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Les mercredis de l'histoire Les mercredis de l’histoire proposent une approche critique des événements et épisodes de l’histoire européenne et internationale.

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30/06/09

L’œil du Troisième Reich

Le « Caméraman du Führer »


De 1940 à 1945, le caméraman Walter Frentz vécut et travailla dans l’environnement immédiat d’Adolf Hitler. La quasi totalité des films sur le dictateur allemand diffusés dans la « Deutsche Wochenschau », film d’actualité cinématographique projeté alors dans les salles de cinéma allemandes, sont de lui. Si Walter Frentz est l’auteur aussi de nombreuses photographies, très peu seulement furent publiées à l’époque du Troisième Reich. Pour Frentz lui-même, ces clichés avaient une dimension documentaire, mais le photographe s’en servit aussi pour les préparatifs et mises en scène de ses futur films.

Walter Frentz a commencé sa carrière de caméraman sous la direction de la cinéaste allemande Leni Riefenstahl avec, entre autres, des contributions essentielles aux films « Les dieux du stade » et « Le triomphe de la volonté ». Remarqué par Adopf Hitler, Walter Frentz devient en 1940 le « caméraman du Führer ». C’est à ce titre qu’il accompagne Hitler lors de l’invasion de la France. Un des enregistrements célèbres de cette époque montre un Führer exultant dans son quartier général à Brûly-de-Pesches en Wallonie le 17 juin 1940 en apprenant l’appel au cessez-le-feu du gouvernement français. Walter Frentz est du voyage aussi lors de la visite du Führer à Paris le 23 juin 1940. Ce jour-là, Adolf Hitler découvre la capitale française en compagnie de son architecte préféré et futur ministre de l’armement Albert Speer et du sculpteur Arno Breker.

Des images où la mort et la cruauté n’ont pas leur place.

La recherche esthétique est une constante chez Walter Frentz, même quand son objectif fixe des villes en ruine ou quand ses clichés ne sont pas destinés à être publiés. Une des premières photographies prises dans cette optique a été réalisée en mai 1940 à Calais. La lanterne et les panneaux au premier plan captent le regard de l’observateur. L’inscription en langue allemande sur les panneaux indique la direction du port. Mais en suivant la flèche, on découvre un spectacle de désolation. De l’ancienne rue et des maisons qui la bordaient, il ne reste que des ruines.

Une image idéalisée du dictateur

A travers les films destinés à la « Wochenschau », Walter Frentz contribue à forger l’image du Führer. Image idéalisée d’un personnage humain et distant en même temps, confirmée par les photographies et diapositives prises à la même époque. Un cliché réalisé au printemps 1943 montre ainsi Adolf Hitler lors d’une promenade avec son berger allemand en compagnie de Walther Hewel, l’agent de liaison du ministre des affaires étrangères Joachim von Ribbentrop. Sur fond des Alpes bavaroises et de forêts de sapins, l’on aperçoit les toits du domaine du Berghof sur l’Obersalzberg près de Berchtesgaden, lieu de résidence préféré de Hitler. La dimension humaine, deux hommes lors d’une promenade informelle en plein air, est ici habilement liée à la majesté naturelle des montagnes, synonymes de pouvoir et de grandeur.

Un autre cliché réalisé par Frentz le 15 avril 1943 dans l’atelier de l’architecte Hermann Giesler à Munich, montre un Hitler pensif. Le dictateur, assis, le menton appuyé sur la main gauche, contemple une maquette de la ville de Linz en Haute-Autriche où il a passé sa jeunesse et qu’il considérait depuis comme sa ville natale. Hitler projetait ainsi de rebâtir Linz à l’issue (victorieuse) de la guerre et de la doter de bâtiments prestigieux. L’architecture était la grande passion du dictateur qui se voyait comme un artiste qui avait raté sa vocation. Se considérant lui-même comme le premier architecte du Reich, il n’hésitait pas à intervenir dans de nombreux projets de construction. Pendant les dernières semaines du conflit mondial, alors que les troupes russes campaient déjà aux portes de Berlin, Hitler se fit apporter la maquette de Linz en rêvant, loin des réalités de la guerre, à ses projets de grandeur.


Une vision esthétique de la réalité atroce des camps de concentration

A l’instar de Leni Riefenstahl, Walter Frentz se voyait comme un artiste apolitique qui se contentait de décrire les événements de son époque avec un souci permanent de qualité. Mais la réalité de ses images était souvent construite ou déformée par la recherche esthétique. Ses films devaient avant tout idéaliser le régime national-socialiste et ses protagonistes. Pour autant, Walter Frentz ne pouvait ignorer les brutalités de la guerre et la sauvagerie des dirigeants du Troisième Reich. Car le caméraman ne se contentait pas de travailler dans l’univers feutré des quartiers généraux du Führer. En août 1941, Frentz accompagne ainsi le « « Reichsführer SS » Heinrich Himmler lors d’une visite d’inspection à Minsk où il assiste à une exécution en masse de juifs et de soi-disant partisans. En juin et juillet 1944, il tourne pour le compte de Albert Speer un film sur les essais des fusées V2 qui devait être projeté à l’occasion d’une assemblée des « Gauleiter ». L’objectif était de remotiver les dirigeants régionaux du parti nazi qui commençaient à douter de la toute puissance militaire allemande. Les photographies de prisonniers prises par Walter Frentz au camp de concentration Dora près de Nordhausen dans le Harz, ne montrent ni gardiens ni barbelés et seuls leurs vêtements permettent de distinguer les prisonniers. Quant à la violence quotidienne dans les camps, à l’épuisement psychique et physique des prisonniers, Frentz les a ignorés ou omis de les montrer. Mais ces images n’étaient de toute manière pas destinées aux Gauleiter du régime. Le recours à des projecteurs permit au photographe de résoudre le problème de luminosité dans l’usine souterraine, créant par la même occasion des effets de lumière intéressants. C’est le cas pour la photographie qui montre la partie arrière d’une fusée V2 assemblée essentiellement par des prisonniers français. Quant à la réalité humaine du projet DORA, la brutalité des chiffres se passe de commentaires : sur les 17.000 prisonniers affectés à DORA entre septembre 1943 et mars 1944, seuls 11.000 étaient encore en vie à la fin de la guerre.


Uwe A. Oster

Edité le : 29-06-07
Dernière mise à jour le : 30-06-09


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