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Cultures Electroniques

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Cultures Electroniques

Un article de Véronique Godé - 05/05/10

Elektra : plaque tournante des arts électroniques

du 5 au 9 mai 2010 à Montréal


Les performances audiovisuelles étaient au centre de la manifestation Némo qui réunissait quelques milliers de personnes au Centquatre Parisien du 8 au 17 avril dernier ; elles le seront plus que jamais pour la onzième édition du festival Elektra de Montréal du 5 au 9 mai prochain.

Les festivals sont un peu comme ces foires moyenâgeuses en Europe ou ces rassemblements de caravanes, en des temps bien plus reculés en Orient : on y échangeait des marchandises, des œuvres artisanales, des idées et des techniques à la pointe d'une culture en mouvement.

Images du futur

Si Elektra est un festival phare sur la scène internationale des arts numériques, le Québec est depuis longtemps une terre d'accueil ouverte aux nouvelles technologies. Il n'était pas rare dans les années 80 qu'en rejoignant le Siggraph (Special Interest Group in Computer Graphics) aux USA, on fasse le détour par Montréal pour y découvrir, à Images du futur, les œuvres d'artistes tels que Nam June Paik, Myron Krueger, ou la machine à peinture géante de Jean-Paul Longavesne avec le GRIP (groupe de recherches informatiques picturales). Cette année, dans le cadre d'Elektra, à la cinémathèque québécoise, c'est le cinéaste Stan Van Der Beek (1927-1980) qui sera le sujet d'un retour vers le futur avec dix films qui retracent la puissance avant-gardiste d'une œuvre surréaliste à base de collages, d'échantillonnages audio-visuels et de premières tentatives d'animation numérique.

Cinéma sensoriel

En 2010, l'heure est à l'interaction son/image : brain cinéma, vjing, abstractions interactives, déflagrations lumineuses, et projections immersives ... Une électro - acoustique ou pas - pour dénominateur commun.
Quatre nuits de concerts et performances programmées à l'usine C : en avant première du festival, deux pionniers québécois, Sylvain Pohu et Jean Piché, dont les pièces respectives Beat et K'anchay, associeront la vidéo aux rythmes singuliers des instruments traditionnels interprétés par l’ensemble de percussions Sixtrum. A découvrir !
C'est Dust, l'œuvre attendue d'un autre artiste canadien, Herman Kolgen qui fera l'ouverture officielle du festival le 6 mai. Révélé en France (lors de Némo 2005) par l'exigence d'une abstraction minimaliste, Fluux:/terminal, un "dytique rétinal" conçu avec Dominique T. Skoltz, dans lequel images et sons mixés s'entrelacent et s'entrechoquent en temps réel, Kolgen a récemment produit en solo deux nouvelles pièces Dust, une expérience macroscopique autour de la poussière présentée en avant première au Cube et In/ject un pièce montrée au Cenquatre co-produite par le centre d'Art d' Enghien l'année dernière pour une projection géante lors des Bains Numériques. Ce film car il s'agit bien là d'un travail de montage au frame près, d'un tournage improbable et de l’incroyable performance d'un jeune japonais en immersion dans une cuve... In/ject donc, est une claque dont chaque hertz de la bande son résonne dans le ventre quand l'esthétique visuelle d'une violente beauté questionne les sens et trouble l'esprit. L'œuvre à la réalisation irrépochable ne fait pas l'unanimité. Antithèse du "soft Vjing", du lounge ou de "l'easy listening", elle incarne le manque, elle dérange !


Dans la même soirée, Abcd Light, la nouvelle création d'Alain Thibault, compositeur et directeur du festival réuni avec Yan Breuleux sous le nom de code Purform, réjouira probablement sans équivoque le public par ses déferlements de rayons lumineux portés par une électronique chaleureuse et puissante.


De la lumière encore, pour une immersion totale, avec Laser Sound Performance, un bombardement de couleurs, de l’artiste hollandais Edwin van der Heide dans les nuits des 6, 7 et 8 mai.
Et pour parfaire cette grande messe iconoclaste, la soirée du vendredi 7 mai, nous offrira une radiographie des cathédrales (Cathedral Scan) de l’américain Blake Carrington alors que Raphaël Thibault et Hyun-hwa Cho nous entraineront virtuellement dans l’enceinte de l’Église St-Eustache à Paris avec Vox Humana.




Ceux qui comme moi n'ont pu découvrir récemment, au Cube ou au 104, la nouvelle création de Cécile Babiole, Jean-Michel Dumas et Vincent Goudard se donneront rendez-vous au Donjon : "lieu d’une joyeuse déconstruction technologique, domestique, et fantasmatique de la culture populaire". A suivre!



A écouter sur bandeapart.fm
Du religieux au rituel - et pourquoi pas l'inverse? - la grande soirée de clôture sera rythmée cette année par le label berlinois raster-noton avec pour ambassadeurs Aoki Takamasa, rien que ça, et Mika Vainio, membre fondateur du duo finlandais Pan Sonic, accompagnés d'un nouveau bruitiste de talent, Grischa Lichtenberger.



Un showroom : le MIAN

Mais Elektra c'est aussi la découverte de nouvelles installations artistiques à l'usine C, à la cinémathèque, au Centre des arts actuels Skol, ou dans les Galeries de Montréal.
c'est aussi un marché, pour la 4 ème année consécutive, avec ses conférences. De la même façon que l'équipe des Qwartz en France a su l'initier dans le domaine de la musique électronique, indépendante, s'y retrouvent artistes, public et professionnels afin de créer de nouvelles collaborations. Car si les liens entre Némo, le festival de l'Arcadi (Aide à la création et la diffusion en île de France) et le festival québécois se sont resserrés par le jeu de coproductions, d'aide au financement et à la diffusion des œuvres, c'est aussi par le rapprochement des hommes et des femmes qui concourent et expérimentent au niveau local autant qu'au plan international, au développement d'un art dit numérique, électronique ou médiatique, qui a du tracer son sillon en bordure des territoires officiels du cinéma et des arts plastiques.

Aussi, les quelques courageux et chanceux qui ont su attendre dans les couloirs glacés du Cenquatre qu'on les laisse s'engouffrer dans une salle trop petite pour les accueillir, pourront se targuer d'avoir déjà vu quelques fleurons de la programmation d'Elektra. En revanche à ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir un jet lag, Les Nuits sonores de Lyon (du 12 au 16 mai) proposent une belle séance de rattrapage, pour l'ascension, avec carte blanche à nos cousins canadiens. Entre Exit, Némo, les Qwartz, prochainement Seconde Nature à Aix ou Scopitone à Nantes, la scène électro-francophone a su se faire une place internationale.

Le festival

Elektra
Festival international des arts numériques
du 5 au 9 mai 2010 à Montréal

Edité le : 05-05-10
Dernière mise à jour le : 05-05-10