Le son pour lequel la presse musicale anglaise a autrefois inventé le terme de Krautrock est né en Allemagne de l’Ouest à la fin des années 60. En réaction au contexte politique, les jeunes groupes allemands se démarquent de leurs idoles anglaises et américaines et développent ainsi leur propre son. Une première dans l’histoire de la pop.
Rythmes mécaniques, guitares distordues : le groupe Neu ! de Düsseldorf en est la figure de proue. Michael Rother se souvient : « Les émeutes de 68, la guerre du Vietnam, tout cela a fortement marqué les consciences. Et chez les jeunes, en tous cas chez moi, ça a entraîné le besoin d’affirmer une identité propre par le biais de la musique ». C’est à Forst, un village à 40 kilomètres au sud de Hanovre, que Michael produisait au début des seventies les albums de son groupe Harmonia. Même Brian Eno est passé par ici. Aujourd’hui, Michael Rother y enregistre ses albums solos. Et il est resté fidèle au minimalisme de ses débuts. Michael Rother : « Le désir de développer une propre écriture musicale implique la nécessité de laisser de côté toutes les structures musicales avec lesquelles on a grandi. Cela signifie qu’à partir d’un moment, j’ai cessé de jouer des soli de guitare. Je ne voulais plus jouer de lignes musicales harmoniques. Donc tout ce qui restait, c’était un concept musical minimaliste : un son, un rythme, une idée ».
Et quarante ans plus tard, ce son connaît un vrai retour de flamme. Surtout chez les jeunes Anglais. Il y a quelques années, Riton, DJ et producteur londonien, principalement connu pour ses rythmes électro, se découvre une véritable passion pour le krautrock. En 2008, il sort un album sous le nom de « Eine Kleine Nachtmusik – une petite musique de nuit », influencé notamment par Harmonia. Actuellement, Riton travaille avec 2ManyDJs sur le projet « Die Verboten – les interdits ». Pour plus d’authenticité sonore, il utilise d’anciens synthétiseurs. Il se sent investi d’une mission, « faire redécouvrir cette musique. Je trouve qu'on l'a un peu oubliée, surtout les jeunes qui aiment la Techno, la Techno minimaliste et ce genre de choses. Je crois qu'elles se ressemblent, qu'elles ont le même esprit. Je crois qu'il y a de nombreux points communs, en particulier parce que cette musique vient d'Allemagne ».
Et il n’est pas le seul à aimer le krautrock. Sur la compile « Brand Neu ! », des amateurs de krautrock aussi différents que Oasis et le LCD Soundsystem rendent hommage au groupe de Michael Rother. Egalement présents sur cet hommage à Neu : Fujiya et Miyagi, de Brighton. Leur morceau « Knickerbocker » cartonne en Allemagne. Leur rythme est clairement inspiré de Can, un groupe qu’ils vénèrent. David Best, de Fujiya et Miyagi: « J'ai compris qu'il y avait d'autres musiques possibles, qui ne respectaient pas les structures traditionnelles. Une chanson ne devait pas forcément alterner les couplets et les refrains. On pouvait s'en tenir à un ou deux accords, c'est une autre manière de composer ».
Depuis le début des années 90, le groupe Tortoise, de Chicago, se démarque avec succès des structures classiques de la chanson pop. Sur son neuvième album, le groupe de John McEntire poursuit l’expérience dans l’esprit de Can et consors. Sans chanteur mais avec deux batteurs, leurs spectacles évoquent les sessions impovisées des années 70.
Même si la lutte contre les règles sociales appartient au passé, le son de la première génération krautrock est à nouveau tendance. Mais la génération d’aujourd’hui le réinterprète avec un regard nouveau et apolitique. David Best conclut : « Ils ont perdu la guerre mais ils ont gagné la bataille du Krautrock ! »
Liens
- Neu! sur Myspace (non-officiel)
- Le site de Michael Rother
- Riton
- Page Myspace de Tortoise
- Fujiya et Miyagi sur Myspace
- Site officiel de Fujiya et Miyagi
- Cluster (ex Harmonia) sur Myspace
- Dieter Moebius (Cluster) : albums et dates de concerts
- Dossier Krautrock sur arte.tv
- Site d'Eric Deshayes, spécialiste du krautrock
- Pour en savoir plus sur Cluster
Albums
LightbulbsFujiya et Miyagi
chez Tirk Recordings
Brand Neu! (compilation)
avec Ciccone Youth, Primal Scream, Oasis, Foals,
Kasabian. Cornelius, Holy Fuck, LCD Soundsystem,
School Of Seven Bells, La Dusseldorf, Michael
Rother, Fujiya & Miyagi...
Label : Feral Electronics
Video
Livres
- KrautrocksamplerJulian CopeEditions de l’Eclat, 2008
Un ouvrage indispensable pour tout fan de "Krautrock"
L'auteur est lui-même musicien. Il a joué dans le groupe "Teardrop Explodes" avant de se lancer dans une carrière solo. Il considère son ouvrage comme „One head’s guide to the Große Kosmische Musik“. Avec "Krautrocksampler“, Cope nous raconte l'histoire musicale du Krautrock, dans un ton personnel et avec bien de l’humour.
- Jean-Jacques Kravetz
Meine 40 Jahre in der deutschen Rockmusik
Palmyra Verlag, 2008
En allemand
La musique est sa passion et sa vocation: depuis plus de 40 ans, Jean-Jacques Kravetz est pianiste, saxophoniste et produit de nombreuses stars allemandes. Né à Paris, il commence à jouer pour Michel Polnareff ; en 1967, il arrive en Allemagne.
A l'occasion de son 60ème anniversaire sort une biographie qui raconte de manière très personnelle et très divertissante l'histoire mouvementée de ce musicien.
Une particularité de l'ouvrage : les "liqueurelles", des illustrations produites non pas à l'aquarelle mais à la liqueur en exclusivité par Udo Lindenberg!
Marius Müller-Westerhagen écrit à propos de l'ouvrage : "Les mémoires de Jean-Jacques Kravetz sont pleines de douceur, de respect et rehaussées d'une pointe d'humour. Cela fait du bien de lire une biographie de quelqu'un qui n'est certes pas sur le devant de la scène, mais qui s'avère indispensable."
Cet ouvrage est un bon complément à celui de Cope, puisque contrairement à Cope, Jean-Jacques Kravetz met l'accent sur les groupes.







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