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Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.

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20/12/11

God Art - Il était une fois la vie - Tracks

Un reportage de Justine Gourichon

Des pigeons qui défèquent du savon et des robots qui jouent les Sarah Bernhardt, les artistes du God Art se prennent pour Dieu.

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D'où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous ? Pour les artistes du God Art, ces questions existentielles sont un menu à la carte qu'ils cuisinent à leur sauce.

Tel Dieu lui-même, ces plasticiens venus des quatre coins de la planète rejouent l'Origine du Monde au festival Ars Electronica, dans la ville de Linz en Autriche.

Hiroshi Ishiguro
Chercheur en sciences cognitives, le professeur Hiroshi Ishiguro est une star de la robotique : depuis 10 ans, entouré de psychologues, de philosophes et d'informaticiens, il crée des robots calqués sur de vrais humains.
 

Hiroshi Ishiguro: J'ai abandonné la peinture quand j'étais à la fac et je me suis dirigé vers les sciences informatiques pour travailler sur l'intelligence artificielle, et après ça j'ai bifurqué vers la robotique. Mais la question est la même : qu'est-ce que l'humain? Pour la peinture, la question est comment représenter l'homme sur une toile. Et aujourd'hui, je fais la même chose : je tente de représenter la nature humaine à travers l'androïde.



Cet androïde créé en 2010 par Ishiguro part cette année en tournée. Dans "Sayonara", "au revoir" en VF, Geminoid F discute de la vie et de la mort avec une actrice qui joue le rôle d'une malade en phase terminale. Dans cette première pièce pour actrice et androïde mise en scène par l'écrivain Oriza Hirata, le créateur Ishiguro brouille la frontière entre le vivant et le minéral !

Avec le geminoid, Hiroshi révolutionne l'ère du sosie et crée son clone en silicone. C'est avec R1 à l'image de sa fille, qu'Ishiguro commence son expérimentation en 2001. Contrôlé à distance, le geminoid, qui signifie "jumeau", donne l'impression de respirer, cligne des yeux, fronce les sourcils et reconnaît la présence humaine, grâce à des capteurs et des caméras à la place des yeux. Chercheur à l'université d'Osaka, le professeur pourrait bientôt répondre à des interviews à distance et se fait déjà remplacer en cours par son double.  


Hiroshi Ishiguro : Quel est le plus important ? L'ordinateur ou moi ? La société décidera. D'un côté, il y a un super ordinateur, de l'autre un humain, combien êtes-vous prêts à payer pour l'ordinateur, des millions de dollars, plus que ça même. Et combien pour l'humain ? Peut-être juste un million… si on pense en termes d'assurance. L'assurance-vie pour un homme est souvent autour d'un million mais pour le super ordinateur, il s'agit de plusieurs millions !

Adam Brown
De Pygmalion à Frankenstein, il n'y a qu'un pas ! L'artiste Américain Adam Brown, lui, est fasciné par les mythes de la création. Avec son œuvre "Origins of Life" il tente de recréer la vie sur terre d'un point de vue chimique.
 
Adam Brown : Imaginez que c'est une simulation de l'atmosphère. Ça, c'est l'eau de l'océan qui chauffe, vu qu'elle chauffe, elle s'évapore dans le système dans l'atmosphère simulée. Ce qui se passe, c'est que cette chose chauffe et refroidi, c'est un cycle, comme sur notre planète. L'océan s'évapore dans le ciel, les nuages se forment et donnent de la pluie, et ça se reproduit indéfiniment. Cette œuvre, c'est ça. C'est une simulation de l'atmosphère sur notre planète avant qu'il y ait de la vie sur terre. Si on arrive à cette combinaison de gaz sous de bonnes conditions, on pourrait créer les éléments fondamentaux de la vie : les acides aminés s'assemblent comme des legos et forment les peptides et les protéines, ils forment notre ADN et font ce que nous sommes. Si on a les bonnes conditions au bon moment, on peut générer de la vie.


Tel un Prométhée des temps modernes, Adam Brown donne vie à son œuvre. Avec "The Orgonome", créé en 2008, ce robot sensible à trois pattes exprime physiquement ses émotions comme le plaisir, le désir ou la tristesse.

En 2006, ce professeur à l'Université du Michigan explorait déjà la relation entre l'homme et la vie artificielle avec son œuvre "Bion" : des centaines de petits modules programmés réagissaient à l'arrivée des visiteurs dans l'espace d'exposition. Grâce à des capteurs, les "bions" communiquaient entre eux en émettant une lumière et un son plus ou moins intenses.
 
Tuur Van Balen
Une autre vie est possible ! L'artiste belge Tuur Van Balen nous le prouve grâce à la biologie synthétique. En utilisant les biotechnologies, il ne veut plus simplement modifier le monde du vivant mais carrément… créer la vie !

Après des études de design aux Pays-Bas, Van Balen travaille aujourd'hui en collaboration avec le Royal College of Art à Londres où il vit depuis cinq ans et vient d'être primé au festival Ars Electronica pour son œuvre "Pigeon d'Or".
 
Grâce à ce projet, ceux qu’on appelle communément "les rats volants" deviendraient nos meilleurs amis : les pigeons ne feraient plus caca mais produiraient du savon !
 
Tuur Van Balen : La raison pour laquelle je veux utiliser des pigeons ou pourquoi je me concentre sur les pigeons, c'est vraiment parce que, pour moi, les pigeons sont des animaux très contre-nature. Depuis des années, des générations et même des siècles, ils sont élevés spécifiquement pour rentrer le plus vite possible grâce à leur faculté d'orientation. Charles Darwin, par exemple, était aussi très intéressé par les pigeons justement parce que leur évolution était déjà très contrôlée. Du coup, Darwin élevait des pigeons et il avait son propre pigeonnier.


En collaboration avec le scientifique James Chappell, Tuur Van Balen a créé un code ADN et designé une nouvelle bactérie qui produit du détergent. Selon l'artiste, l'expérience fonctionne mais sa mise en pratique est interdite. Son but est aujourd'hui d'explorer les conséquences éthiques, politiques mais aussi esthétiques d'une telle invention.

Il imagine une structure qui permettrait dans un premier temps de nourrir les pigeons de sa fenêtre afin de récolter le fruit de cette modification génétique!

Pigeon d'Or from Tuur Van Balen on Vimeo.


Avec Tuur Van Balen, l'art devient prescripteur de bonheur. Dans son œuvre "système immunitaire synthétique", grâce à une simple goutte de sang, différentes levures identifient les manques de notre métabolisme pour produire un remède.

Même le coup de blues a sa solution : inspiré de la théorie des humeurs d'Hippocrate, Tuur a mitonné une recette pour contrôler la mélancolie : Prenez une sangsue bien fraîche, faites gonfler l'animal de votre propre sang, assaisonnez-la de gaz hilarant et laissez dégorger. Faites ensuite revenir des champignons et accompagnez cette appétissante mousse de sang de sa sauce aux groseilles. Miam-Miam.

Cook Me - Black Bile from Tuur Van Balen on Vimeo.


Tuur Van Balen : Je travaille sur la mélancolie, parce que je suis très intéressé par ce qui se passera quand les biotechnologies nous donnerons une plus grande compréhension du bonheur, d'un point du vue chimique. Le Prozac, par exemple, si tu te sens triste ou un peu déprimé et si moi je me sens un peu triste, on avale la même pilule. Parce que je suis un peu plus grand, j'en prendrais peut-être deux et toi une, mais ça reste quand même très primitif parce que ton sentiment de tristesse sera peut-être très différent du mien et en même temps ma tristesse d'aujourd'hui sera peut-être différente de celle de demain et du jour suivant. Avec la biologie synthétique, on pourra avoir un aperçu beaucoup plus détaillé de ce sentiment.


Cadreuse : Marjory Dejardin
Ingénieur du son : Bruno Banqui

Tracks
mardi, 27 décembre 2011 à 05:00
Pas de rediffusion
(France, 2011, 52mn)
ARTE F

Edité le : 06-12-11
Dernière mise à jour le : 20-12-11