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Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.

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15/12/11

K7eurs - Tape's not dead ! - Tracks

Un reportage de Valérie Paillé

On se fait un rewind avec les adorateurs de l'oxyde ferrique : les biens nommés cassetteurs!

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Avant le CD Rom et le MP3, il y avait la cartouche 8-pistes, installée dans les camions et les voitures depuis le milieu des sixties.

Puis vinrent les cassettes, tout le monde possède alors dans son salon un lecteur-enregistreur jusqu'à la fin des années 80.

Gros avantage de ces bandes magnétiques, par rapport aux vinyles : on peut enregistrer ce qu'on veut dessus et les écouter partout, de sa chaîne hi-fi au ghetto-blaster.

Lorsque déboule le Walkman en 79, la musique amorce une révolution dont on n'est toujours pas revenu : vingt-cinq ans avant la génération iPod, chacun peut consommer sa musique comme il veut, en toutes circonstances !

Non Horse
Dans le monde foutraque du new-yorkais Non Horse, le digital et le vinyle sont éjectés.

Cet apôtre du Tape Jaying, le mix de cassettes, tourne ses clips dans sa chambre qu'il squatte au Silent Barn, temple du Do It Yourself à Brooklyn depuis 2004.

Non Horse: Dans le monde moderne, tout change très vite et on est traumatisé en permanence. Faut que t'ailles  sur facebook, mec ! Tu dois répondre à tes mails ! C'est complètement dingue ! Je refuse de croire que c'est pas dingue. Si on remontait un peu le temps, qu'on allait voir un viking et qu'on lui racontait ce qu'on fait de nos journées, il nous dirait : "Je comprends rien à ce que tu me racontes, tu m'as l'air vraiment débile, je vais manger mon poisson." Ma façon de faire de la musique, c'est une réaction épidermique à tout ça.

Le 7 octobre dernier, Non Horse, 33 ans, a prêché la bonne cassette aux Instants Chavirés, à Montreuil, près de Paris. Ce professeur Tournesol de la bande magnétique est venu jouer en live avec son sound-system dernier cri, équipé d'une nouvelle option : un casque transformé en micro.


Non Horse: La première cassette que j'ai faite s'appelait  "La Pièce Chiante"  et j'ai écrit dessus "La Pièce Chiante". J'ai allumé toutes les radios dans l'appartement, j'ai fait tourner toutes les platines des chambres de mes colocataires, j'ai mis en route tout ce qui faisait de la musique dans la maison et avec un lecteur enregistreur de cassettes, je me baladais dans les différentes pièces. Et puis j'ai pris cette cassette et je l'ai mise dans le lecteur, et je l'ai fait tourner. Et j'ai pris un autre magnéto pour enregistrer. Je me suis baladé dans la pièce et j'ai pris cette cassette et je l'ai mise dans le lecteur et j'ai remplacé toutes les cassettes et tous les disques de la maison avec ce son que je venais d'enregistrer. Je me suis dit : "C'est le truc le plus incroyable que j'ai jamais fait !" Ça s'appelait  "La Pièce Chiante" et j'avais une boîte entière de "Pièce Chiante". Ça s'appelait comme ça parce que chaque personne qui entrait dans la  pièce pendant que je faisais ça disait: "C'est vraiment chiant !"

"Fuck It Tapes", "White Tapes", "Baked Tapes", depuis 2002, Non Horse, l'ambassadeur de la cassette, a enregistré plus d'une quinzaine de pépites magnétiques. Coût de l'investissement, boîtier en plastique et pochette comprise : moins d'un euro. La cassette ne la ramène pas, mais fait son trou. Rien qu'aux Etats-Unis, on compte plus de neuf cent labels dédiés à la bande analogique.

Tapetronic
À 35 ans, l'artiste Tapetronic refuse de faire le deuil de la cassette. Grâce à ses créations, il lui redonne même une seconde vie.

Biberonné aux concerts punks qu'organisait son père à Limoge, Tapetronic s'emballe pour la cassette alors qu'il étudie aux Beaux Arts en Allemagne. En 98, il a l'idée de génie : il réalise la première scratchette au monde. Un objet conçu à base de revêtement de planche de skate qu'il a breveté aussitôt. Depuis, il n'arrête plus.


Aussi à l'aise dans les salles de concerts que dans les galeries d'art, Tapetronic, de son vrai nom Alexis Malbert, réalise ses propres clips. Ce fétichiste de la bande customise la cassette et règle ses comptes avec l'enfer numérique, comme avec "Laser Mort" ou "Oh My Pod". Seul faux-pas dans cette production exemplaire, son album "Tapetronic" sorti en CD. Sacrilège !

Tapetronic: Quand j'ai vraiment commencé à faire ça à la fin des années 90, le support cassette et magnétophone étaient en train vraiment de mourir et du coup c'était assez facile de trouver des magnétophones d'occasion et des cassettes aussi pour vraiment trois fois rien dans les dépôts-ventes, les vides greniers et tout ça quoi. Et donc c'est vrai que ça faisait… quand j'étais aux beaux-arts, j'étais étudiant fauché forcément, donc c'était une bonne matière première en fait que j'avais sous la main quoi.



Harold Schellinx
Depuis 2002, Harold Schellinx organise des safaris magnétiques. Ce chasseur impitoyable traque la cassette égarée sur le trottoir des villes du monde entier. Doté d'un sixième sens, le Hollandais débusque systématiquement sa proie. Harold restaure ensuite ces bandes magnétiques dégradées pour jouer avec son groupe Diktat composé de deux autres cassetteurs et d'un contrebassiste.

Cet ex-journaliste musical à Amsterdam est tombé dans la cassette dans les années 80. Un dictaphone greffé dans la poche, Harold enregistre sa vie du matin au soir et le reste du temps, il le consacre à démêler des pelotes de bandes magnétiques.

Aujourd'hui installé à Paris, il est la tête d'une impressionnante collection de sons, archivée et consultable sur son site. Dans ce trésor, des déclarations d'amour des conversations téléphoniques enregistrées sur répondeurs et autres messages mystérieux abandonnés qu'Harold se fait un devoir de réanimer.


Blenno und Die Wurstbrücke
Son nom est tout un programme : Blenno ça vient de "blennoragie", ou "chaude pisse" et "die Wurstbrücke" signifie "le pont de la saucisse" en allemand. Un pseudo international pour une carrière planétaire : de Barcelone à Berlin en passant par Istanbul, Prague ou Téhéran, le cassetteur masqué frappe partout. Il y a dix ans, Blenno invente le sound-system du pauvre. Pour éviter de finir au poste lors de ses concerts sauvages, il a trouvé la parade : se déguiser.


C'est en faisant les poubelles que Blenno a imaginé son système d'amplification portatif. Une valise trouvée dans la rue, des enceintes récupérées sur de vieilles chaînes-hifi à la casse, des jouets en plastique et le tour est joué.

Blenno und Die Wurstbrücke: Avec une bande tu peux faire quand même beaucoup de choses : tu peux démagnétiser, tu peux remagnétiser, tu peux magnétiser à moitié, tu peux mettre des bandes à l'envers, des bandes à l'endroit, tu peux les mettre en boucle, ça te fait un sampler et quand t'as pas d'argent, c'est vachement bien.




Cadreur : Sébastien Berge

Ingénieur du son : Bruno Banqui


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mardi, 20 décembre 2011 à 05:00
Pas de rediffusion
(France, 2011, 52mn)
ARTE F

Edité le : 06-12-11
Dernière mise à jour le : 15-12-11