Comment, depuis "Rapper's delight" de Sugarhill Gang, premier single hip-hop à entrer au hit parade américain en 1979, la culture rap a bouleversé les moeurs socio-musicales et s'est imposée dans le monde.
Rap, scratch, break et graffiti : au début des années 80, une révolution culturelle est en marche. New York voit l’émergence d’une nouvelle culture jeune, avec un son nouveau et excitant, avec des images qui sortent des cadres et qui fleurissent sur les murs et les trains.
HIP-HOPDurant les années 80, le hip-hop devient peu à peu un mouvement jeune d’ampleur mondiale. Kurtis Blow se souvient: "Quand j'ai entendu pour la première fois “Rapper's Delight", j'étais stupéfait d'entendre à la radio ce que je faisais depuis six ou sept ans ! Je me suis dit : “Super, on a gagné, on va pouvoir faire des disques!". L’avant-garde new-yorkaise découvre le breakdance, les breakbeats et le rap, issus des faubourgs les plus pauvres de la ville. Les beaux quartiers se mêlent aux bas-fonds pour ce qui sera le flirt le plus créatif des années 80. Eté 1981, les « Clash » débarquent à New York. Trois semaines durant, ils vont secouer la ville avec leur mélange punk, ska et reggae. Mais ils y diffusent aussi l’esprit contestataire de la classe ouvrière anglaise. Le punk et le hip hop découvrent leurs racines communes dans le ska, le reggae et la culture DJ des immigrants jamaïcains. La hiérarchie jusqu’ici bien figée entre « Noirs » et « Blancs » est ébranlée. Afrika Bambaataa fonde la « Zulu Nation », en s’inspirant des Zoulous anticolonialistes d’Afrique du Sud. La « Zulu Nation » embrasse toutes les facettes du hip-hop : breakdance, graffiti, rap et DJing. Le mouvement de Bambaataa va consolider cette jeune culture et lui donner une orientation anticoloniale et universelle. La musique devient l’instrument de la tolérance et la fraternité entre les peuples.
LA REVOLTE DES SYMBOLESDans le New York des années 80, le graffiti est omniprésent. A la librairie « Revolution Books Store », photographes et collectionneurs célèbrent la parution du tirage anniversaire de « Subway Art », ouvrage de référence. A mesure que le hip-hop s’impose, le marché de l’art découvre les graffeurs de Harlem ou du Bronx. Leurs œuvres deviennent des objets de spéculation. Le milieu de l’art s’émerveille du potentiel créatif de la classe populaire, mais rares sont les artistes qui savent répondre aux exigences du marché de l’art. Très vite, de nombreux graffeurs retrouvent la rue, et l’illégalité. Un réveil difficile...
BREAKDANCELe breakdance va connaître une évolution similaire. Il puise ses racines dans la danse jazz, la capoeira et les films de kung fu bon marché. Né dans les rues de Harlem ou du Bronx, le breakdance débarque dans les clubs de Manhattan et se retrouve rapidement sur les plus grandes scènes d’Amérique. Les acrobaties du breakdance plaisent au public, elles sont l’attraction des spectacles hip-hop. La culture des quartiers pauvres new-yorkais arrive au Japon et en Europe. Les breakdancers ont ouvert la voie du succès aux rappeurs.
L'EMERGENCE DU RAPLe bloc « graffiti, breakdance et rap » se morcelle. Désormais, le rappeur focalise toutes les attentions. Et tous les sponsors. Avec la complicité de Jazzy Jeff, Will Smith devient l’idole des kids grâce à la série télé « le prince de Bel-Air ». Et au milieu des années 80, ce sont les premiers rappeurs blancs qui montent sur scène: Everlast, 3rd Base mais surtout les Beastie Boys. Chez Public Enemy, qui prône un nationalisme pro-black sans compromis, la pop commerciale et l’agitation politique fonctionnent de concert. Derrière Public Enemy, une voix se détache de plus en plus nettement : celle de l’organisation « Nation of Islam » et de son leader, le démagogue Louis Farrakhan. Malgré leurs intentions antiracistes, les membres de Public Enemy se retrouvent soupçonnés d’antisémitisme. Aux Etats-Unis, à la fin des années 80, le rap adopte des formes de plus en plus radicales. Criminalité, drogue, conflits entre bandes, violences policières et prison dominent le quotidien. Dans le rap, cette situation s’exprime par l’apologie de la violence et du sexisme. Ice-T invente le gangsta rap. Le message est autodestructeur, mais pour les jeunes des quartiers difficiles, il est plus proche de la réalité que les textes conciliants de Zulu Nation. Avec les « Niggers with Attitude », les bénéfices du gangsta rap vont se chiffrer en millions. Les protestations des associations parentales amplifient le phénomène. Du rap sur fond de violence et de misère sociale, rien de tel pour choquer les parents de la génération hippie. Les dernières décennies ont été marquées par le hip-hop, depuis le mouvement des droits civiques, jusqu’à l’élection du premier président américain noir. Le DJ Mickey D. ironise: "En Amérique, on disait que l'on aurait un président noir quand les cochons auront des ailes. Aujourd'hui, cent jours après l'élection, on a la grippe porcine. Intéressant, non ?"
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Video
"Rapper's Delight" par The Sugarhill Gang
Livre
"Subway Art" est un classique dans le domaine du
street art. L'ouvrage, en anglais, passe en revue les différentes formes de la culture du graffiti dans le New York des années 80.
Editeur : Thames & Hudson Ltd