsi signé un contrat de coopération afin de réaliser une vingtaine de projets communs relatifs aux transferts financiers, la subvention de l’infrastructure et l’assistance des PME. Au Forum de Paris en mars dernier, Augustin de Romanet, le Directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), a présenté une initiative visant à créer un fond commun avec l’Italie, les pays du Golf et le Maroc. La CDC est ainsi prête à investir 150 millions d’euros afin de mieux gérer la pénurie en énergie et en eau d’une part et la croissance démographique des pays de la rive sud d’autre part.

Mais force est de constater que tous ces projets euro-méditerranéens se déroulent en dehors d’une UPM pleinement opérationnelle. La faute en partie au conflit israélo-palestinien, coupable désigné pour une organisation en panne. Suite à l’offensive de Gaza, plusieurs pays arabes seraient en effet désormais réticents à l’idée de se réunir avec Israël.

Plombée par les divergences politiques et les querelles intestines, l’UPM risque de faire capoter cette « union des projets » chère à la France, et de replonger dans l’immobilisme du processus de Barcelone.

Iris Hartl


POUR ALLER PLUS LOIN
Gardons en arrière-plan les dossiers de Nouvelle Europe consacrés à l'UPM datant de mai 2008.

Analyse complété par un article sur les migrations datant aussi de mai 2008.

Et une réflexion plus globale, très originale, intitulée « Géopolitique des mers, Europe puissance ? » datant de juin 2008.
Signalons enfin l'article du géographe et diplomate Michel Foucher « La France, l’Union européenne et les enjeux méditerranéens » in L'état de l'Union 2008 - Rapport Schuman sur l'Europe, Éditions Lignes de Repères, 2008.
Le dessous des cartes a consacré un DVD à l'Europe, modèle géopolitique ? dans lequel est abordée l'Union pour la Méditerranée.
Dossier spécial d'ARTE Reportage sur l'eau en danger.

Edité le : 29-06-09
Dernière mise à jour le : 20-07-10


+ de Europe