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La course aux matières premières

Avec les besoins de la Chine, du Brésil et de l'Inde, ajoutés à ceux des anciens pays industrialisés, la demande mondiale en matières premières a explosé.

La course aux matières premières

03/10/13

L'oir noir – à quel prix ?

Le pétrole couvre 36 % des besoins énergétiques de la planète – tendance en hausse. Avant que cette matière première ne soit remplacée par d’autres sources d’énergie, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. Pourtant le temps presse, car les réserves s’amenuisent sans espoir de renouvellement. Les nouveaux lieux de forage sont de moins en moins accessibles, de plus en plus coûteux...

Capacités de production au taquet
En 2005, la consommation mondiale s’est élevée à 83 millions de barils par jour et selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, la barrière des 90 barils sera franchie en 2010. Les Etats-Unis sont les plus gros consommateurs, avec 25 millions de barils par jour, mais les pays à forte croissance, comme la Chine, le Japon et l’Inde importent de plus en plus de pétrole. En 2002, la Chine avait supplanté le Japon à la deuxième place au box-office des pays consommateurs. Sa production intérieure se tarissant à vue d’œil, l’Europe de l’Ouest est plus dépendante que jamais de ses importations : 80 % de ses besoins en pétrole sont couverts par l’extérieur ; en Allemagne, ce chiffre atteint 97 %.

Quant au Canada, même si ses immenses gisements de sable bitumeux le placent au second rang des pays les plus riches en or noir (15 % des réserves mondiales), la « station service du monde » reste le Moyen-Orient. C’est ici que sont regroupés plus de gisements conventionnels que dans tout le reste du monde. Les 11 pays membres de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) produisent actuellement presque 30 millions de barils par jour, soit environ 40 % du pétrole produit sur Terre. L’Arabie Saoudite et le Koweït en sont les deux membres les plus importants.
Pour étancher cette soif inextinguible d’or noir, les puits et raffineries du monde entier tournent à plein régime. Presque tous les pays exportateurs sont à la limite de leurs capacités de production. La plupart des scientifiques s’accordent à penser que malgré les progrès techniques, le pic de production devrait être atteint dans 5 à 10 ans, après quoi, la courbe sera irrévocablement décroissante. Conséquence : les prix du pétrole monteront irrésistiblement et dans d’importantes proportions.

Une entreprise coûteuse et risquée

Dans le commerce international du pétrole brut, on parle en « baril », au départ un tonneau de 159 litres. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’une unité de mesure, car depuis environ 140 ans, l’or noir est transporté uniquement par pipelines ou dans d’énormes tankers.
Le point névralgique de l’approvisionnement énergétique de l’Europe, qui est aussi le plus long et le plus moderne des pipelines du monde, est le BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) ouvert en 2005, d’une longueur de 1 760 kilomètres, qui fait transiter le pétrole de la mer Caspienne vers les marchés internationaux. Lorsqu’il aura atteint sa capacité maximum, en 2009, environ un million de barils par jour coulera chaque jour dans les tuyaux, soit environ 50 millions de tonnes de brut par an.
Du Moyen-Orient vers l’Europe, la route la plus courte et la plus empruntée pour le transport du pétrole est le canal de Suez, d’une longueur de 170 kilomètres, qui relie la mer Rouge à la Méditerranée, mais il lui manque jusqu’à 16 mètres de profondeur pour le passage des supertankers en charge. Avant d’entrer dans le canal, les pétroliers doivent donc décharger et entreposer une partie de leur cargaison. L’autre solution consisterait à prendre la route incomparablement plus longue, et donc plus coûteuse, qui contourne l’Afrique.

Hydrocarbure essentiel à de nombreux secteurs industriels
Entre Rotterdam et la mer, des millions de barils de pétrole brut attendent d’être raffinés en Europe. Les propriétaires en sont des sociétés pétrolières du monde entier. Comme les raffineries sont en nombre insuffisant dans le monde, elles aussi tournent à plein régime. Même les USA font traiter leur pétrole en Europe, surtout depuis que l’ouragan Katrina a mis hors service non seulement des plates-formes pétrolières, mais aussi plus de 10 % du potentiel des raffineries américaines…

Les alternatives au pétrole en Suède
Le pétrole ne sert pas seulement à la production d’électricité ou de carburant. C’est du pétrole brut qu’on tire des hydrocarbures essentiels à de nombreux secteurs de l’industrie, matière première d’un immense éventail de matières synthétiques. De plus en plus de produits de consommation courante – cartouches à encre, bouteilles en plastique, lessive, et même certains produits alimentaires, produits cosmétiques et médicaments – sont fabriqués à partir de ces matières et donc de pétrole brut. A chaque montée des prix du pétrole, une foule d’objets quotidiens suit la tendance…


L’environnement n’est pas la seule victime
Les kilomètres parcourus par le pétrole s’allongent. Les pétroliers transportent chaque année deux milliards de tonnes de pétrole brut et d’hydrocarbures sur les océans. Les catastrophes sont programmées. Ainsi en novembre 2002, le Prestige se disloque devant les côtes galiciennes au nord-ouest de l’Espagne et les 40 000 tonnes de pétrole lourd qui s’échappent des soutes du navire viennent souiller des milliers de kilomètres de côte, tuant des centaines de milliers d’animaux.
Si tant de naufrages de pétroliers ont des conséquences aussi dramatiques, c’est que le plus souvent, les géants des mers impliqués sont équipés d’une simple coque. Si elle était double, l’écoulement d’une grande quantité de pétrole pourrait être évité, mais ce type de construction navale n’est pas encore obligatoire. Après le naufrage de l’Erika en 2001, l’Organisation maritime internationale (OMI), a décidé qu’à compter de 2015, seuls les pétroliers équipés d’une double coque auraient le droit de naviguer sur les mers du globe.
Pétrole = pouvoir. On le savait déjà avant la guerre en Irak. Au cours des décennies écoulées, l’extraction du pétrole et son chapelet de corollaires ont été la cause de problèmes dévastateurs dans les pays en développement, économiques, sociaux, écologiques. Les pipelines dévorent impitoyablement les forêts anciennement vierges et les parcs naturels, la liste de gravissimes accidents et de violations des droits de l’homme s’allonge. Dans la course effrénée aux ressources, les minorités se font facilement distancer et se retrouvent rapidement à la botte des puissants. En Afrique de l’Ouest notamment, les violents accrochages qui se succèdent entre les groupes rebelles et les sociétés pétrolières sont une plaie pour les populations, elles font le jeu des dirigeants corrompus.

Des bénéfices colossaux pour les groupes pétroliers – et consommateurs payeurs…
Tandis que les profits des groupes pétroliers augmentent avec une belle constance, le consommateur doit, lui, payer le prix fort. En moyenne, 55 à 60 % du prix du produit fini reviennent à l’Etat. Quant aux gérants des stations services, ils doivent se contenter de 0,5 à 1 centime par litre…
Nicolas Sarkis, directeur général du Centre arabe d’Etudes pétrolières à Paris, n’exclut pas une forte hausse du prix du baril à l’avenir, notamment parce que les nouvelles réserves pétrolières, non conventionnelles, seront chères à produire. Il faudra aller chercher le pétrole dans des endroits difficiles d’accès, que ce soit sous l’eau ou dans des régions inhospitalières comme la Sibérie. Selon lui, la hausse du prix est dans l’intérêt de tous, y compris du consommateur. On serait ainsi poussé à faire des économies et à développer des énergies de remplacement.
Pour l’instant en tout cas, l’économie et la prospérité des pays industrialisés sont impensables sans le pétrole – celles des pays producteurs aussi. La question est de savoir pour combien de temps encore et à quel prix ?

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L’or noir, à quel prix ?
20.06.2006, à partir de 20h40
THEMA, SWR

Edité le : 29-08-08
Dernière mise à jour le : 03-10-13