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Mise en perspective : Irlande - 31/03/10

L’Union européenne peut-elle reconquérir la jeunesse irlandaise ?

En 2008, 59 % des 25-34 ans ont voté « non » au référendum sur le traité de Lisbonne. Ces chiffres sont symptomatiques d’une génération qui n’a plus conscience ni de l’importance ni des avantages d’une appartenance à l’Union européenne (UE).


Le « non » à la consultation de 2008 a constitué un véritable signal d’alarme pour l’UE et les représentants politiques irlandais. Même si le second référendum, qui s’est tenu en octobre 2009, n’était nullement parfait, il a toutefois permis de créer un forum de discussions sur l’Union européenne. S’appuyant sur les conclusions de l’étude DFA/Millward Brown IMS consacrée au référendum de 2008, les partisans du « oui » ont pris le soin d’informer clairement et objectivement les citoyens sur le fonctionnement de l’UE et sur le Traité proprement dit. En effet, le manque d’information avait été cité comme la principale cause de désaveu en 2008.

Le gouvernement a certes essuyé les critiques quand il a décidé de mettre un terme au Forum sur l’Europe en avril 2009, mais cette décision lui a permis – ainsi qu’à la classe politique – de jouer un plus grand rôle en informant le peuple irlandais sur les questions européennes. Ce Forum sur l’Europe a été actif lors de la première campagne et durant la période de réflexion entre les deux référendums. Il a offert un espace de débat et de discussion entre les observateurs avertis et le public. Le site talk2eu, mis sur pied par la représentation de la Commission européenne en Irlande, incite les citoyens irlandais à s’engager tout en les informant de ce que l’UE a fait et continue de faire pour eux. Ces informations, largement diffusées dans les salles de cinéma et à la télévision, ont indéniablement touché les jeunes électeurs.

Une autre approche consiste à examiner pourquoi la jeune génération se détourne de l’UE et de l’Europe. Alors que les enseignants et les parents sont correctement informés, la jeunesse entend rarement parler d’Europe en dehors des cours d’histoire. Dans les établissements du secondaire, le programme d’éducation civique, sociale et politique (CSPE) propose quelques informations de base sur l’UE. Cela dit, il ne permet pas à lui seul de comprendre les tenants et les aboutissants des amendements prévus par le traité de Lisbonne. Si l’on souhaite que les jeunes générations puissent statuer sur le développement de l’UE dans les années à venir, il faudrait développer un module scolaire spécifique. Les moins de 35 ans sont conscients de la situation singulière de l’Irlande, seul pays obligé à tenir un référendum sur des amendements à un traité – amendements qui pourraient entraîner un transfert de souveraineté.

Le fait que l’Irlande soit le seul pays membre de l’Union à organiser un référendum sur le traité de Lisbonne n’interpelle pas que les jeunes. En effet, il parait injuste et peu raisonnable que les électeurs irlandais soient les seuls à exprimer ce que pensent les citoyens européens des évolutions au sein de l’UE. Bien qu’il soit encore majoritairement pro-européen, le peuple irlandais sent que le reste de l’Europe a les yeux rivés sur lui et sur son vote. Dire « non » serait le moyen le plus efficace de forcer l’Union européenne à faire une pause et à les écouter.

Les institutions européennes et la classe politique irlandaise doivent donc tout faire pour informer leur électorat et les citoyens des avantages, des inconvénients et des implications d’une appartenance à l’Union européenne.

Méabh Ní Drisceoil



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À qui profite l'Europe ?
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Edité le : 31-03-10
Dernière mise à jour le : 31-03-10