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ARTE Journal - 24/06/12

Egypte : Morsi président

L'Egypte a enfin un nouveau président : Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans a été proclamé vainqueur par la commission électorale. Le premier président civil de l'histoire égyptienne est donc un islamiste. Il dirigera le pays arabe le plus peuplé du monde. Théoriquement ! Car l'armée a pris soin d'assurer ses arrières.

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La fin d'un long suspens. L'Egypte connait enfin le nom de son nouveau président. Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans a remporté ce scrutin, la première élection présidentielle libre qu'ait connu le pays. Avec une semaine de retard sur le calendrier, la commission électorale a finalemant tranché en faveur du candidat islamiste.
Exit donc Ahmed Chafik, ce proche de Moubarak qui aux yeux du peuple symbolisait l'ancien régime honni. A l'annonce du résultat, la foule massée dans une attente fébrile place Tahrir a littéralement explosé de joie dans un crépitement de feux d'artifices. "Morsi, Morsi" : des centaines de milliers de manifestants ont entonné son nom comme une mantra.



Premier président civil de l'Egypte

Car la victoire de Morsi est un coup de tonnerre dans le ciel orageux de l'Egypte post-Moubarak. Depuis 60 ans les militaires monopolisaient la présidence. Ses prédécesseurs, Mohamed Naguib, Gamal Abdel Nasser, Anwar El-Sadat et Hosni Moubarak, étaient issus tous des rangs de l'armée.
Mais si la bataille électorale s'est soldée par une victoire pour les Frères, la bataille pour le pouvoir ne fait que commencer. Certes, le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (SCAF) a félicité le nouveau président. Certes il a promis de lui remettre le pouvoir exécutif avant le 30 juin. Dans les faits, la marge de manoeuvre de Mohamed Morsi sera extrêmement limitée. Il va s'installer dans le fauteuil présidentiel, mais l'armée a pris soin d'en scier les pieds, vidant la fonction de la plupart de ses attributions. Au soir-même du deuxième tour la junte militaire s'est arrogée la plupart des pouvoirs dont jouissait Hosni Moubarak.

L'armée garde le contrôle

Après la dissolution du Parlement aux mains des islamistes par une Cour constitutionnelle aux ordres, l'armée s'est arrogée les pouvoirs législatifs et budgétaires, le contrôle totale de toutes les affaires militaires, le contrôle des forces de police et le droit de s'ingérer dans la nomination de la commission en charge de rédiger la future constitution, celle-la même qui décidera de la répartition des pouvoirs dans le futur régime.
"Les généraux ont le doigt sur le bouton reset si le résultat ne leur plait pas. La confrérie des Frères musulmans a certes la légitimité démocratique pour elle et le pouvoir de mobiliser des centaines de milliers de personnes dans la rue, mais les généraux ont les armes, les tanks, les blindés. Ce qui se joue en ce moment c'est de la realpolitik" déclarait hier dans une interview au new York Times, Omar Ashour, expert poltique au Brookings Doha center.

L'Egypte plus polarisée que jamais

L'Egypte est donc plus polarisée que jamais. Mais dans la lutte sans merci qui oppose la confrérie au pouvoir militaire, M. Morsi a joué la carte du rassemblement et s'est posé comme le "sauveur de la révolution". Il a promis d'associer les partis libéraux et laïcs à l'exercice du pouvoir, de ne rien négocier dans l'ombre avec les généraux, de ne pas obliger les femmes à porter le voile, de garantir les droits de la minorité chrétienne, de respecter les traités internationaux y compris celui signé avec Israël en 1979. Mais les révolutionnaires se méfient de la confrérie. Après des décennies sous la botte des généraux, ils craignent désormais de tomber sous l'emprise des sheikh.

Barbara Lohr / ARTE Journal




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Edité le : 24-06-12
Dernière mise à jour le : 24-06-12