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Cultures Electroniques

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Cultures Electroniques

Du 4 au 6 juin 2010

Laptops R Us Madrid

Pour les amateurs de performances audiovisuelles, c'était à Madrid qu'il fallait être du 4 au 6 juin 2010 pour la manifestation Laptops R Us, un projet qui rassemble des femmes performeuses audiovisuelles de la "génération laptop". A l'origine de cet événement, on retrouve les artistes Shu Lea Cheang (également à l'origine de projets comme Kingdom of Piracy ou Moving Forest pour n'en citer que deux) et Maite Carajaville.

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Après une saison de rencontres (Paris au festival Vision'R dédié au VJing, Genève au Mapping Festival, Carceres et Berlin), la session madrilène est l'occasion d'un événement plus important : deux soirées de performances à Matadero Madrid (un beau centre dédié aux pratiques artistiques contemporaines dans les anciens abattoirs de Madrid), deux jours de conférences au musée d'art contemporain Reina Sofia et un jour de présentations et discussions au Medialab Prado (un centre dédié à la création numérique).

Au coeur du projet, on retrouve les performances visuelles des participantes, dans la tradition du VJing dans un environnement un peu inattendu : un ring de boxe. Dans ce dispositif, deux filles confrontent leurs travaux de manière collaborative dans un tournoi. Pas de gagnante finale mais la durée des performances dépend toutefois des applaudissements du public, qui se presse autour du ring, entouré d'écrans. C'est l'occasion pour toutes ces artistes de montrer leurs travaux. Après une première soirée de "repérages", les 31 performeuses ont fait le choix le deuxième soir de jouer ensemble. Pour le plaisir du public et le leur, 6 filles jouaient à la fois, produisant des carambolages visuels entre différentes esthétiques : de la déconstruction du code et du porno de TrashMixer aux vidéo de l'artiste libanaise La Mirza, en passant par les vidéos expérimentales de paula_vlz et l'esthétique pop et techno de Chika. Côté son, pour une unité entre les vjs, c'est la même dj qui joue toute la soirée, avec chaque soir un mix techno un peu trop prévisible et répétitif.

Film de Elise Passavant

L'ambiance festive avait son pendant plus théorique : les conférences étaient l'occasion de proposer un cadre aux performances, tout en montrant des projets connexes (comme par exemple le dispositif de performance web WJ conçu par Anne Roquigny). Cornelia Lund s'est attaquée à la question terminologique pour nommer les travaux des artistes présentes, et plus généralement les termes en cours pour parler d'images animées en temps réel. Auteure avec Holger Lund de l'ouvrage "Audio.Visual: On Visual and Related Media" en 2009, cette chercheure s'occupe d'une plateforme en ligne dédiée aux arts numériques, Fluctuating Images. Elle a d'abord commencé par dégager plusieurs termes utilisés pour ces pratiques (par la presse, les festivals, les artistes) : VJ, live visuals, visual music, live cinema, performance AV (pour audiovisuel)... VJ est le terme le plus ancien, il est originaire du club et est associé au terme de DJ. Elle propose comme définition pour le VJing une "performance qui consiste à créer de l'art visuel animé (souvent de la vidéo) sur de grandes surfaces ou écrans, généralement dans des événements comme des concerts, des clubs ou des festivals de musique, et souvent en relation avec d'autres éléments des arts vivants (musiciens, acteurs, danseurs)". Elle note cependant que d'autres termes sont apparus plus récemment pour sortir ces pratiques du club et les amener dans des lieux de l'art : ainsi la notion de live cinema s'applique à des travaux considérés comme plus artistiques et personnels que ceux associés au VJing. Les termes sont fluctuants et se recoupent. Quant à la performance AV, elle semble plutôt venir de la composition musicale (là où les expressions live cinema ou VJing sont issues du champ des arts visuels). Les différentes définitions permettent d'appréhender la situation des pratiques visuelles en temps réel, à un moment où les clubs font moins souvent appel à des VJs et où les artistes aspirent également à concevoir des travaux plus sophistiqués.
De nombreux artistes souhaitent aller au delà de la manipulation d'images grâce à des logiciels dédiés pour proposer quelque chose de plus performatif, ou simplement avoir différentes pratiques selon les contextes. Par exemple, A-li-ce est vj pour des musiciens et DJs. Elle développe également des performances dans le cadre du collectif Home Made, comme "Harry" leur dernière création (qu'elle a présenté au Medialab Prado). Elle manipule objets et images dans la performance, mêlant captures en temps réel avec une caméra de surveillance, animation et traitement numérique.


La conférence a fait la part belle aux différentes formes collectives dans lesquelles les femmes (artistes, travailleuses culturelles, chercheures, développeuses, activistes...) s'inscrivent, des cyberféministes dans les années 1990 aux réseaux sociaux contemporains. Claudia Ossandón présentait les rencontres Generatech, dont elle est l'une des organisatrices. Le but de Generatech est de créer un espace critique autour du genre, du féminisme, du logiciel libre, etc, ce qui a amené le développement d'ateliers sur les technologies et de débats autour de ces questions. Depuis 2007, ces ateliers ont lieu dans plusieurs villes espagnoles, et bien qu'a priori plutôt destinés aux femmes, ils accueillent hommes et femmes pour partager leurs connaissances des logiciels libres qui permettent de créer sons et vidéos, de les publier en ligne sous forme de flux ou d'archives... Les codes technologiques, biologiques, médiatiques sont déconstruits par les participant-e-s de ces rencontres. Julianne Pierce a présenté le travail de VNS Matrix, un collectif de cyberféministes australiennes actif de 1991 à la fin des années 1990. Elle a présenté le manifeste cyberféministe pour le 21ème siècle, texte renommé qui a circulé sur Internet dès sa création, ainsi que le jeu vidéo "ALL NEW GEN", maintenant obsolète, où il s'agit de faire bugger un ordinateur patriarcal grâce à des personnages féminins qui se jouent des clichés de genre. Les graphismes colorés sont un hommage et une déconstruction de la culture pop. Julianne travaille actuellement avec le collectif Blast Theory. Les héroînes d'ALL NEW GENE ont leurs héritières parmi la nouvelle scène d'artistes. De nouveaux imaginaires, de nouvelles héroines féministes sont à créer. La VJ berlinoise Soni Riot nous en propose un exemple avec le personnage d'animation du même nom, qui se rebelle contre la société.

Lectrices et lecteurs de Cultures Electroniques, à vos claviers et caméras !
Un article d'Anne Laforet

Edité le : 18-06-10
Dernière mise à jour le : 08-09-10


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