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ARTE Journal - 01/04/12

"Je n'ai jamais ressenti un tel espoir"

Toe Zaw Latt est directeur du bureau thaïlandais de l'agence "Democratic Voice of Burma", un groupe de médias birmans en exil. Ancien activiste étudiant de la génération de 1988, il a fui la Birmanie il y a 23 ans pour échapper à la répression de la junte militaire. Il a pu y retourner à la faveur de la timide ouverture aux médias du nouveau gouvernent.

Barbara Lohr pour ARTE Journal : vous êtes en contact permanent avec des Birmans. Sur le terrain comment les gens vivent-ils cette campagne ?
Toe Zaw Latt : J'ai moi-même pu retourner récemment en Birmanie avec un visa presse. Je n'ai obtenu que 5 jours, c'est court et je n'ai donc pas pu aller très loin, uniquement Rangoun et ses proches environs. Mais ce que j'ai vu m'a vraiment ému. Je n'ai jamais ressenti un tel espoir, dans la rue l'excitation est palpable. Les gens croient, ils croient que c'est possible, que la Birmanie va changer. J'ai vu des scènes impensables. Imaginez dans le rue, voir des milliers de drapeaux avec le paon couleur or, symbole de la lutte contre le régime depuis 1988. Arborer ce symbole est illégal, jusqu'à présent c'était le ticket pour la prison, et aujourd'hui ils sont partout, accrochés dans les taxis, en vente dans les guérites de souvenirs. Pour moi c'était incroyable de voir ça !"


Barbara Lohr pour ARTE Journal : quels sont pour vous les enjeux de ce scrutin ?
Toe Zaw Latt : Cette élection est déterminante ne serait-ce que parce que pour la première fois Aung San Suu Kyi est autorisée à se présenter. Même si le nombre de sièges à pourvoir est restreint et a en plus été réduit de 48 à 45 sièges ( sur 659 ndlr), ce scrutin sera un moment déterminant parce qu'il s'agit d'un test fondamental pour le parti au pouvoir qui s'enorgueillit d'avoir lancé des réformes sans précédents. C'est l'occasion de tester jusqu'où ils sont prêts à aller, jusqu'à quel point ils sont prêts à ouvrir le pays"


Barbara Lohr pour ARTE Journal : Aung San Suu Kyi a elle-même évoqué des élections imparfaites mais nécessaires, dit-elle. Qu'en pensez-vous ?
Toe Zaw Latt : Elles sont nécessaires non seulement pour Aung San Suu Kyi mais aussi pour le nouveau gouvernement. Je ne pense pas qu'il y ait d'alternative. Les deux partis n'ont pas le choix, parce que c'est le seul moyen d'aller de l'avant.
Le pays n'a aucune experience démocratique et électorale. Regardez quand ont eu lieu les dernières vrais élections – il y a plus de 20 ans ! C'est une de nos grandes préocupations à Democratic Voice of Burma. De nombreuses irrégularités ont été signalées pendant la campagne, notamment des tentatives d'intimidation. Car même s'il y a une volonté sincère de réformer au sommet de l'État, dans les zones rurales reculées, elle n'est pas encore passée dans les niveaux inférieurs. Les réformes qui ont été lancées viennent du nouveau gouvernement, mais ses applications restent très faibles dans les communautés villageoises.


Barbara Lohr pour ARTE Journal : Même en imaginant que le parti d'Aung San Suu Kyi raffle la mise et gagne tous les sièges en jeu, 45 sièges sur 659 c'est peu. Pensez-vous qu'une fois élue, elle aura les moyens de peser réellement ?
Toe Zaw Latt : Je l'espère. Elle est un symbole, et elle a pour elle la force de ce symbole. De toute façon, il n'y a pas d'opposition structurée pour le moment au Parlement, il est entièrement aux ordres de l'USDP, le Parti de la solidarité et du développement de l'union ( ndlr : formation créée de toute pièce par l'ancienne junte) et donc je pense qu'il est important d'y entrer et une fois à l'intérieur encourager toujours plus de personnes à s'opposer, leur donner la force de faire entendre leur voix. Je pense que si Aung San Suu Kyi entre au Parlement, une opposition digne de ce nom pourra y voir le jour.

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Edité le : 30-03-12
Dernière mise à jour le : 01-04-12