Connu pour ses photos noir et blanc de stars pop-rock, Anton Corbijn a aussi réalisé des clips pour Nirvana, Depeche Mode, U2, Coldplay, The Killers, etc. Ce Hollandais qui a migré à Manchester à 24 ans pour se rapprocher de Joy Division, a adapté Touching from a distance: Ian Curtis and Joy Division, livre autobiographique de la veuve du chanteur, Debbie Curtis.
Doux et retors
Control évoque avec subtilité les influences et l'ascension du groupe : Ziggy Stadurst que Ian écoute religieusement dans sa chambre, les concerts qui électrisent le public, la danse du "papillon crevé" du chanteur, versant scénique de l'épilepsie dont il souffrait. Mais le film se plaît surtout dans l'intimité de ce jeune homme tourmenté, mélancoliquement habité par l'acteur Sam Riley, d'une ressemblance étonnante avec son modèle. Dans le film, Ian Curtis apparaît comme un étrange rocker, doux et retors – prenant le thé avec une vieille dame pour mieux piller son armoire à pharmacie.
À 19 ans, cet adolescent aussi réservé que passionné épouse Debbie, dont il aura un enfant. Il donne des concerts, en continuant à exercer avec une courtoisie très britannique ses fonctions d'employé de bureau à la bourse du travail. Cette capacité à jouer avec différentes identités se brise sous le joug du succès.
Si le film ne tente pas d'expliquer le suicide de Ian Curtis, il expose avec justesse la crise qu'il a traversé à la fin de sa vie : la fatigue, la pression, la fin de son premier amour et son refus de l'admettre. Mais la réussite d'Anton Corbijn est d'abord formelle : la sombre poésie qui hantait le chanteur imprègne tout le film. Avec son noir et blanc mat, qui révèle la beauté austère de la blême Angleterre de la fin des années 1970, et son cadrage élégant, Control a su traduire en images l'esthétique ténébreuse de Ian Curtis.
Noémi Constans, ARTE Magazine





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