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Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

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Sortie du 28 septembre 2005 - 28/09/05

Gabrielle

Un film de Patrice Chéreau


Violences et passion dans le sein
d’un couple au début du XXème siècle.

Une tragédie de l’amour

(France, 1h30, 2005)
Avec Isabelle Huppert, Pascal Greggory, Claudia Coli, Thierry Hancisse, Chantal Neuwirth, Thierry Fortineau, Louise Vincent…
Scénario : Patrice Chéreau et Anne Louise Trividic d’après la nouvelle « Le Retour » de Joseph Conrad

Venise Mostra 20006 : Lion d'honneur à la carrière d'Isabelle Huppert

Synopsis : Paris, 1912 : Gabrielle et Jean Hervey sont de grands bourgeois vivant dans une belle maison aristocratique où ils reçoivent tous les jeudis un cercle d’amis intimes. Un matin, Jean découvre une lettre sur son bureau : Gabrielle lui annonce son départ, elle le quitte pour un autre homme. Quelques heures plus tard néanmoins, Gabrielle revient sur pas et affronte la colère de Jean…

Le trailer du film
L'interview avec Isabelle Huppert
Interview : Olivier Bombarda avec Christophe Vuylsteke
(Real Video)

L'interview avec Patrice Chéreau
L'interview avec Pascal Greggory
Interview réalisée par Olivier Bombarda
(Real Video)


Critique : Après « Intimité » (2001) et « Son frère » (2003), Patrice Chéreau et Anne Louise Trividic ont travaillé une nouvelle fois ensemble, cette fois sur le projet d’adapter pour le cinéma une nouvelle de Joseph Conrad, « Le Retour ». Sous la plume terriblement cruelle du narrateur Jean, cette dernière raconte l’éclatement d’un couple installé dans les usages de la société engoncée du début du XXème. Alors que le texte de Conrad donnait une image vigoureuse du personnage de Jean aux dépends de celle, plus abstraite, de Gabrielle, Patrice Chéreau et Anne Louise Trividic décidèrent de rétablir l’équilibre des personnages lors de l’écriture du scénario : Chéreau cherchait à produire à nouveau l’histoire d’un couple, une sorte de prolongement à son film « Intimité », dans un autre contexte.

Face au film « Gabrielle », le spectateur repère immédiatement plusieurs aspects. En premier lieu ce sont des partis pris esthétiques qui sautent aux yeux. Chéreau utilise le noir et blanc comme texture récurrente en contrepoint de la palette de couleurs vertes sombres jusqu’aux jaunes passés qu’il décline. Les décors et les accessoires sont particulièrement raffinés. La musique joue également un rôle déterminant, Chéreau s’approprie avec dextérité la partition ample et mystérieuse de Fabio Vacchi pour créer l’intériorité émotionnelle de Jean et Gabrielle. La langue enfin est prédominante. Elle est émise selon le principe même qu’utilise toujours Chéreau et qui vise la superposition, le chevauchement des mots, tout comme elle souligne les interruptions et les silences. Plus que jamais décomplexé au cinéma, Chéreau se sert de consonances théâtrales pour les dialogues, une approche justifiée du fait de l’époque représentée, un temps révolu arquebouté sur l’idée prioritaire du bon maintien et de la formule de style. Le film, focalisant pour près de la moitié de sa durée sur des huis clôt entre Isabelle Huppert et Pascal Greggory, assume d’autant plus le motif du théâtre que Chéreau, montre et démonte l’entité de ce couple dans le déchirement en faisant place à l’idée du « jeu » essentiel de Jean et Gabrielle: un balancement constant de mensonges et de vérités, cruel et violent, vécu comme un instinct de survie.

Après avoir décidé de quitter Jean, le retour de Gabrielle dans son foyer est la source du cataclysme. En ce sens, alors que l’on sait qu’il est un fervent admirateur d’ Ingmar Bergman, Chéreau apporte une pierre inédite à la construction que l’on pouvait croire presque définitive de « Scènes de la vie conjuguale » à propos du couple. Ce retour qui fait dire à Gabrielle : « si j’avais su que vous m’aimiez, je ne serai pas revenue… » lève ainsi un voile sur une dimension terriblement tabou et toujours contemporaine sur la notion de vie à deux. En effet combien acceptent de vivre ensemble tout en ocultant leurs véritables sentiments ? Et du choix de rester ou de partir, où se place véritablement le courage ? « Gabrielle » ouvre ainsi frontalement la porte à ces questions, nous interrogeant au plus profond de notre intimité.

Olivier Bombarda


Synopsis : Paris, 1910. Une femme (Isabelle Huppert) et un homme (Pascal Greggory) sont mariés depuis 10 ans. Leur maison est toujours ouverte à leurs amis, avec lesquels ils aiment faire des repas de fête. Un jour, elle quitte la maison en laissant une lettre d’adieu. Quelques heures plus tard, elle délaisse son amant et retourne auprès de son mari : rien ne sera jamais plus comme avant.

Le trailer du film (Real Video)

Critique : Gabrielle est un film de paroles : on y parle vraiment beaucoup. Cela peut de prime abord avoir un effet rebutant, car si l’on ne maîtrise pas très bien le français, il est presque impossible de lire tous les sous-titres en anglais tout en se concentrant sur les images ! Cependant, ce qui est dit a vraiment de la profondeur, parfois trop même. Les dialogues sont un véritable concentré de pensées sur le mariage et l’amour. Une des phrases les plus saisissantes vient d’elle, énoncée d’une voix implacable et glaciale par Isabelle Huppert : « Si j’avais su que tu m’aimais, je ne serais jamais revenue. » Cela paraît paradoxal, mais est fondamentalement logique.

Elle et Lui vivent une relation maritale, dans laquelle il ne fut jamais question d’amour. Tous deux y croyaient, d’un commun accord. Cependant, pour la première fois depuis dix ans dans leur mariage, apparaissent des sentiments, qui perturbent leur relation. Aucun des deux ne parvient à s’en accommoder. Ce que montre le film, c’est une tentative de reconstruction. C’est justement ce qui fonde la tension du film : après une courte introduction, l’histoire commence là où la routine des deux protagonistes, en parfait maîtres de maison, prend fin. Il y a peu encore, il croyaient avoir près de 50 amis, maintenant ils se rendent compte, qu’ils ne se connaissent pas, bien qu’ils partagent la même maison depuis si longtemps. Bien entendu, il ne faut pas perdre de vue que l’histoire se déroule au début du siècle dernier, dans le Paris des bourgeois. L’étiquette y joue un rôle prépondérant.

Isabelle Huppert est parfaite dans le rôle de l’épouse. Elle paraît froide et impénétrable, toujours très concentrée. Elle dit de son rôle : « Gabrielle contraint son mari à devenir le témoin du nouveau monde qu’elle est en train de découvrir. Son désir de préserver le lien entre elle et son mari fait de ce dernier le témoin involontaire de son nouveau monde. C’est particulièrement cruel. » Cependant, ce nouveau monde, où l’amour existe, est si inhabituel pour elle qu’elle préfère emmener son époux dans cette aventure – qu’il le veuille ou non.

Gabrielle s’inspire d’une nouvelle de Joseph Conrad, dans laquelle, cependant, seul le point de vue du mari est représenté. Patrice Chéreau fit spécialement écrire, par Anne-Louise Trividic, le rôle de la femme pour Isabelle Huppert.

D’un point de vue stylistique, le film se démarque nettement d’une pièce de théâtre, bien que Patrice Chéreau –qui a mis en scène divers opéras et pièces de théâtre- reconnaisse qu’il flirte ici avec le théâtre. Il y mêle des séquences en noir et blanc avec des scènes en couleur et prend la liberté d’incruster, à la façon des films muets, certaines phrases d’importance entre les scènes. Le résultat en est un film qui met à l’épreuve l’attention du spectateur. Mais, il sait aussi le récompenser en offrant une nouvelle page au grand livre de l’amour.

Nana A.T. Rebhan


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Gabrielle
Un film de Patrice Chéreau
(France, 1h30, 2005)
Avec Isabelle Huppert, Pascal Greggory, Claudia Coli, Thierry Hancisse, Chantal Neuwirth, Thierry Fortineau, Louise Vincent…
Scénario : Patrice Chéreau et Anne Louise Trividic d’après la nouvelle « Le Retour » de Joseph Conrad
Venise 2005 - Compétition
Une coproduction ARTE

Edité le : 27-09-05
Dernière mise à jour le : 28-09-05