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23/06/05

Interview Peter Kosminsky

Vendredi 24 juin 2005 à 20h45 : « L’affaire David Kelly » de Peter Kosminsky (The government inspector)


“David Kelly est mort avec son secret”

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Dans L’affaire David Kelly, Peter Kosminsky raconte la vie de l’expert qui fut le bouc émissaire de Downing Street dans le dossier irakien.


“Personne au gouvernement n’a voulu nous répondre. Tous nous ont fermé la porte au nez, ils ont tout fait pour rendre notre travail plus difficile.” (Peter Kosminsky)

Après avoir mis en scène les désillusions de la gauche au pouvoir dans Les années Tony Blair, pourquoi un film sur l’affaire David Kelly ?
Le conflit entre la BBC et le gouvernement qui a polarisé l’attention et embrasé l’imaginaire des Anglais recouvrait, dans son dernier acte, une saisissante tragédie : le suicide de David Kelly. En tant que metteur en scène, l’idée de faire ce film s’est immédiatement présentée à moi. Je voulais me pencher sur ces événements liés à une personne et, par extension, revenir sur l’engagement de la Grande-Bretagne en Irak.

Pour quelles raisons avez-vous choisi le biais de la fiction ?
D’abord parce que je n’ai pas fait de documen-taires depuis quinze ans. Je pense que je suis devenu un technicien de la fiction. Ensuite parce que les interlocuteurs principaux de l’affaire étaient satisfaits des conclusions de l’enquête et ne souhaitaient plus s’exprimer sur le sujet. D’autre part, David Kelly, le personnage principal, était absent. C’était un homme secret et il est mort avec son secret. La meilleure manière d’aborder le sujet était la fiction.

Vous décrivez des scènes de la vie personnelle de David Kelly...
Il était difficile de décrire sa vie dans tous les détails. Sa famille a refusé de nous parler. Nous avons tenté d’interroger ses proches, mais après de multiples considérations, ils décidèrent d’un commun accord de ne pas nous répondre. Nous avons donc été contraints d’utiliser uniquement les informations relevant du domaine public. Certaines scènes ont été décrites par la femme, la fille ou la soeur de David Kelly dans le dossier de l’enquête. Sa femme a relaté les derniers jours de son époux : comment il était, se comportait, ce qu’il faisait. J’ai pu utiliser ces informations.

Avez-vous rencontré des responsables du ministère de la Défense ?
Personne au gouvernement n’a voulu nous répondre. Tous nous ont fermé la porte au nez, ils ont tout fait pour rendre notre travail plus difficile. Parmi les trois grands acteurs de l’affaire, la famille Kelly, le gouvernement et la BBC, les seuls à avoir accepté de nous répondre ont été les gens de la BBC. J’ai rencontré Andrew Gilligan (1) à plusieurs reprises et nous avons eu de longues conversations.

Diriez-vous que, dans cette affaire, l’opacité demeure ?
Il est compliqué de comprendre comment quelqu’un de la trempe de David Kelly a parlé à la presse sans réaliser qu’il se mettait dans une position dangereuse. Je crois que lorsque l’ONU a été forcée de quitter l’Irak en 1998, David Kelly a perdu sa raison d’exister. Il avait été un laborantin, il réalisait un petit boulot de l’ombre, et soudain, il a été catapulté de ce monde pour devenir le chef des instructions militaires pour la Grande-Bretagne. Tout à coup il a été entouré des médias. Les journalistes l’écoutaient et lui faisaient sentir qu’il était important. J’imagine qu’en revenant parler à la presse en 2002, il a essayé de retrouver cette excitation qui l’accompagnait lorsqu’il s’adressait officiellement aux journalistes.

David Kelly recherchait-il la vérité ?
Non. On a oublié que David Kelly était un “faucon”, un homme au service du gouvernement, il croyait en la guerre en Irak, il a toujours pensé que le pays possédait des armes de destruction massive. Il aurait été honoré d’être anobli puis de passer une bonne retraite paisible.

Après la chronique cinglante des Années Tony Blair, vous apparaissez comme la bête noire du gouvernement travailliste ?
Je crois que je suis en colère, et que nombreuxsont ceux qui, comme moi, ont cru avoir voté pour un parti de gauche. Aujourd’hui je me sens horriblement trahi. D’une certaine manière des journalistes, des écrivains, des réalisateurs comme moi composent un pôle d’opposition.

Quels sont vos projets ?
Je travaille sur une série en dix parties pour la BBC, qui traitera des bénévoles travaillant dans l’humanitaire et pour le maintien de la paix. La série suivra les expériences de plusieurs personnages de fiction immergés dans la réalité sociale et politique du Soudan. On commencera sans doute à filmer vers la fin 2005. J’écris également un projet de film autour d’un tabloïd britannique, le Daily Mail.

Propos recueillis par Donald James

(1) Le journaliste de la BBC auteur
du reportage par lequel le scandale est arrivé.
Il a démissionné de la télévision publique
début 2004.

Edité le : 23-06-05
Dernière mise à jour le : 23-06-05