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L'école du pouvoir

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L'école du pouvoir

27/06/12

L'école du pouvoir - Raoul Peck, un témoin engagé

Après son Moloch tropical, le 10 septembre, ARTE diffuse de Raoul Peck L’école du pouvoir, un téléfilm passionnant sur la formation des élites à la française. Cinéaste engagé, le réalisateur haïtien jongle avec fluidité entre réalité et fiction, politique et romanesque, sans renoncer au regard critique qui a fait son succès. Portrait.



La question du pouvoir traverse l’oeuvre de Peck de façon obsessionnelle. Celui qui corrompt les jeunes énarques idéalistes de la promotion Voltaire après l’alternance socialiste de 1981 dans L’école du pouvoir ; celui qui assassine en 1961 le charismatique leader du mouvement indépendantiste congola is (Lumumba, la mort du prophète) ; celui, absolu, mortifère, de la dictature des Duvalier en Haïti, son pays natal (Haitian corner, L’homme sur les quais, Moloch tropical…), puis des génocidaires rwandais (Quelques jours en avril) ; celui, éphémère et maladroit, d’un petit juge et de médias aveuglés face à une famille ravagée par le deuil (L’affaire Villemin). Dans cette filmographie exigeante, qui lui a valu de nombreux prix, la fiction s’enracine dans le réel, le documentaire garde le souffle du romanesque. Et la puissance des émotions reste au service d’une conscience politique aiguisée, d’un humanisme têtu.

Une oeuvre internationale, aussi, à son image : né à Port-au-Prince en 1953, ce fils d’un ingénieur agronome émigré au Congo pour fuir la dictature de “Papa Doc” est un citoyen du monde. Partageant sa vie entre Paris, Miami et Berlin, il a tourné de sa terre natale au Rwanda en passant par chacune de ses villes d’adoption, puisant dans toutes ses expériences pour enrichir sa palette.

SINGULIER ET PLURIEL


“Dès mon enfance, j’ai été confronté au pouvoir et à ses coulisses. Je connais ces rituels, ces personnages”, résume-t-il. Marqué par l’exil et la question postcoloniale, celui qui fut aussi journaliste et photographe avant de devenir réalisateur et producteur dit croire profondément au changement et à l’éveil des consciences par le cinéma.
Sa force réside dans son habileté à mêler les dimensions historiques, politiques et personnelles, les destinées individuelles et collectives. Il n’hésite pas à insérer des images d’archives dans L’école du pouvoir, ou à transposer à la fiction son documentaire en partie autobiographique sur le leader congolais (tournés respectivement en 1991 puis en 2000). Et quand il filme au Rwanda, en 2005, pour ARTE encore, c’est à partir de récits de rescapés et avec des acteurs non professionnels recrutés sur place. “L’histoire ne pouvait éthiquement être racontée qu’avec ceux qui en ont été les principaux acteurs, autrement je me serais senti un voyeur, un usurpateur”, explique-t-il alors.

L’un des plus beaux moments de sa carrière restera la projection de Quelques jours en avril dans le stade de Kigali, devant quarante mille personnes : “Un moment inoubliable. Une des rares fois où faire un film a vraiment eu du sens. Palpable, visible, porteur d’un effet immédiat.”

PERFECTIONNISTE


S’il fait appel à des coscénaristes, ce perfectionniste écrit lui-même la plupart de ses films. “C’est la seule période pendant laquelle on peut vivre de vrais moments de jubilation”, dit celui qui compte aujourd’hui pas moins de quatre projets dans ses cartons, dont un film sur la jeunesse de Karl Marx. Le regard critique qu’il porte sur le monde qui l’entoure, il le veut aussi universel et accessible que possible. À travers les années Mitterrand, et le tournant de la rigueur de 1983, L’école du pouvoir, dit-il ainsi, “ne parle que d’aujourd’hui. Plus que jamais.”

Une fois, le témoin engagé est passé de l’autre côté : en 1996, dans l’euphorie éphémère du retour de Jean-Bertrand Aristide en Haïti, il accepte le portefeuille de la Culture et de la Communication dans le gouvernement de René Préval. “J’ai vécu cette expérience de ministre comme très dure, avoue-t-il, en ajoutant : Il y a, dans tous les pays, des traits communs à la sphère politique. Très vite, les choix peuvent devenir cyniques et le pouvoir se détache de son but initial, qui est d’être au service de la société.”

En janvier 2010, une semaine après le tremblement de terre qui a dévasté l’île, le cinéaste quittait Paris afin d’aider à la reconstruction – et commençait à tourner, forcément. Un documentaire, à venir sur ARTE.

Thomas Vitry pour ARTE magazine

Sur rue89:
Interview vidéo de Raoul Peck sur le tournage de L'école du pouvoir

Edité le : 03-09-10
Dernière mise à jour le : 27-06-12