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Cycle Evolution du 2 au 30 avril 2005 - 07/04/05

Extinction

L'Aventure Humaine sur Arte


Plus de 99% des espèces ayant vécu sur Terre à une époque ou à une autre ont disparu. La durée de vie moyenne d'une espèce est d'environ 5 à 10 millions d'années. En règle générale, c'est dans le milieu marin que les espèces ont la plus grande longévité. La plus grande partie de l'histoire de la vie s'est jouée dans les mers et les océans, et, de ce fait, les organismes marins ont été les plus touchés par les catastrophes climatiques, physiques et géologiques.

On dénombre cinq ères géologiques qui ont été le théâtre d'extinctions massives d'espèces marines ; deux de ces périodes, ainsi que deux autres, ont frappé encore plus durement les organismes vivant sur les terres émergées. Les premières vagues de disparitions massives sont intervenues il y a 438 millions d'années, à la fin de l'Ordovicien. Le plancton, sous différentes formes, est particulièrement touché, ainsi qu'un groupe de vertébrés primitifs, les conodontes. A la fin du Dévonien, il y a 360 millions d'années, de nombreuses espèces de coraux disparaissent. A la fin du Permien, dans la période charnière avec le Trias, il y a quelque 240 millions d'années, la diversité biologique est décimée comme jamais auparavant et comme jamais depuis. De nouveau, les coraux paient un lourd tribut, mais aussi les bryozoaires et les échinodermes, qui disparaissent presque entièrement. Sur la terre ferme, les insectes sont décimés ; 21 familles de quadrupèdes, comme certains ordres de sauriens, notamment les amphibiens, disparaissent totalement. Il y a 200 millions d'années, à la fin du Trias, c'est le tour des ammonites, si répandues jusqu'alors dans les océans et les mers du globe. Le phénomène le plus connu est la disparition massive intervenue à la fin du Crétacé, à la transition avec le Tertiaire, il y a 60 à 70 millions d'années. C'est cette ère qui sonne le glas des dinosaures.


La collision d'une comète avec la Terre, qui aurait provoqué un refroidissement de l'atmosphère, ne peut être considérée comme cause avérée de ces extinctions massives que pour les dinosaures. La plupart des autres extinctions d'espèces sont sans doute liées à une montée du niveau de la mer, provoquant une montée des eaux profondes, pauvres en oxygène. L'activité volcanique, le réchauffement de la planète, parfois un recul du niveau des océans ne sont que des causes secondaires probables mais rares.
Charles Darwin développe sa théorie de l'évolution en opposition directe à celles des " catastrophistes " : pour Darwin, ce n'est pas l'environnement minéral qui conditionne le changement, mais l'interaction entre les êtres vivant en compétition pour leur survie. Rompant avec la tradition précédente, la théorie de l'évolution peine à reconnaître l'importance des catastrophes dans l'histoire de la vie. Entre-temps, des preuves géologiques ne laissent que peu de doutes : effectivement, de tels événements ont ponctuellement exercé une influence déterminante sur l'histoire de la vie. Ouvrant des brèches dans l'évolution, les catastrophes ont joué un rôle important en permettant à de nouveaux groupes d'occuper et de se partager les niches écologiques laissées libres par les espèces disparues.

Il ne faudrait pas en conclure toutefois que la disparition des espèces s'explique uniquement par les catastrophes géologiques et climatiques. Comme le pensait Darwin, les interactions biologiques, la concurrence, la prédation et les épidémies ont aussi leur importance. Elles aussi peuvent provoquer la disparition de certaines espèces. Depuis l'arrivée de l'homme, la perte et la fragmentation des espaces vitaux se sont accentuées. Ainsi, pour 85% des mammifères en danger et quasiment 50% des espèces d'oiseaux menacées, ces facteurs sont la cause première.


Thomas Weber est Assistant à l'Institut d'écologie animale de l'Université de Lund (Suède) et auteur.

Edité le : 07-04-05
Dernière mise à jour le : 07-04-05