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Cinéma Trash - 07/01/07

Interview de Jean-Louis Costes

Rencontre avec l'artiste Jean-Louis Costes à l'occasion de la tournée de son nouvel opéra porno social, « Les Petits Oiseaux Chient » (avec J-L Costes et Lisou Prout).

On va débuter par une présentation sommaire… Ça fait une vingtaine d'années que tu es actif dans le milieu indépendant/underground. Tu as commencé par la musique, ça a évolué en « Opéras pornos sociaux », présentés en France, en Amérique, au Japon. Tu fais des films en vidéo, tu es à l'occasion comédien au cinéma (« Irréversible », « Baise-moi »). Il y a aussi ton site internet qui t'a, entre autres, amené à faire des livres (on est venu te chercher) : « Viva la merda » (2001, Hermaphrodite) et « Grand Père » (2006, Fayard). Tu travailles énormément, tu voyages beaucoup, pour raisons professionnelles ou autres : est-ce que tu as le temps de regarder la télé ?
J-L Costes : Non, pas du tout. Ce qui fait qu'il y a des émissions que je n'ai jamais vues, même avant d'y participer. Ce n'est pas que je sois contre l'objet télé… Enfin… J'ai évidemment un gros doute sur des talk-shows que parfois je vois quand j'allume - j'ai une télé pour enregistrer des vidéos. Donc, des fois, j'allume et je vois des mecs qui ricanent nerveusement en parlant de trucs drôles, assis autour d'une table. Pour moi c'est comme une vision de l'enfer et des démons. Je trouve que ces gens sont pires que le pire film de violence. Ça me fait peur. Mais je ne connais pas la télévision : simplement parce que je n'ai pas le temps. C'est pas par préjugé. Juste pas le temps. Et pas le temps d'écouter de la musique, de lire des livres. J'ai toujours l'impression, si je m'assois… « Ouais, mais j'ai pas encore fait ça, ça… ». Parce qu’un artiste indépendant doit tout faire. Je fais tout, l'administratif, envoyer un paquet, réparer la caisse. Ce qui fait que plus je travaille, moins je suis créatif d'une certaine manière. Par excès d'intendance. C'est ça qui m'empêche de me cultiver.

Et un cycle de cinéma trash sur Arte, ça t'évoque quoi ?
J-L Costes : Un cycle trash où je ne suis pas, pour moi, n'est pas légitime. De base. Une expo sur les performances trash à Paris, au Palais de Tokyo, qui se donne un look de squat et s'appelle trash et je ne suis pas dedans : ça n'est légitime pour personne. Ce n'est pas parce que je suis mieux qu'eux mais je suis sûrement celui auquel on colle la plus grosse étiquette "trash". À tort ou à raison, car, pour moi, "trash" ne veut rien dire. Ce qui compte que les films soient bons. Avec des fleurs ou de la merde. L'étiquette trash, ça me paraît très douteux.

Est-ce que tu as vu certains des films annoncés dans le cycle ?
J-L Costes : Ah oui, j'ai vu ça (La fiancée de Dracula, diffusé le 25 janvier). C'est bon, ça. C'est vrai que je connais Rollin… Le mec, il ose franchement. Quand il a envie, même s'il n'a pas les moyens, il fait quand même la scène. Avec les effets qu'il peut mais il le fait et on comprend le film. Je trouve ça génial. Jean Rollin, je l'apprécie à cause d'une manière de faire, il y va carrément.

En laissant de côté le côté réducteur de l'étiquette, est-ce qu'il y aurait un film que tu pourrais conseiller dans le cadre d'un cycle trash ?
J-L Costes : Je ne suis pas assez connaisseur… Peut-être Les religions sauvages, du Dernier Cri. Un excellent film très rarement programmé.

Est-ce que tu continues à faire des films ? Où sont-ils projetés ?
J-L Costes : J'ai trop de travail avec la musique et je fais moins de films. Mais en 2006, j'ai fait huit courts-métrages. Pour le cinéma indépendant le gros problème n'est pas la production (faite avec les moyens du bord) mais la distribution. J'ai fait une fois un film, Alice au pays des portables, où j'avais trouvé un distributeur. J'ai tout fait dans les règles. Mais avec le CNC, même si t'as vraiment fait un film d'auteur français, et c'était le cas, tu ne peux pas être programmé si tu n'as pas le tampon. Pour avoir ce tampon, il faut une société de production avec un capital garanti de cent mille euros, etc. Sinon, on te dit « c'est un film fait à l'arrache donc je ne peux pas vous donner le tampon ». Si t'as pas le tampon, t'as pas de distributeur, t'as pas les salles, pas la télé.

Du coup il reste les festivals ?
J-L Costes : Même pas. Ils ont tous le même règlement, sûrement fait par le CNC, et une des clauses c'est que c'est une boîte de prod qui doit présenter le film. Pour les longs-métrages. Pour les courts-métrages c'est ouvert mais c'est limité strictement à un minutage où ils sont sûrs qu'il n'y aura pas de concurrence avec le long-métrage. Maintenant, la faille c'est qu'il y a internet. Tout le monde fait des films : y vont détruire le milieu du cinéma, comme le milieu musical ! Pas en pompant, mais en faisant des films. Là, il y a des festivals, effectivement, mais qui sont en fait illégaux, l'air de rien. Il y en a partout qui se créent en Europe. Et il n'y a pas de règle à la con : « t'as ton tampon ? ». Ça c'est un truc pour protéger un petit milieu privilégié qui s'est mis dans un bunker et toi tu restes dehors à taper à la porte comme un con.

Tu es tout le temps en train d'avancer, comment est-ce que tu envisages la suite ? Parce que les shows c'est quand même très physique.
J-L Costes : J'aime toujours faire des films et de la musique, mais parfois, je me lasse. J'aimerais arrêter l'art pour une activité plus concrète comme l'agriculture. Quand tu fais pousser des légumes, tout est clair : tu travailles bien et ça pousse. Tu travailles pas et ça pousse pas ! Alors qu'en art, quelle que soit la quantité de travail, la qualité est toujours incertaine.

Ouh ben, ça va être le mot de la fin !
J-L Costes : Gloups.

Grand merci à Jean-Louis Costes pour sa disponibilité, ainsi qu'au collectif Tikoso pour son accueil.

Entretien réalisé à Strasbourg, le 7 janvier 2007 par Jenny Ulrich.

Edité le : 11-01-07
Dernière mise à jour le : 07-01-07