Sortie du 14 décembre 2005 - 11/08/08
King Kong
Un film de Peter Jackson
Grand et poilu, il aime sa petite blonde jusqu'à la mort :
la Belle et la Bête version Hollywood High-tech.
Synopsis : New York, 1933. Ann Darrow, artiste de music-hall, voit sa carrière brisée net par la Grande Dépression. En chapardant une pomme pour manger, elle rencontre Carl Denham et se laisse entraîner par lui dans la plus périlleuse des aventures. Denham, cinéaste casse-cou, vient de dérober à ses producteurs le négatif de son film inachevé. Recherché par la police, il embarque sur un bateau son équipe, son scénariste et Ann sa nouvelle star. Denham emmène tout son monde vers une destination secrète : Skull Island, "l'Île du Crâne", une île sauvage, plus dangereuse qu'aucun autre endroit au monde, sur laquelle règne une créature de légende…
Critique : Après sa Trilogie du Seigneur des Anneaux, Peter Jackson continue à voir les choses en grand. Tout est démesuré dans King Kong : le roi gorille en infographie bien sûr mais aussi la durée du film, le budget qui cogne dans chaque image à coup de wagons de millions de dollars, les décors digitaux ultra-détaillés de Skull Island ou l'avalanche d'effets spéciaux qui vous donne l'impression d'avoir roulé sous une interminable avalanche de dinosaures. Pour ce qui est du film d'action, Jackson n'a pas lésiné. Entre le carambolage de grosses vaches de brontosaures paniquées par des prédateurs dans un canyon et une falaise de lianes en balançoires à T-Rex, il est difficile de retenir des exclamations Oh! et Ah!… Ou comment faire revenir un spectateur en enfance, en culottes courtes devant le cirque Barnum et sur les Montagnes Russes. La saturation du jeu vidéo géant arrive au moment où les héros touchent le fond, littéralement le fond d'un ravin peuplé de grandes araignées, de sangsues et autres cafards pour une séquence façon "Alien" qui tombe comme un cheveu dégueu sur la soupe. Voilà pour le pire, qui peut néanmoins être divertissant.
Pour le meilleur, il reste à Jackson un immense amour pour le cinéma qui l'a fasciné enfant puis adulte : celui de l'Age d'Or d'Hollywood et ses mystères. Le réalisateur rend hommage à sa manière, celle du XXIème siècle, au King Kong de 1933 réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack en éradiquant l'érotisme trouble qui se dégageait des scènes entre la blondissime Fay Wray et le gorille au profit d'une certaine pureté. Jack Black joue le réalisateur médiocre mais extrémiste Carl Denham dans toute sa folie de filmer, au détriment de toute prudence et de toute raison. Dans Denham, on pourrait voir Jackson à l'époque de Bad Taste, avec moins de talent, Orson Welles pour sa manie de gruger ses producteurs ou encore l'obsessif James Cameron - Jackson fait quelques clins d'oeil au titanesque Titanic, une autre tragédie surdimensionnée. Le cinéaste multiplie aussi tout au long du film les références à "The Heart of Darkness" de Conrad, pour sa quête infernale et initiatique au sein d'une Nature sauvage.
Mais au centre du film, se trouve un thème quasi-magique, celui de la Belle et la Bête : l'histoire entre le roi Kong et la lumineuse Ann Darrow, entre la Nature et la civilisation. Sans paroles, uniquement en gestes et en pantomime, leur relation est une des plus belles et touchantes jamais décrite à l'écran, bien plus tragédie que conte de fée. Peter Jackson en docteur Frankenstein a réussi à donner vie au gorille mythique qui n'existe pas en chair et en os mais prend vie grâce aux mouvements de l'acteur Andy Serkis qui incarnait déjà Golum dans le Trilogie. L'image a beau être un peu moche, le film un peu long, l'action un peu saoulante, on y croit, on s'accroche en vain un instant à l'idée que ce grand singe va s'en sortir et vaincre ses petits avions insignifiants qui lui ôtent la vie par petites piques en haut de l'Empire State Building. Le sang n'est d'ailleurs pas versé à l'écran, presque comme un sortilège de la civilisation qui frappe cette force de la Nature dans son crépuscule. Sur fond de coucher de soleil rose chromo, cette scène finale est lente, éprouvante, vertigineuse : la mort n'en finit pas de tuer Kong. Ce qui unit Ann et Kong, c'est autre chose, ni amour ni amitié, mais ce quelque chose vous brise le cœur par sa tendresse infinie.
Delphine Valloire
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King Kong
Un film de Peter Jackson
(USA, 2005, 180mn)
Avec Naomi Watts, Jack Black, Adrian Brody, Jamie Bell, Andy Serkis…
Sortie le 14 décembre 2005
Edité le : 13-12-05
Dernière mise à jour le : 11-08-08