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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 21 novembre 2010 > l’objet : le maggi en Afrique

Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

Un magazine de Claire Doutriaux

Émission du 5 décembre 2010 - 05/12/10

l’objet : le maggi en Afrique

Récemment, Linda Lo, une jeune journaliste franco-sénégalaise était de passage dans les bureaux de Karambolage. Nous étions juste en train de regarder le sujet sur la bouteille Maggi que vous venez de voir tout à l’heure. Sa réaction a été immédiate :

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Quoi ! Vous ne savez-pas que le cube Maggi est incontournable dans la cuisine africaine ? Qu’il entre dans la composition de nombreux plats, qu’il s’agisse du "ndolé" camerounais, de "la sauce graine" ivoirienne ou du "tiebboudienne" sénégalais !  Au Sénégal, on a même donné un surnom populaire à l’arôme Maggi : on l’appelle le "corrige Madame".

C’est que Julius Maggi, en vrai entrepreneur, a très vite compris le parti qu’il pouvait tirer de l’immense marché colonial !

Je vous explique : sur l’initiative du chancelier allemand, Otto Von Bismarck, les grandes puissances européennes se réunissent à Berlin de novembre 1884 à février 1885 pour définir les règles de la colonisation en Afrique.

À l’issue de la conférence, la France contrôle une bonne partie du Maghreb, de l’Afrique équatoriale, de l’Afrique de l’Ouest ainsi que Madagascar et Djibouti. De son côté, l’Allemagne administre les territoires qui correspondent aujourd’hui à la Namibie, à la Tanzanie, au Burundi, au Rwanda, au Togo et au Cameroun. À la fin de la Première Guerre mondiale, les colonies allemandes passeront sous le contrôle des Alliés.

Parmi les règles établies par le Traité de Berlin figure la liberté de faire du commerce à l’intérieur des territoires colonisés. Aussitôt, les colonisateurs débarquent en Afrique avec différents produits et marchandises qu’ils entendent écouler sur les marchés africains, parmi eux : le cube et l’arôme Maggi. Difficile de comprendre l’engouement pour ce petit cube - qui n’est au fond qu’un cube de sel un peu aromatisé – alors que l’Afrique est la terre des épices les plus diverses et savoureuses !

Certes, il est facile d’utilisation et se conserve aisément sans réfrigération, un détail qui compte dans des pays où la température peut atteindre fréquemment les 40 degrés à l’ombre ! Mais probablement, son succès est-il plutôt dû à la séduction qu’exerçaient malgré tout les mœurs des colonisateurs. Une séduction qui dure : sur tous les marchés, dans toutes les boutiques, on trouve le fameux cube sous différentes formes et à toutes les saveurs :  bœuf, volaille, crevette, piment…hallal, dégraissé…ou pas.

On peut l’acheter en boîte de 100 ou à l’unité, il reste donc accessible à toutes les bourses. 16 milliards de cubes Maggi sont ainsi vendus en Afrique chaque année ! Bon, depuis quelques années, Maggi a un concurrent de taille : le Jumbo, qui nous arrive d’Espagne, connaît par exemple un succès fulgurant. Il faut dire que le Jumbo n’a pas hésité à copier sans vergogne son célèbre concurrent…

Mais surtout, mes compatriotes reviennent lentement à la raison et aux condiments et épices naturels. Ils ont compris que certains présentent des avantages  nutritifs non négligeables : le  "nététou", par exemple, a été relancé par des coopératives de femmes du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée. C'est un condiment à base de graine de "néré" riche en protéines, en oligo-éléments et en vitamine C. Il était temps !

Edité le : 03-12-10
Dernière mise à jour le : 15-07-13