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05.02.05 A 20.45 : Le maître de Wudangshan, Taoïsme et arts martiaux chinois internes - 10/02/05

Interview de Tian Liyang

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Tian Liyang est venu au taoïsme par le biais des arts martiaux. En 1988, lors d’une cérémonie il a été consacré moine taoïste et disciple de You Xiande qui dirige le monastère de Taihegong dans les montagnes de Wudang. Aujourd’hui, il a sa propre école d’arts martiaux « internes » dans le Wudangshan et y forme des enfants et des adolescents. A l’automne 2001, nous avions eu l’occasion de nous entretenir avec lui de quelques thèmes essentiels comme le relâchement et la signification de l’apprentissage de la « forme » corporelle pour ceux qui pratiquent le tai-chi-chuan. Selon lui, une pratique à un niveau plus élevé requiert un travail interne, impliquant notamment certains exercices de méditation et de respiration. En tant que taoïste, il considère les arts martiaux comme une Voie qui en définitive mène au-delà de la simple pratique.

tianliyang.imageDataLe corps est la source

Interview de Tian Liyang

  • Quels sont pour vous les principes de base du tai-chi-chuan ?

N’ayant pas inventé le tai-chi-chuan, je ne peux pas dire ce qu’ils sont pour moi. Ces principes sont partout les mêmes. D’une manière générale, on peut dire que dans le tai-chi-chuan, chaque niveau correspond à des exigences et à des règles différentes. Il existe de nombreux principes mais pour l’essentiel, il s’agit de relâchement, de lâcher-prise (fangsong), de calme et de naturel. Les mouvements sont ronds et toniques, le corps est en posture debout, le ciel, la terre et l’homme ne font qu’un, comme le corps et l’esprit ; on cultive en même temps l’intérieur et l’extérieur.

  • Vous parlez de relâchement, de lâcher-prise. Qu’est-ce que cela signifie, concrètement, pour vous ?

Nos maladies et nos faiblesses sont le résultat de notre vie postnatale : nous épuisons notre qi parce que nous exigeons trop de notre mental, que nous réfléchissons et travaillons trop, etc. Lorsque nous lâchons prise, que nous nous détendons, notre corps revient à un état de vacuité (wu-chi), de naturel et de simplicité. Notre corps est disponible, le qi peut librement circuler en nous et nous retrouvons la santé : « Ce qui est relâché est aussi disponible ».

  • enchainement.imageDataQuel est le rôle de la « forme » dans le tai-chi-chuan ?

Les exercices de « forme » permettent de modifier l’état de notre corps et d’apprendre par exemple à coordonner nos mouvements  et à les rendre plus fluides ; c’est l’aspect corporel de la pratique.

On peut aussi dire que la pratique de la forme est comme la construction d’un bel édifice. Quand la forme est harmonieuse et qu’en même temps on a beaucoup progressé au plan de la pratique interne (neigong), c’est comme si ce bel édifice était aussi meublé d’objets pratiques et agréables à l’œil. Cet édifice ne devient un magnifique home que si l’intérieur est en harmonie avec l’extérieur – grâce à un travail sur la forme extérieure et l’alchimie intérieure. Il est essentiel que la posture extérieure soit juste, comme dans une construction, sinon le qi ne peut correctement circuler.

Toutefois la forme n’est pas à elle seule l’essence du tai-chi-chuan. Au départ, il y a l’apprentissage de la forme mais pour atteindre un niveau supérieur du tai-chi-chuan, le travail interne doit devenir une composante essentielle de la pratique : « arbre », méditation, exercices de respiration, comme celui qui consiste à « évacuer le vieux et faire entrer le neuf » (tugunaxin), « conduire et diriger l’attention » (yishi daoyin). Plus tard les aspects intérieurs et extérieurs se rejoignent et forment une unité.

  • wudangshan5.imageDataPour vous qui êtes taoïste, que signifie la pratique d’un art martial ?

Le fondateur du tai-chi-chuan, Zhang Sanfeng, a dit : « Je souhaiterais que les hommes de ce monde s’exercent à l’art de prolonger la vie et soient moins obsédés par les techniques de combat grossières et superficielles ».

Le corps est la source de toutes les choses, de tous les projets et de tous les développements qui adviennent tout au long de la vie d’un homme. En tant que taoïste, j’ai l’ambition de faire progresser un important patrimoine culturel et je m’efforce de vivre selon un principe religieux qui s’énonce ainsi : « sois l’artisan de ton salut, aide ensuite les autres à trouver leur salut et enfin aide l’humanité à se sauver ». Les taoïstes souhaitent la paix pour le monde et la santé pour tous les hommes. Les arts martiaux, donc le tai-chi-chuan, sont salutaires et servent à se défendre. « Se sauver et aider les autres à se sauver », c’est acquérir pour soi-même et ses élèves la santé et la vitalité. Si l’on dispense son enseignement à de nombreux élèves et que ceux-ci tirent grand profit de leurs exercices, sont de plus en plus sains de sorte que la maladie et la douleur s’éloignent d’eux jusqu’à presque disparaître, c’est une possibilité d’aider l’humanité à trouver le salut ».

  • wudangshan1.imageDataLa pratique religieuse et les arts martiaux : n’y a-t-il pas incompatibilité ?

Non, nous ne cherchons pas des occasions de nous battre mais nous sommes en état de nous défendre si nécessaire. Nous avons cette capacité, nous n’en faisons pas forcément usage. D’ailleurs la nécessité en devient très improbable lorsqu’on a cultivé le tao à un haut niveau. Un principe de la pratique taoïste est de « ne pas se battre contre le monde ni pour les choses du monde, d’être serein et bon ». L’application de ce principe enlève tout motif de conflit.

L’aspect martial du tai-chi-chuan n’est pas pratiqué au début de l’enseignement, on l’apprend plus tard pour cultiver le tao à un niveau supérieur. L’aspect martial reste « profondément enfoui et n’est pas extériorisé ».

  • En tai-chi-chuan, on parle de dantian inférieur, médian et supérieur. Quelle est la signification de ces trois dantians dans votre tradition ?

Nous disons que « le dantian supérieur, au niveau de la tête, stocke l’esprit (shen) ; que le dantian médian est le lieu ou est stocké le souffle (qi) et le dantian inférieur celui où confluent le  jing (énergie vitale), le qi et le shen. Si l’on cultive les trois dantian de sorte qu’ils soient disponibles, le jing, le qi et le shen sont présents et abondants, la force intérieure est grande ». Voilà l’un des aspects essentiels des exercices internes pratiqués à l’école taoïste de Wudang. Si l’on ne se préoccupe que de la forme, il est difficile d’atteindre un niveau supérieur. Si au contraire on pratique les trois dantian, les énergies formées à l’intérieur du corps dépassent de beaucoup celles d’un être normal, on retourne à l’origine naturelle et l’on atteint un état de souplesse extérieure et de solidité intérieure.

  • Où se situe le tai-chi-chuan dans la pratique taoïste ?

 

Le tai-chi-chuan est appelé la « mère des dix mille arts martiaux ». A l’intérieur de la pratique taoïste, il est placé au-dessus de tous les autres arts de combat. La pratique du tai-chi-chuan permet de comprendre les principes du yin et du yang et d’entrer dans le tao à un niveau élevé. Il devient alors possible d’appliquer la pensée taoïste dans son tai-chi-chuan.

Extrait de Taijiquan & Qigong Journal", mars 2002

www.tqj.de

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Le maître de Wudangshan

Taoïsme et arts martiaux chinois internes
Documentaire d'Ulla Fels
Allemagne, 2004, 52mn
SWR
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Edité le : 03-02-05
Dernière mise à jour le : 10-02-05