Cultures Electroniques : Comment est née l’envie de créer la compilation Echo Location ?Pierre Belouin : Je voyais de plus en plus de groupes d’electro clash très inspirés de ce qui se faisait dans la scène cold wave expérimentale des années 80. Ces nouveaux groupes fonctionnaient très bien auprès des médias et des jeunes sans que le lien soit jamais fait avec les origines et notamment avec la scène française qui m’intéresse tout particulièrement, vu que je l’ai beaucoup écouté.
Le but de Echo Location était de resituer tout ça et aussi d’en donner ma propre vision. J’ai voulu éviter que le regard soit trop nostalgique et proposer autre chose qu’une compilation « fonds de tiroirs » ou une simple anthologie.
J’ai demandé à ces groupes de réinterpréter un de leur titre de l’époque, 15/20 ans plus tard, histoire de mettre en valeur les changements, les évolutions de chacun –certains étant toujours actifs à l’heure actuelle.
Concernant le nom du cd, comme je n’ai pas connaissance de terme qui dise ce qui ce passe quand un artiste ré intervient sur son propre travail des années plus tard, j’ai utilisé le terme « écholocation ». C’est (dans la lignée de « optical sound ») un nom scientifique qui désigne le système de navigation par ultrasons de certains mammifères.
Il y avait là une notion d’aller-retour sonore.
CE : Et concernant les autres personnes qui ont travaillé avec toi sur ce projet, graphistes, ingénieur du son, rédacteur ?
PB : Pour le graphisme, j’ai voulu faire appel à une équipe qui travaille sous le nom de Labomatic car ce sont des gens qui connaissaient la plupart des groupes rassemblés sur le cd, et parce que à l’époque, ils avaient un label, « Out of nowhere » et un fanzine classieux du même nom. Je leur ai laissé le champ libre et ils ont fait un travail très intéressant, assez subtil, qui sort des clichés auxquels on pouvait s’attendre sur une compilation des années 80. Il s’agit d’un travail hybride : on comprend visuellement de quelle période ça traite mais c’est en même temps très actuel. C’est un vrai pont.
Le mastering est fait par Norscq (qui fait aussi partie de la compilation, c’est The Grief). Il est musicien et ingénieur du son. Il fait du très bon travail et a toujours été proche de cette scène musicale. Il a travaillé notamment pour Von Magnet, Colder ou The Atlas Project... Et avec moi pour le projet Cocoon.
Le rédacteur, David Sanson, est quelqu’un de vraiment passionné par toutes ces musiques. Il joue lui-même dans le groupe That Summer, il a été rédacteur en chef des revues Octopus, Mouvement... Pour le livret de Echo Location, il a su retranscrire à sa manière, sous forme d’une introduction historique, la façon dont il avait vécu l’époque, son ressenti vis-à-vis de ces formations. Et il a consacré une page à chaque groupe, il dresse un bilan.
CE : Pour l’instant, l’accueil est bon et les ventes marchent bien mais c’est une petite édition (1000 exemplaires)... Est-ce que tu envisages de refaire un tirage ?
PB : A priori non. Je fonctionne toujours avec de petites éditions, vu mon système économique et vu surtout que les distributeurs français ne veulent pas prendre de risque avec ce genre de projet. Ils travaillent les disques comme des produits et prennent une énorme marge (environs 50% du prix de vente) quand ils les acceptent. Ce qui n’a pas été le cas pour Echo Location alors qu’il y a un public demandeur. Quand j’ai commencé à parler de ce projet, tout le monde a dit « super ! génial ! » mais personne ne s’est mouillé, y compris des gens qui à l’époque avaient édité la plupart de ces groupes et qui sont maintenant dans des majors.
Finalement, je fonctionne comme d’habitude. Sur internet on peut acheter les cd par PayPal, un bon système, surtout en ce qui concerne les ventes internationales et puis il y a un certain nombre de petites boutiques qui suivent (voir liste sur le site).
La distribution est un problème majeur, les tentatives de fédération qui ont été menées en France pour organiser un réseau de diffusion alternatif ont échoué contrairement à ce qui se passe en Angleterre avec Cartel, ou en Allemagne... Mais être exclu des circuits de diffusion a l’avantage de sauvegarder une certaine liberté, un vrai regard. Tu peux rester exigeant, garder le contrôle.
CE : De quoi es-tu le plus fier dans cette aventure, maintenant que le projet Echo Location a abouti ?
PB : De la cohésion entre les différents interlocuteurs qui ont participé au projet avec enthousiasme. Ils ont accroché à l’idée et ont accepté de s’investir tout comme à l’époque ils le faisaient, et ça malgré le peu de moyens financiers. Peut-être qu’il n’y aurait pas eu cette passion au sein d’une plus grosse structure qu'Optical Sound, peut-être que ça aurait été un simple objet mode. D’ailleurs, on voit bien qu’à l’heure actuelle il y a une profusion d’anthologies pas très interessantes.
Quand à ceux qui me demandent si il y aura un Echo Location volume 2, je réponds non. Je laisse la porte ouverte mais en même temps je n’ai déjà pas voulu d’un double cd pour cette édition. Il s’agit de ma vision de cette scène, de manière concentrée. Maintenant que j’ai édité cette compilation qui met en lumière mes influences, je vais continuer à sortir des choses actuelles.
Echo Location
chez Optical Sound
édité à 1000 exemplaires
Disponible sur le site du label
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Labomatic - Le livre
Labomatic
Livre avec un CD-Rom Edition
bilingue en français et anglais
chez Pyramyd
dans la collection Design & Designer
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Le design d'arteradio
Labomatic a aussi dévelloppé le site arteradio.com. Vous retrouverez une double page consacrée à ce travail dans le livre et le site arteradio à l'adresse suivante : http://www.arteradio.com
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