Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité Cinéma > Actualité cinéma du 10 juillet 2002 > Happy times

Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

10/07/02

Happy times

Happy times
De Zhang Yimou
Avec Dong Jie et Zhao Bensham
Sortie nationale le 10 juillet 2002

Synopsis
Le « vieux Zhao », la cinquantaine, aimerait se remarier, mais son statut de modeste ouvrier à la retraite le contraint à mentir à sa nouvelle fiancée, Fu, en lui prétendant qu’il peut lui offrir des noces luxueuses. Contraint de trouver de l’argent, il hérite également de Wu Ying, une jeune aveugle, fille de l’ex compagnon de Fu, dont celle-ci veut se débarrasser. Zhao, qui affirme posséder un hôtel, doit trouver un travail pour Wu Ying dans son prétendu établissement et, puisque celle-ci possède semble-t-il des talents de masseuse et puisqu’elle ne voit pas, il confectionne un simulacre de salon de massage. Jusqu’où la comédie peut-elle durer ?

Critique
L’entrée de la Chine dans le monde capitaliste, loin de débrider le cinéma de Zhang Yimou, l’a au contraire rendu plus cinglant. On doit au cinéaste « Epouses et concubines », « Vivre » ou « Shanghai Triad ». Ces films historiques ou en costumes demeurent, par leur caractère déguisé, le meilleur moyen, dans un état où règne toujours la censure artistique, de développer un discours critique travesti à l’égard de la réalité sociale. Mais, depuis quelques années et la prétendue ouverture de la Chine à une société marchande et moins fermée, Zhang Yimou a particulièrement été sensible aux effets pervers de ce changement, et surtout à la prédominance de l’argent. Son cinéma s’est fait moins nonchalant, moins esthétique et en phase avec une certaine cruauté du système chinois. On se souvient de « Not one less », son précédent film, qui voyait une institutrice d’à peine 14 ans contrainte de retenir, dans une région rurale, ses élèves par la force afin d’empêcher que leurs parents ne les renvoient à la ferme ou les obligent à mendier, afin de ramener un peu d’argent. La jeune enseignante elle-même n’y mettait de l’aplomb que dans la mesure où son salaire ne serait versé qu’à la condition que les gamins ne se sauvent pas.
« Happy times », qui débute comme une comédie de situations, basée sur des quiproquos entre un simulateur facétieux et une aveugle qui n’est pas sensée remarquer son manège, prend vite une tournure plus sèche et dramatique. Zhao a besoin d’argent pour son mariage, et l’imagination exceptionnelle dont il fait preuve n’a pour but que de le faire passer pour quelqu’un d’opulent. Wu Ying elle-même, jeune adolescente fermée au monde, ne s’illumine que lorsqu’elle croit gagner un peu d’argent avec son prétendu emploi de masseuse et percevoir la possibilité de soigner sa cécité. Mais malgré cette critique juste et très brutale d’un monde livré à la dictature marchande, Zhang Yimou n’a pas réalisé un film réactionnaire, nostalgique des temps communistes ou tout simplement misanthrope. A travers la dimension « chaplinesque » de cette histoire, le cinéaste laisse filtrer l’émotion sans condescendance ou démonstration grossière, pas un ton direct, un montage simple, une lumière peu apprêtée, urbaine, actuelle, en un mot véritable. Vingt ans après ses débuts, Zhang Yimou est demeuré un cinéaste pertinent.

Julien Welter

Edité le : 20-04-04
Dernière mise à jour le : 10-07-02