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Cultures Electroniques

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Cultures Electroniques

Lundi 27 mars à 19h30 - 31/03/06

Interview de Gérard Hourbette, membre fondateur et compositeur du groupe Art Zoyd

par Véronique Godé


Depuis le succès quasi populaire du Mariage du Ciel et de l’Enfer, en 1984 créé pour les ballets de Roland Petit (au Festival de la Scala à Milan) Art Zoyd n’a cessé de créer et produire : des pièces inclassables comme "Dangereuses visions" ou "Armaggedon, une opérette pour Robots" présentée à Lille 2004, des musiques de films (Metropolis de Fritz Lang, Faust et Nosferatu de Murnau), et récemment, un album, uBIQUe hommage à K-Dick ... bref près d’une trentaine d’œuvres.

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Véronique Godé : Pourquoi avons-nous si peu l’occasion à Paris et en dehors d’EXIT ou de votre fief (Maubeuge ou Valenciennes) de vous voir/écouter en France ?

Gérard Hourbette : Mystère, cela n’est vraiment pas un choix, plus une question de hasard ou de frilosité des programmateurs peut-être… C’est vrai qu’Art Zoyd s’est produit un peu partout en France : Lyon, Lille, Martigues, Angoulême, Nevers, Caen, Cherbourg, Marseille etc… Et encore plus à l’étranger Japon, Australie, Mexique à plusieurs reprises, New York, Hong Kong, UK, en Russie, en Finlande, Allemagne(s), Suède, Danemark, Pays-Bas, Italie, Yougoslavie, Pologne, Tchéquie, Hongrie (etc. !!) … Mais pas à Paris depuis longtemps.
Cela tient vraisemblablement à notre « je-ne-sais-quoi » un peu inclassable. Ni ensemble étiqueté musique contemporaine, ni groupe rock ou électro mais entité qui se repose continuellement la question de la représentation de la musique sur scène et des nouvelles formes musicales, sans appartenance affichée à une école, donc à une famille.
Nous nous interrogeons à chaque création sur la forme qu’aura le concert. Est-ce d’ailleurs encore un concert ? Peut-être même pas. Même si au final c’est la musique qui aura le dernier mot et que l’on doit entendre.
L’ « opérette pour robots » dans ce cas était une réponse, l’oratorio électronique pour « Le champ des larmes » en est une autre. Nous pensons que le public attend d’être surpris, violenté aussi parfois, et que c’est par cette surprise ou déstabilisation, ou alliance avec d’autres arts qu’on peut lui permettre de mieux ressentir la musique.
Notre vision du concert d’aujourd’hui se situe dans une forme hybride faite de musique mais aussi d’images de lumières d’instruments virtuels ou réels, connus du public (acoustiques) ou plus mystérieux comme les capteurs.
Notre autre préoccupation récurrente réside dans l’interprétation de nos musiques, quels outils et quels instruments, quelle lutherie pour répondre à la fois à la scène et aux nouvelles grammaires musicales d’aujourd’hui, aux haut-parleurs dont la musique électronique est tributaire? Quelle lisibilité et quelle précision du geste instrumental? D’où le choix d’étendre notre instrumentarium de prédilection (samplers liés à des claviers ou à des pads), à l’ordinateur sur scène, aux capteurs qui permettent une interprétation plus fine et plus lisible des nappes sonores par exemple…
Nous sommes également très attentifs à la lumière, au dispositif scénique, à la gestuelle… À tout ce qui peut faire du concert un spectacle total, sinon intéressant.
Notre « non-présence » sur Paris, qui encore une fois n’est pas un choix, et pose aussi clairement la question de la diffusion des musiques électro-acoustiques en dehors des grands centres type IRCAM, Cité de la Musique….
C’est une musique coûteuse, car liée à la technologie donc nécessitant du temps de montage, des techniciens, assistants, de la technique justement (multiplicité hauts parleurs et des sources et contrôles, spatialisation du son…).
Rien de plus, finalement en temps d’installation ou en termes de budget que ce que pourrait demander une pièce de théâtre ou une chorégraphie…
Mais ce qui est « normal » dans les autres arts de la scène ne l’est pas encore dans le secteur « musical » et nombreux organisateurs ont encore tendance à penser qu’un concert se résume à des musiciens qui se mettent sur un plateau, ouvrent leur partition et jouent.
Le problème en outre en France et peut-être a fortiori à Paris est cette « catégorisation » des genres. Si on n’appartient pas à école précise, à un courant « mode » et ou à un genre dûment identifié, c’est très difficile. L’hybridation des écritures est malaisée, et pourtant elle correspond à notre société actuelle.


VG : Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec le vidéaste Dominik Barbier, ni d’ailleurs avec le compositeur kasper T. Toeplitz...


GH : Avec Dominik Barbier c’est la première fois. Je l’ai rencontré lors de sa création de la pièce « Hamlet Machine » de Heiner Müller dont la musique était d’un certain Kasper T. Toeplitz. Son univers très « concret » et son imaginaire m’ont immédiatement séduit, ainsi que son exigence. Le spectacle a été complètement co-écrit à trois avec Kasper T. Toeplitz et Dominik Barbier. Après des expériences multiples avec la vidéo, je cherchais un travail plus étroit avec un vidéaste, en évitant à tout prix l’illustration et l’interactivité systématique ou anecdotique. Je cherchais aussi à ne pas travailler avec une image uniquement abstraite, mais plutôt avec un univers imaginaire fort.
Quant à Kasper T. Toeplitz, nous nous sommes rencontrés à l’occasion d’une commande que nous lui avions faite pour « Expériences de vols » (série de résidences de compositeurs dans nos studios en collaboration avec Musiques Nouvelles, ensemble belge situé à Mons sous la direction de Jean-Paul Dessy). Ces commandes ont toutes fait l’objet de création en concert par Art Zoyd-studio et Musiques Nouvelles et d’enregistrements discographiques, puisque nous avons notre propre studio de développement mais aussi d’enregistrement et notre label (IN-POSSIBLE records). Six disques sont d’ailleurs sortis (« Expériences de vol #1,2,3 et « Expériences de vols #4,5 ,6 »)
Pour en revenir à Kasper, j’ai eu envie, à la suite de cette commande de lui demander de collaborer avec Art Zoyd : METROPOLIS en 2001, ciné-concert avec lequel nous avons tourné un peu partout dans le monde. « La nuit du Jabberwock » concert ludique pour jeune public et « Armageddon » en 2004.
Pour « le Champ des Larmes », nous avons eu envie de travailler différemment. Au lieu d’une direction artistique unique (commande et utilisation de musique selon une direction qui était mienne), nous avons fait le pari d’écrire et concevoir le spectacle véritablement à trois, avec comme objectif ultime que, quoi qu’il arrive, nous ne nous fâcherions pas ( !!).
Nous avons été très loin dans l’imbrication des musiques et des images ; et étonnamment, alors que nos musiques sont très différentes, on nous a même fait la remarque que sur certaines, il est difficile de savoir qui en est l’auteur.


VG : Quel est le temps de création/production d’une oeuvre comme celle-ci ?


GH : Entre l’écriture, les premières répétitions et la création : entre un an et un an et demi


VG : On retrouve dans vos spectacles les thèmes des grandes peurs populaires (comme d’ailleurs dans les scenarii « catastrophe » hollywoodiens actuels) et vos créations musicales elles-mêmes sont souvent chargées d’une grande violence... Doit-on y voir un rôle cathartique, serait-ce une thérapie contre la peur ... en général ? ou une énième menace de finir aux enfers ?

GH : C’est ce que l’on veut que ce soit !
C’est vrai que notre musique est parfois violente mais notre monde est violent… Après tout notre propos n’est pas tant différent du propos de certain cinéma ou certaine littérature, et il est vrai que nous refusons la musique de décoration ou de divertissement. (…par goût !). Mais je ne crois pas que notre musique ait des vertus thérapeutiques…ou cathartiques… Du moins immédiates ! Je n’aime d’ailleurs pas l’idée qu’on puisse assimiler notre musique à des scenarii hollywoodiens catastrophes/-iques (!)… car pour moi, la création est une chose intime, voire cryptée, elle est plus du domaine de l’onirique que du grand spectacle. Si les grandes peurs sont populaires, c’est peut-être simplement qu’elles posent - naïvement - de vraies questions.


VG : Avez-vous le sentiment que le public qui vous suit ait changé ou puisse changer grâce à de grandes manifestations comme Lille 2004? Vous préparez quelque chose pour Lille 3000 ?

GH : Oui et non. Il n’y a pas UN public qui suit Art Zoyd (heureusement !). Art Zoyd est un groupe qui a plus de trente ans, avec un aspect historique forcément. En même temps, la musique de « Champ des larmes « aujourd’hui n’a que très peu à voir avec celle qui était écrite en 1976 par exemple. Les compositeurs ont changé, les musiciens ne sont plus les mêmes. Et le monde a changé et ses technologies aussi. Alors notre public « rock » d’origine a parfois été désorienté, certains se sont détournés, on nous a reproché l’électronique (Qui pourrait aujourd’hui nier les champs ouverts à la musique par l’apport de technologie ?), puis le côté « contemporain », puis même d’être « institutionnalisés» (!). Or, nous vivons simplement dans le monde et notre musique est faite de cela, des rencontres aussi, des échanges et des alliances...
Le public change aussi forcément, évolue en fonction des événements, des spectacles qu’il voit, des rencontres… Mais j’insiste sur le fait qu’il n’y a pas un public pour la musique, un public pour les galeries ou pour le théâtre, il y a aujourd’hui des publics multiples qui se croisent, se renouvellent, peut-être pas assez d’ailleurs par manque de la multiplicité des salles non cataloguées ou « étiquetées ».
Le festival Exit de Créteil permet cette mixité en présentant à la fois des installations, des spectacles des performances, des concerts ou du théâtre. Il permet ce décloisonnement, et cette mixité des publics. Il est malheureusement en France encore assez atypique.
Nous avons joué récemment à l’Aéronef de Lille, qui est une « scène de Musiques Actuelles », c’était très intéressant de confronter son public plus habitué à la musique électro ou rock, à notre musique.
Quant à nos futurs projets, ils se tournent pour l’instant vers Valenciennes 2007. (Valenciennes est « capitale Régionale » de la Culture en 2007) et nous avons plusieurs projets dans nos boîtes, des installations, et des hybridations multiples mais il est trop tôt pour en parler… Lille 2004 a vu la création d’« Armageddon ». Et Lille 3000 aura peut-être la primeur d’un nouveau projet. Mais s’il est de fait que les grands événements phares culturels donnent un coup de projecteur sur une région ou une ville et établissent le « fait » culturel dans l’acquis collectif, reste qu’on ne peut se contenter ni résumer la culture au seul événementiel, ni confondre pêle-mêle : art, création, expression, culture, identité culturelle…
Je me bats pour une idée de l’art comme écriture. Cette écriture peut être lue ou pas, éditée, divulguée, traduite .. ou pas. En ce qui me concerne, elle ne naît que d’une nécessité. Après…


VG : Le public qui n’aura pas su saisir la date du 27 à Créteil aura-t-il une autre chance de découvrir cette oeuvre ?

GH : Oui, le 7 novembre à Bordeaux, une tournée en France et en Europe, voire plus loin, est actuellement en préparation (il y a des options) et puis aussi à Paris très certainement… Très bientôt… Sérieusement, je ne sais pas, on travaille dessus. C’est tout.
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Représentation
"Le champ des larmes"
Dans le cadre d'EXIT
Lundi 27 mars à 19h30
Maison des Arts de Créteil
>> Le site du festival

Le spectacle
"Le champ des larmes"
Un projet de Gérard Hourbette, Kasper T. Toeplitz, Dominik Barbier
Scénographie électronique : Dominik Barbier, Anne Van den Steen
Claviers, capteurs, kaoss Yukari Bertocchi-Hamada, Patricia Dallio
Percussions, pads, kaoss Daniel Koskowitz, Jérôme Soudan (Mimetic)
>> Le site d'Art Zoyd

Nos précédents articles
"Armageddon, opérette pour robots " de Art Zoyd
présenté à Lille en 2004
>> Lire l'article
Voir le reportage
>> Interview avec G. Hourbette, directeur d'Art Zoyd
>> Interview avec K. T. Toeplitz, compositeur
>> Interview avec L.-P. Demers, artiste

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Cultures Electroniques
Mars 2006
par Véronique Godé
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Edité le : 24-03-06
Dernière mise à jour le : 31-03-06