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ARTE Journal - 21/09/12

France : la parité difficile à respecter

Il n’y a pas photo. Entre le dernier gouvernement de François Fillon, qui sur 33 membres ne comptait que 8 femmes, et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault qui sur 34 membres en recense 17, la parité a choisi son camp. François Hollande a tenu sa promesse de campagne.  Et en plus au moins 7 de ses membres sont issus de l’immigration ou originaires des départements d’outre-mer. C’est le premier cabinet ministériel à offrir un visage aussi représentatif de la réalité française. Mais derrière cette façade gouvernementale, le constat est moins reluisant.

Car lorsque l’on commence à étudier la composition des cabinets ministériels, comme l’a fait le quotidien Libération, la tendance paritaire prend du plomb dans l’aile. Dans ces milieux, le mâle blanc règne en maître comme l’attestent ces chiffres. Sur les 140 premières personnes nominées on ne comptabilise que 38 femmes. Quand il s’agit des responsabilités exercées, on remarque encore une tendance plus aggravante, seules 5 femmes sont directrices de cabinets, 4 adjointes de cabinets.

Les femmes souvent reléguées à des responsabilités subalternes
Certes le Président de la République a créé un ministère des Droits des femmes qui respecte presque la parité au sein de son cabinet avec 5 femmes pour 6 hommes. Mais sur les 34 cabinets ministériels, 22 sont pour l’instant exclusivement composés d’hommes. Les ministères n’ont pas encore achevé la totalité de leur recrutement, on estime qu’ils devraient encore embaucher entre 200 et 300 collaborateurs dont un certain nombre de femmes. Le caractère masculin très prononcé devrait donc un peu s’alléger. Mais si des femmes doivent encore renforcer ses cabinets, ce sera à des postes de responsabilité subalterne. Les plus hautes fonctions sont déjà trustées.



Beaucoup de progrès à faire aussi en matière de diversité
Au-delà de la simple parité homme-femme, la classe politique et les cabinets ministériels présentent clairement une image en décalage avec le métissage de la société française. De nombreuses associations montent aux créneaux pour dénoncer le recrutement via l’ENA et les réseaux qui uniformise la composition des cabinets, ne laissant que peu de place à des profils différents et créant une forme de discrimination.



L'UMP, mauvaise élève des législatives
La thématique paritaire est également au centre des élections législatives. Là encore, la situation est difficile pour de nombreux partis. L’UMP, qui dispose de 317 députés sortants, aura moins de 30% de  femmes en lice, le PS en aura 45%, le Front de Gauche 48%, le Front National 49% et Europe Ecologie Les Verts atteindra la parité à 50%.


La parité en Europe
Avec son gouvernement paritaire, la France rejoint le club des pays nordiques qui sont pionniers en la matière à une différence  près. Chez eux aucune loi ne donne de règle dans ce domaine, c’est plutôt une question de tradition, alors que la Constitution française a été enrichie d’un article sur l’égalité entre hommes et femmes pour l’accès aux fonctions électives et aux responsabilités professionnelles en juillet 2008. Le meilleur élève européen en termes de parité gouvernementale est l’Islande avec 5 femmes ministres sur 9 postes et une femme Premier ministre (55,5%). La Suisse fait comme la France (50%), l’Autriche (42,86%), la Belgique (38,46%), l’Allemagne (37,5%), la Grande-Bretagne (23,21%).


En ce qui concerne la parité au niveau des parlements nationaux, la France ne fait pas partie des bons élèves. Avec 109 femmes à l’assemblée nationale, son taux n’est que de 18,89% et inférieur à la moyenne européenne (24,15%) selon des données recueillies par la Fondation Robert Schuman en 2010. Ici aussi les pays nordiques sont en tête, la Suède (46,99%) est la plus exemplaire, suivent les Pays-Bas (41,33%), la Finlande (40,00%), le Danemark (37 ,43%) et la Belgique (37,33%). L’Allemagne est 7ème avec 32,80%.


Manuel Dantas pour ARTE Journal (Avec Libération, Le Monde)


Laurence Laigo est Secrétaire nationale à la CFDT. Elle est responsable de l'égalité professionnelle et de la condition féminine au sein de la centrale syndicale. Elle a contribué à la parution de "Femmes-hommes : l'égalité enfin?" paru chez Eyrolles en février 2012. L'accès des cabinets ministériels est-il verrouillé aux femmes ? Comment améliorer leur situation dnas l'exercice des responsabilités politiques ? La France accuse-t-elle un déficit de culture en matière de parité? Autant de questions auxquelles elle a bien voulu répondre.



A la lecture de l'actuelle composition des cabinets ministériels qui, pour l'instant, sont composés de manière très majoritaire d'hommes (102 sur 140 postes), pensez vous que ce secteur soit verrouillé ?




En 2008 un article a inscrit dans la Constitution l'accès égalitaire aux hommes et aux femmes aux fonctions électives et aux responsabilités professionnelles, mais la volonté du législateur a du mal à se traduire dans la réalité, quelles sont les mesures qui, selon vous, pourraient améliorer la situation ?




Les pays scandinaves sont des pionniers de la parité or aucun texte de loi ne régit ce domaine chez eux, pensez-vous donc que la faiblesse affichée par la France en la matière résulte d'un défaut de culture de l'égalité homme-femme dans la classe politique ?




Olga Trostiansky est présidente de la CLEF (Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes) depuis 2008. En 2010, elle devient Secrétaire générale du Laboratoire de l'Egalité, qui regroupe des femmes et des hommes de différentes sensibilités politiques, exerçant des responsabilités dans la vie économique, sociale, universitaire, associative. Ils sont tous impliqués dans de multiples réseaux qui agissent concrètement en faveur d’un meilleur partage des responsabilités citoyennes, économiques et familiales entre les femmes et les hommes. Olga Trostiansky est également adjointe au Maire de Paris chargé de la Solidarité, de la Famille et de la Lutte contre l’Exclusion depuis 2008. Comment explique-t-elle le déséquilibre entre hommes et femmes au sein des cabinets ministériels? Les femmes disposent-elles de réseaux suffisamment influents ?

Pourquoi y-a-t-il un tel déséquilibre homme-femme au sein des cabinets ministériels formés jusqu'à présent ?




On constate que le recrutement dans les cabinets ministériels se fait souvent par cooptation au sein de réseaux, les femmes ont-elles développé des réseaux assez influents pour intégrer ces cabinets ?


Edité le : 31-05-12
Dernière mise à jour le : 21-09-12