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L'Europe de A à Z

Voici des extraits de « L'Europe de A à Z », abécédaire illustré, sorti en librairie en octobre 2008. Une invitation à se sentir européen.

L'Europe de A à Z

L'Europe de A à Z, abécédaire illustré - 13/04/10

Intentions

De l’Europe des géographes à celle des historiens, de l’Europe politique à celle des citoyens en passant par l’Europe culturelle, cet ouvrage arpente l’espace européen, de A à Z. En abordant la réalité sous l'angle du quotidien et de l’actualité pour mieux en cerner les multiples facettes, ce parcours s'intéresse aussi aux mouvements plus profonds qui éclairent l’histoire immédiate.
Mais l'actualité ne s'arrête pas. Qu'est-ce qui a changé depuis la parution du livre en 2008 ? À vous de le deviner et de nous en faire part.


L'Europe n'est pas une formation politique dont on puisse faire commodément, utilement, une sorte d'histoire extérieure, méthodique et classique, sans question. L'Europe est une civilisation. Et rien de plus mouvant sur terre qu'une civilisation, rien qui vive plus dangereusement, rien qui demande davantage à l'historien la faculté de s'extérioriser, de sortir de son horizon limité, d'avoir toujours un regard sur l'univers.

Citation : Lucien Febvre, en introduction à un cours professé au Collège de France en 1944-1945

Quelle Europe ?
Il n’est pas étonnant que nous ayons du mal à nous entendre quand nous parlons de l’Europe si nous ne prenons pas la peine de préciser à quelle Europe nous nous référons : l'Europe du quotidien ou l'Europe réelle. L'Europe de nos imaginaires, constituée au fil des siècles, ou l'Europe institutionnelle, de construction très récente et qui ne ressemble à aucune forme politique inventée jusqu’ici. Un des premiers objectifs de cet ouvrage est de distinguer ces strates successives et ces différentes réalités.

À travers vingt-six mots clés, cet Abécédaire est une invitation au voyage. À la rencontre d’un territoire géographique : ses 4 376 780 km2 font de l’Europe une petite presqu’île au climat tempéré et aux terres fertiles par rapport à la masse du continent eurasien, bordé par la mer Baltique, l'océan Atlantique (2), la mer Méditerranée et la mer Noire – une des façades maritimes les plus longues du monde. À la rencontre de 494 millions d’habitants, soit 116 habitants au km2. À la rencontre d’une histoire à la fois « tragique et magnifique »(1), faite de guerres « civiles », de guerres de conquêtes et de créations de l’esprit. À la rencontre d’une civilisation qui a connu un rayonnement universel sans être pour autant à l’abri du doute ou de la peur du déclin.

L’Union européenne
Sortie exsangue de deux conflits mondiaux, placée sous perfusion américaine pendant l’immédiat après-guerre, c’est grâce à une poignée d’hommes visionnaires qu’en 1957 l’Europe s’est relevée. Elle a décidé de mettre en commun ses richesses stratégiques d’alors – le charbon et l’acier – pour ne plus jamais les utiliser contre elle-même, de créer un marché commun et une union volontaire d’États indépendants : l’Union européenne (UE). Commencée à six, la construction européenne se poursuit aujourd’hui à vingt-sept, après cinq vagues d’adhésion successives appelées élargissements dans le langage communautaire. Dans certains domaines, comme l’agriculture, l’aide aux régions en retard de développement, la recherche, l’Union européenne a été capable de bâtir des politiques communes. Dans d’autres, comme la défense, l’énergie, l’environnement, elle y travaille. Dans le domaine de la politique extérieure, cela se révèle parfois délicat même si l’Europe est plus forte sur la scène internationale quand elle parvient à parler d’une seule voix.

L’Europe des citoyens
Vivre en Europe représente des réalités et des espoirs contrastés pour les Européens, encore marqués par leur histoire récente. À l’Ouest, les citoyens éprouvent un sentiment d’appartenance à l’Europe bien ancré mais, habitués à vivre en paix, ils reprochent parfois à l’UE de ne pas les protéger assez contre les effets néfastes de l’ouverture de leurs économies respectives au monde extérieur, à la mondialisation. À l’Est, les citoyens comptent sur l’UE pour améliorer leur niveau de vie et sur l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) pour assurer leur sécurité face à l’ancien grand frère russe. D’où l’importance du débat sans cesse recommencé sur l’avenir de l’Europe.

Le rayonnement de l'UE et de l'Europe dans le monde
L'Union européenne, première puissance commerciale du monde productrice du quart de la richesse mondiale, est souvent présentée, avec quelque raison, comme un « nain politique ». Son avenir dépendra de sa vitalité démographique, économique et culturelle dans un environnement international qui n'a plus grand' chose à voir avec celui de l'après-guerre. Pour exister face à l'allié américain qui a perdu de son prestige (3), au partenaire russe qui relève la tête, aux colosses de demain – Chine, Inde, Brésil –, l'Union européenne a des atouts qui tiennent avant tout à son agriculture, à ses capacités d'innovation et à son expérience historique. Encore faut-il qu'elle en ait pleinement conscience et qu'elle soit prête à jouer collectif dans un monde plus ouvert, instable et incertain que du temps de la guerre froide. Au lieu de se complaire dans « la lassitude historique », pour reprendre l'expression du philosophe roumain Andrei Plesu, et de risquer de devenir « une sorte de musée d’histoire à ciel ouvert », selon l'expression de Bela Kadar, ancien ministre hongrois, il lui appartient d'apprendre à regarder à la fois vers l'Est et vers le Sud. Rester dans la cour des Grands est indispensable pour elle si elle veut plaider pour un monde plus vivable dans les instances internationales.

Claire A. Poinsignon


À LIRE

Un essai, publié en 1990 : Penser l’Europe dans la collection « Au vif du sujet » chez Gallimard. Son auteur, Edgar Morin, est d'abord anti-européen : il voit dans la vieille Europe le foyer de l’impérialisme et de la domination. Après son rejet du stalinisme, en 1951, et un long détour par le soutien aux luttes du tiers monde, dans les années 1970, il revient à l’Europe : « Ce qui est important dans la culture européenne, ce ne sont pas seulement les idées maîtresses (christianisme, humanisme, raison, science), ce sont ces idées et leurs contraires. »

Un récit de voyage écrit par un journaliste et écrivain néerlandais épais comme un roman
Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle, Geert Mak, Gallimard, 2007.

L'Europe vue de Bruxelles : Pourquoi l'Europe ?, Thomas Ferenczi, André Versaille Éditeur, 2008

(1) En référence au titre choisi par Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne de 1985 à 1995 pour l’ouvrage qu’il a publié avec l'Association Notre Europe en 2007, à l’occasion des cinquante ans du traité de Rome : L’Europe tragique et magnifique. (Saint-Simon éditeurs).

(2) Seuls le Royaume-Uni et l'Irlande se situent au-delà de cette barrière naturelle.

(3) Le rêve européen de Jérémy Rifkin, Fayard, 2005. Dans cet essai à rebours des thèses des « déclinologues », l’auteur défend l’idée que le rêve européen est en train de supplanter le rêve américain dans le monde.

Edité le : 01-10-08
Dernière mise à jour le : 13-04-10