En 1939, après l’échec de « Vacances », celle que l’homme de théâtre Harry Brandt a qualifiée de « poison du box office » regagne les planches. Depuis Broadway, Katherine Hepburn espère mener sa reconquête du public. Elle demande à Philip Barry de lui écrire une pièce sur mesure. Grâce à l’influence d’Howard Hughes, avec qui elle a eu une courte liaison, elle en obtient les droits cinématographiques d'« Indiscrétions ». Après plus de 600 représentations d’une pièce dont elle a financé 25% de la production et dont elle s’est assurée 45% des bénéfices, il n’y a plus de doute, c’est un succès.Katherine Hepburn a désormais les clefs en main pour revenir en force au grand écran, les droits cinématographiques lui permettant d’imposer ses conditions. Si elle souhaite initialement être entourée par les ténors du moment, Clarke Gable et Spencer Tracy, deux acteurs aux carrures alors moins écrasantes lui donneront la réplique : James Stewart et Cary Grant. Hepburn retrouve donc Grant sur les plateaux pour la quatrième fois après « L’impossible Monsieur Bébé » (1938), « Sylvia Scarlett » (1935) et « Vacances » (1938). George Cukor a dirigé ces deux derniers films et il lui revient de mettre en boîte ces retrouvailles. Pour le réalisateur fétiche d’Hepburn, il s’agira d’un film charnière entre les années 30 où il adapte pièces et romans à l’écran et ses tentatives dans un registre plus sombre menées durant la décennie suivante.
Un succès et un grand oublié
Le tournage d’« Indiscrétions » commence au début du mois de juillet 1940 pour s’achever le 14 août avec cinq jours d’avance sur le calendrier. L’ambiance est plutôt cordiale. Acteurs et techniciens se mettent même d’accord pour concocter une blague à Cukor. Le filme témoigne, notamment lors de la scène d’ivresse à moitié improvisée, d’une belle complicité entre Cary Grant et James Stewart pour leur unique prestation commune à l’écran.
La cérémonie des Oscars où Indiscrétions est nominé dans six catégories réservera une belle surprise à Stewart : le prix de la meilleure interprétation masculine. L’acteur y verra surtout un trophée compensant celui qu’il aurait mérité en 1939 pour son rôle dans Mr. Smith. Dialoguiste préféré de Cukor, Donald Ogden Stewart obtient un Oscar pour un scénario dont il minimise la valeur. Se contenter de ne pas modifier la pièce, voilà comment il résume avec modestie son travail. Dans la foulée, le New York Film Critics Circle remet à Katherine Hepburn le prix de la meilleure actrice. Malgré la qualité de sa performance, Cary Grant, éclipsé par ses deux partenaires à l’écran, se voit négligé par la critique. Cela n’entamera pas son estime envers les deux lauréats. Dans le ton de « Jimmy » Stewart, il verra une préfiguration du style Brando et déclarera au sujet d’Hepburn : « elle m’a appris tout ce que je sais en matière de comédie ». Les compliments iront dans les deux sens entre ce couple à l’écran. « Il possède une délicieuse personnalité et il a appris à faire certaines choses à la perfection ».Sur le succès d’ « Indiscrétions » s'achève la collaboration Katherine Hepburn- Cary Grant au cinéma. Ils se retrouveront en 1942 avec James Stewart pour tourner la version radiophonique de ce succès qui fera l’objet en 1956 d’un remake sous le nom de « Haute société » avec le trio Grace Kelly, Frank Sinatra et Bing Crosby.






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