Taille du texte: + -
Accueil > Monde > La Nuit des étoiles > Entretien avec Hubert Reeves

La Nuit des étoiles

Chaque été, une pluie d’étoiles filantes, les Perséides, donne le signal de la Nuit des étoiles, la grande fête de l’astronomie prévue cette année les 10, 11 (...)

La Nuit des étoiles

02/08/12

Entretien avec Hubert Reeves

Sur la planète Astronomie


L’astrophysicien Hubert Reeves, l’un des fondateurs de la Nuit des étoiles, répond aux questions de Pierre-Olivier François.


Pourquoi avoir instauré la Nuit des étoiles en France et au Québec ?
Hubert Reeves : Nous avons créé cet événement il y a vingt ans pour ouvrir, le temps d’une soirée, les clubs d’astronomie à tous et rassembler les amateurs. Une émission de télévision est née dans la foulée : on posait des questions, on discutait, on réfléchissait avec les gens sans imposer le savoir d’en haut. Le programme a pris fin après quinze ans, mais les portes ouvertes dans les observatoires astronomiques se poursuivent chaque année dans l’Hexagone Aujourd’hui, à cause de la pollution lumineuse – les villes éclairent trop –, les étoiles se voient moins bien qu’avant. Cependant, depuis trois ou quatre ans, il y a eu en France une réelle prise de conscience de la nécessité de réduire l’éclairage.

Quelles nouvelles vous sont parvenues des étoiles cette année ?
2011 est une année intéressante pour la recherche sur les exoplanètes, ces planètes qui tournent autour d’une étoile autre que notre soleil. Leur existence a été prouvée en 1995 et aujourd’hui on en découvre régulièrement de nouvelles. On a pu étudier leur atmosphère, démontrer la présence de CO2, mais pas encore d’oxygène. Ce serait une indication très forte qu’il y a de la vie – peut-être seulement du plancton – sur une autre planète. Ce qui nous amène à la grande interrogation, remontant à l’Antiquité, qui nous touche tous : sommes-nous seuls dans l’univers ?

On dit que regarder les étoiles au loin, c’est voir le passé. Pourquoi ?
Lorsque vous regardez un orage solaire, ce que vous observez s’est en réalité déroulé il y a huit minutes. C’est le temps qu’a mis l’image à arriver jusqu’à vous. La découverte du rayonnement fossile, cette lumière qui nous parvient des origines du cosmos et qui confirme la théorie du big bang, a représenté un moment crucial pour moi. Car avant, il n’y avait pas vraiment de preuves que l’univers a une histoire. L’astronomie est donc une science qui nous raconte notre histoire. Les étoiles naissent, vivent et meurent. Elles sont formées d’atomes qui sont les mêmes que ceux de notre corps.

Parmi toutes les étoiles de la galaxie, quelle est votre préférée ?
Vénus. Elle est si brillante, juste avant la tombée de la nuit, qu’on dirait un phare. Et parfois elle se couche tellement rapidement que les gens la prennent pour une soucoupe volante et nous inondent d’appels.

Après toutes ces années de recherche, que reste-t-il à découvrir sur le cosmos ?
Les découvertes inattendues sont essentielles. Prenez l’exemple des trous noirs : a priori, aucun écrivain de science-fiction n’aurait osé imaginer quelque chose d’aussi délirant ! Pensez à cet autre composant de l’univers, que l’on appelle la masse et l’énergie sombres. Nous savons seulement de quoi elles ne sont pas faites. Pourtant, cela représente 95 % de la masse de l’univers, les autres 5 % étant composés des étoiles, des nébuleuses, de ce qui est visible dans une photo du ciel. C’est la question qui me stimule le plus actuellement. On envisage également la possibilité qu’il n’y ait pas un univers mais plusieurs, voire un nombre infini. Personnellement, en tant que scientifique, j’attends d’en avoir la preuve.

Certains chercheurs affirment que nous avons changé d’ère depuis que l’action de l’homme a commencé à avoir un impact durable sur l’atmosphère. Qu’en pensez-vous ?
C’est ce que l’on appelle l’anthropocène, soit la découverte que l’impact de l’humanité est devenu la force dominante des transformations de la planète : le réchauffement de l’atmosphère, l’acidification des océans, la fonte des glaces, etc. La crise écologique actuelle est l’une des plus graves menaces qui pèsent sur l’avenir de la vie sur terre à l’échelle de nos enfants et petits-enfants. Les chercheurs doivent s’impliquer car la science est importante pour confirmer l’état de la situation et servir de base à des tentatives pour changer les choses.


Propos recueillis par Pierre-Olivier François pour ARTE Magazine

Edité le : 26-07-11
Dernière mise à jour le : 02-08-12