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L'école du pouvoir

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L'école du pouvoir

27/06/12

L'école du pouvoir - Paroles d'énarques

Lors de la préparation du film, des centaines de témoignages d'énarques de toutes générations ont été recueillis. Une sélection parmi les plus représentatifs.

La solidarité est plutôt rare.

"Il y avait de la solidarité au sein de notre promo, ce qui était plutôt rare à l'ENA. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de sales coups dès qu'il était question de pouvoir. Dans le secteur privé, ou dans n'importe quelle entreprise, quelqu'un peut avoir le même job que vous, et cela ne pose aucun problème. Mais dans notre monde le pouvoir ne peut pas se partager. Il n'y a qu'un seul poste, pour une seule personne."

Mitterrand aurait pu réformer l'ENA, il a préféré s'en servir.

"Ceux d'entre nous qui ont été à un moment ou à un autre au pouvoir auraient pu essayer de réformer l'ENA, le classement, la Botte, les Grands Corps - appliquer les idées que nous avançions quand nous étions à l'Ecole. Rien n'a été fait. Mais j'en veux surtout à Mitterrand: il aurait pu imposer des réformes au système. Il a préféré s'en servir."

Un zoo

"Quand j'ai été accepté à l'ENA, j'ai découvert une France qui m'était inconnue, la France du pouvoir. C'était intéressant d'un point de vue zoologique...Si vous voyagez, vous pouvez apercevoir quelques animaux rares: un lion par-ci, une girafe par-là, quelques crocodiles ailleurs. Il n'y a qu'au zoo que vous pouvez tous les contempler au même endroit, au même moment."

Les politiciens ont perdu.

"Ma génération a rêvé de servir l'Etat, parce qu'on pensait pouvoir changer le monde à travers cela. Nous avons réalisé plus tard que c'était impossible, que l'Etat est sans pouvoir. Il ne décide de rien aujourd'hui. Le monde des affaires décide [...] Les politiciens ont perdu. Nous sommes une génération déçue."

Ceux qui se fondent vraiment dans le moule deviennent arrogants et ennuyeux.

"Entrer à l'ENA n'est pas facile mais une fois qu'on y est, il suffit de comprendre ce qu'ils attendent de vous, ce qu'ils veulent que vous soyez, le moule dans lequel se couler. Ceux qui comprennent qu'il suffit de jouer un rôle s'en tirent bien, ils quittent l'Ecole indemnes, avec leur sens de l'humour intact et leur ego en bonne santé. Ceux qui se fondent vraiment dans le moule deviennent arrogants et ennuyeux - le cliché de l'enarque."

L'Etat est impuissant. Ce sont les entreprises, les patrons, le business, l'argent qui décident.

"Notre promotion était probablement l'une des dernières à être animée par une volonté de service public. Les promos d'après, celles des années 1980 méprisaient la politique et vénéraient l'entreprise, les patrons, le business, l'argent. Nous rêvions de changer le système de l'intérieur, de changer l'Etat pour changer le monde. Nous avons compris plus tard que l'Etat est impuissant. Ce sont les entreprises, les patrons, le business, l'argent qui décident."

Une course de rats

'J'ai énormément travaillé à l'ENA. Je voulais terminer en haut du classement et je ne m'en cachais pas. L'ENA est une course de rats : vous devez en même temps réussir et espérer que les autres échouent. C'est un jeu pervers, je le détestais, mais je l'ai joué quand même."
Les solutions aux problèmes

"A l'ENA, personne ne s'attend à ce que vous trouviez des solutions aux problèmes - au contraire...Ceux qui corrigent vos copies pourraient se vexer de ne pas y avoir pensé avant."

Le monde à nos pieds

"Pour moi, l'ENA était un banquet qui croulait sous les meilleurs plats venus du monde entier, où nous pouvions nous servir à volonté. Voulait-on rencontrer un patron de presse, visiter une plate-forme pétrolière, apprendre l'italien - pas de problèmes, il n'y avait qu'à demander, l'Ecole organisait tout. J'avais l'impression que le monde était à nos pieds."

Edité le : 13-09-10
Dernière mise à jour le : 27-06-12