Taille du texte: + -
Accueil > Monde > Cut Up > Jackie Berroyer > Jackie Berroyer

Cut Up

« Je ne suis pas de ceux qui trouvent plaisant le désagrément mais je conçois tout à fait qu’on trouve agréable ce qui m’est déplaisant

Cut Up

Cut Up - 04/08/10

Jackie Berroyer

Humour « bien calé » et mine impassible, le comique-écrivain-scénariste-comédien se fait Monsieur Loyal pour la nouvelle « revue documentaire » d’ARTE, "Cut Up". Du bon mot sur mesure pour regarder le monde autrement. Propos choisi.


« Ne dites pas que je fais de l’humour décalé, tout le monde fait ça. »



CUT UP ET MOI


Jackie Berroyer : C’est Quark Productions qui m’a contacté, en réponse à un appel d’offres lancé par ARTE. J’étais content, d’autant qu’on ne se connaissait pas du tout. C’est agréable qu’on pense comme ça, sans copinage ni renvoi d’ascenseur, au « trop rare Jackie Berroyer », comme disent les critiques. Surtout que l’idée me plaisait bien. Le principe de l’émission, c’est le montage bout à bout d’extraits de documentaires ou de films très brefs, sur un thème parlant : la famille, le pouvoir, la méchanceté – ça nous concerne tous. Le titre – un bon titre, je trouve – vient d’un procédé littéraire inventé par les écrivains américains William Burroughs et Brion Gysin : couper de façon aléatoire différentes parties d’un texte pour les combiner et voir ce que ça donne. C’est un autre rapport au film, à l’image, peut-être un peu inspiré par la circulation des idées sur Internet.

JE EST UN AUTRE


Mon rôle, c’est de donner une fluidité, une cohérence, de passer les plats avec mes petits bons mots. Un peu comme ce que je faisais sur le plateau de Nulle part ailleurs, sur Canal Plus, sauf que c’est un autre ton et une tout autre histoire. Ma voix off doit être au service des séquences qui se succèdent, à la fois bien présente et discrète. Ce personnage qui dit « je » et dont on voit la bobine par photos interposées s’invente petit à petit, de façon empirique. Il n’est pas moi – je n’ai d’ailleurs aucun message à faire passer – mais pas très loin non plus. Comme quand je joue au cinéma, je ne fais pas une composition absolue. Les photos viennent de différents tournages, c’est pratique pour varier les âges et les costumes.

ELVIS AUX TOILETTES


On travaille par allers-retours successifs, avec les deux réalisateurs et l’unité documentaire, un peu comme une partie de ping-pong, pour trouver le ton juste. Mais ne dites pas que je fais de l’humour décalé, tout le monde fait ça. Dites que le mien est « bien calé ». Disons qu’il s’agit d’être fantaisiste. Parfois, c’est délicat. Il y a cette séquence, dans l’émission sur la méchanceté, avec une petite fille battue par sa tutrice, toutes les deux dans le bureau d’une juge. Ça ne donne pas du tout envie de rigoler, mais il faut quand même que je dise quelque chose. Dans le numéro sur la réussite, à propos d’Elvis Presley, en intro d’un doc sur ses fans, je rappelle qu’il est mort aux toilettes et que, si ça m’arrivait, ça me ferait un point commun avec lui. Mais, jusqu’à présent, ça a toujours raté.

DES PAPOUS DANS LA TÊTE


On ne fait pas du zapping. C’est un enchaînement d’extraits qui font sens, avec des séquences à part entière, montrées dans la durée. Je ne participe pas du tout à leur sélection, je travaille sur le bout-à-bout une fois qu’il est achevé. Heureusement, je ne suis pas payé non plus pour trouver une définition du documentaire. Il me semble juste que la différence avec le reportage, c’est une ambition cinématographique, ça se voit dans Cut up. On prend plaisir à regarder ces morceaux choisis. Ils valent en eux-mêmes, et ils peuvent aussi susciter un grand désir de voir le film en entier. Par exemple, une dispute théologique extraordinaire entre quatre Papous avec arcs, flèches et peintures rituelles. Il y en a trois qui s’apprêtent à se faire baptiser par des adventistes du Septième Jour, le dernier n’est pas d’accord. Ils lui expliquent que le Dieu des Blancs présente un avantage, c’est qu’il pardonne tout, sans compter qu’il sait mettre le poisson en boîte et faire voler les gens dans des avions. Faute de le convaincre, ils le traitent de sauvage. Ça donne envie de voir la suite, non ?

Propos recueillis par Irène Berelowitch

Edité le : 23-04-09
Dernière mise à jour le : 04-08-10