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ARTE Journal - 12/06/12

"L'UMP se trouve dans une situation difficile"

Anne Muxel est directrice de recherche en sciences politiques. Elle analyse pour ARTE Journal les conséquences des résultats du premier tour des élections législatives sur le jeu politique et notamment sur l'UMP. Elle nous explique que le parti de Jean-François Copé a été une nouvelle fois affaibli par les bons résultats du Front national.

Le FN a obtenu 13% des suffrages au premier tour des législatives. Comment analyser cela ? Le pari de Marine Le Pen de créér un nouveau parti de droite a-t-il réussi ?


Transcription
Cela fait un certain moment que le FN gêne le paysage politique de la droite dans la mesure où il vient prendre des voix et des électeurs à l'UMP. Ce premier tour des législatives confirme l'assise électorale qui est maintenant impulsée par Marine Le Pen, et par son travail de dédiabolisation, par sa volonté de créer une force politique marquée par un rassemblement sans doute plus large que celui qui était initié par le front national du temps de son père. Donc l'UMP se trouve effectivement dans une situation difficile au lendemain de ce premier tour des législatives, comme c'était déjà le cas d'ailleurs durant la présidentielle, c'est à dire sans réserve de voix à droite et là tout particulièrement dans ce premier tour des législatives, sans réserve de voix au centre droite, puisqu'on voit que le Modem et Bayrou font une performance extrêmement faible et difficile. Donc le FN devient du coup pour l'UMP un concurrent sérieux et le nombre de triangulaires voire de duels qui vont être organisées pour ce deuxième tour vont sans doute être l'occasion de redéfinir ce rapport de force et de vérifier finalement la capacité du FN à imposer de façon encore plus affirmée sa place dans le paysage électorale de la droite.

A quelle redéfinition de stratégie peut-on s'attendre du côté de l'UMP ? Risque-t-il d'y avoir une implosion du parti ?


Transcription
Je pense que l'idée de l'implosion est peut-être une idée un peu prématurée. Il y a effectivement des débats, des désaccords au sein de l'UMP, il y des rivalités de personnes mais tout laisse penser que personne n'a vraiment intérêt à cette implosion et surtout pas l'UMP et bien sûr pas non plus la stabilité démocratique à laquelle on peut aspirer dans un pays tel que la France dans un moment si difficile face à une crise sociale, économique, financière, face à la question européenne. Bref on n'a pas tellement intérêt à ce qu'il y ait une implosion de l'UMP au profit de nouvelles forces telles que celle du Front national. Donc je ne pense pas qu'on puisse parler d'implosion par contre c'est vrai qu'il y a aujourd'hui, à l'intérieur de l'UMP, des batailles, des repositionnements qui doivent être affirmés et un leadership qui depuis le départ de Nicolas Sarkozy se pose.

Est-ce que la stratégie du "ni Front national, ni front républicain", énoncée par Jean-François Copé peut être une bonne chose pour l'UMP ? Ou au contraire, cela risque-t-il de laisser un flottement qui lui serait préjudiciable ?


Transcription
De toute évidence l'UMP est coincée. On voit bien que ce qui peut triompher c'est effectivement cette stratégie à la fois ni front national ni front républicain. Ni front national parce qu'effectivement, cela a été affirmé, réaffirmé à plusieurs reprises et particulièrement par Jean-François Copé car il n'est pas question de faire des alliances avec le Front national mais ni front républicain parce qu'étant donné la faiblesse de l'UMP, sa faiblesse électorale, et le fait d'avoir tellement peu de réserves de voix, personne ne peut vraiment prendre la responsabilité de se couper complètement de ces électeurs du front national qui pourraient à un moment ou à un autre choisir de se reporter sur un candidat de l'UMP comme sur un candidat de gauche puisqu'il y a à peu près 13% des électeurs du Front national qui disent qu'ils peuvent voter pour un candidat de gauche. Donc il faut rester ouvert, laisser la porte libre. Pour un parti tel que l'UMP qui connait des difficultés électorales aujourd'hui c'est quasiment une obligation. C'est pas pour autant que cela ne suscite pas des oppositions au sein même de l'UMP et certains responsables, je pense à NKM, souhaiteraient une affirmation plus forte d'un rejet et d'une condamnation du front national.

Il semble plus naturel pour le Parti socialiste que pour l'UMP de faire barrage au FN. Pourquoi ?


Transcription
Au travers d'un certain nombre de valeurs, d'éléments de programme, notamment au travers de la question de l'identité nationale qui a quand même été une question mise en avant par l'UMP et par Nicolas Sarkozy quand il était au pouvoir... il y a certainement des thèmes qui peuvent rencontrer ceux du front national et donc qui peuvent laisser entrevoir une proximité plus forte, en tout cas sur ces thèmes-là, entre l'UMP et le FN. Mais il ne faut pas oublier que le FN aussi développe tout un discours, en termes de politique sociale, de politique économique qui peut retrouver certains éléments de programme développés à gauche voire au front de gauche. Il faut donc se méfier de ne pas avoir de vision trop caricaturale. Je crois qu'il y a là toute la force du front national qui arrive à conquérir des électeurs en franchissant tout l'échiquier politique ou plutôt en captant des électeurs qui peuvent appartenir à tout le spectre de l'échiquier politique.

Interview réalisée par Lizzie Lambert

Edité le : 12-06-12
Dernière mise à jour le : 12-06-12