Berlinale 2005 - Compétition - 17/02/05
Fateless
Un film de Lajos Koltai
L’horreur d’un camp de concentration
vue par un jeune garçon
Les films de la Berlinale 2005
Synopsis: Hongrie, 1944 : Gyuri (Marcell Nagy), jeune garçon juif âgé de 14 ans, est enlevé dans le bus qui le mène au travail, et emmené dans un camp de concentration. Il passe de Buchenwald à Auschwitz-Birkenau, puis est ramené à Buchenwald. Après la libération, il retourne en 1945 dans la Budapest d’après-guerre, mais tout a changé
Critique : Fateless est le premier film de Lajos Koltani, chef opérateur passé à la réalisation. Koltani travaille depuis plus de 23 ans avec Istvan Szabo, le réalisateur hongrois le plus connu au monde. Le tournage de leur prochain film intitulé Being Julia commencera dans quelques semaines en Allemagne. Koltai a beaucoup appris de l’approche à la fois sensible et efficace adoptée par Szabo pour traiter les thèmes historiques. Fateless, roman écrit par Imre Kertész, qui a été récompensé par le prix Nobel de littérature pour cet ouvrage, sert de trame au scénario écrit par Kertész, lui-même un survivant de l’Holocauste.
Koltani a confié la caméra à Gyula Pados ; il a tourné son film en couleurs sépia, et donne naissance, sur une musique d’Ennio Morricone (!), à des images éblouissantes, voire lyriques. Les camps de concentration n’ont jamais été beaux comme celui-là : et d’ailleurs, est-ce que les camps de concentration peuvent être beaux ? Koltani fait former un carré par des centaines de prisonniers : une lumière dirigée vient de gauche, tandis que les contours sont estompés sur la droite. Koltani montre que le temps passe : la lumière du jour s’assombrit, et la clarté augmente au petit matin. Koltani nous montre une perspective aérienne des prisonniers dans leurs uniformes rayés, et parcourt lentement les rangées. L’un des détenus, tout à fait sur la droite, tombe ; il s’écroule et perturbe l’ordre. Cela semble drôle, et un spectateur dans la salle réservée à la presse rit. Brièvement, bien sûr, car nous sommes en train d’assister à la projection d’un film sur l’Holocauste, et l’on ne rit pas dans de telles circonstances.
Ce film aborde également la question des relations avec les personnes non concernées par l’Holocauste, après la libération des camps de concentration. Ces passages du film sont particulièrement réussis, et montrent quelque chose rarement montré jusqu’à présent. Gyuri ne peut plus établir de communication normale avec les personnes qu’il connaissait autrefois. Des membres de sa famille lui posent des questions sur «l ’enfer » du camp. « Ce n’était pas un enfer », répond-il. Ils veulent le convaincre qu’il n’a que 15 ans, et qu’il a l’avenir devant lui. Mais Gyuri sait qu’il a surtout « un passé ». Il ne sait pas non plus s’il est juif, car il « ne sait même pas s’il existe. »
Ce qui différencie Koltani d’un grand nombre de réalisateurs qui ont montré de façon explicite les horreurs et les crimes des Nazis, comme The Grey Zone ou La chute, c’est que les scènes d’horreur du film se limitent au quotidien du jeune garçon dans le camp. Un garçon qui a le même âge que lui meurt dans le lit d’à côté. Gyuri s’en rend compte, mais il ne dit rien aux gardiens pendant plusieurs jours, ce qui lui permet de manger les maigres rations du mort.
Nana A.T. Rebhan
Fateless
de Lajos Koltai
(Hongrie, 2005, 130 Min.)
Avec : Marcell Nagy, Áron Dimény, András M. Kecskés, József Gyabronka
Compétition officielle
Edité le : 16-02-05
Dernière mise à jour le : 17-02-05