Pourquoi faites-vous de la mode ?
Silvia Fendi : Je suis née dans la mode. Je ne l’ai pas choisie, c’est la mode qui m’a choisie. Mais je me suis posée cette question pendant très longtemps. Parce que vous vous doutez bien que ce n’est pas évident d’être née là dedans et d’en faire son métier. Et bien, en fait, je n’ai compris que très tard que je faisais de la mode parce que j’aimais ça. J’ai toujours été fascinée par ce qui est nouveau. Peut être que j’aurais pu faire un bon médecin mais alors un médecin avant-gardiste.
Karl Lagerfeld : Je n'ai jamais fait autre chose. Demandez à une pute pourquoi elle fait le trottoir. Parce que c'est tombé comme ça, c'est les circonstances. Je n'en sais rien, ça me convient, j'ai la mentalité à ça, j'aime le changement, j'aime détruire pour refaire. Non, je suis un mercenaire et j'ai le mental pour ça et ça me va très bien, moi je trouve ça très bien. Tous ce que les gens peuvent reprocher à la mode, c'est ce que j'aime dans la mode. Pas uniquement parce qu'on reproche certaine choses à la mode, c'est parce que ça doit correspondre à ma nature. Moi je suis complètement heureux. Quand on me fait le coup de l'artiste, moi je ne suis pas un artiste, je suis quelqu'un qui fait des collections.
Et je suis ravi de le faire, de pouvoir le faire dans des conditions assez extraordinaires, dans un état de non pesanteur totale. Et je n’entends pas parler de budget, je ne fais pas de marketing, je ne fais pas de meeting, je ne fais rien de tout ça. Je ne veux pas faire ça. Je suis inconscient, et c'est avec ça que je travaille. C'est ça le luxe. Vous me demandiez ce que c'était le luxe, et bien c'est ça. Le luxe c'est de ne pas se faire chier. Pardon. Et que ça soit un choix. Je veux bien travailler 24 heures sur 24 si c'est mon choix. Sinon je n’ai pas très envie... Je n'ai aucun sens du devoir, je n'ai que le sens de l'envie. Je n'ai aucune responsabilité, rien. Mais en même temps je voudrais quand même que ça marche, que les gens gagnent leur vie et que ça tourne. Moi je ne vais pas aller aux sports d'hiver pour me casser une jambe en disant je ne peux pas travailler vous voyez en pleine collection... moi, je dois faire attention à moi puisqu'on me confie un truc que je dois assumer. C'est tellement primaire que je ne sais même pas pourquoi je vous le dis.
De toutes façons, c'est un hasard qui m'a précipité dans la mode. J'ai gagné un concourt de dessins où il y avait deux cents concurrents à l'école, un truc d'amateurs. Et c'est Balmain qui réalisait la robe, il m'a demandé ce que je faisais. Je n’ai pas trop dis que j'étais encore à l'école et il m'a demandé si je ne voulais pas entrer dans son studio. Voilà c'est comme ça que j'ai commencé. Et quand je suis entré dans ce studio de dessins, il y avait cinq dessinateurs, stylistes. On ne les appelait pas styliste à l'époque, mais modélistes. Parce que les couturiers drapaient mais ne dessinaient pas. Moi je savais bien dessiner. Il y en avait 6. Et bien au bout de six mois tout le monde était réengagé et j'étais le patron. Je ne crois qu'au hasard, mais le hasard implique quelques devoirs pour l'exploiter.
Loic Prigent : C'est du talent, non ?
Karl Lagerfeld : Oui d'accord mais ça va dans le paquet sinon on ne fait pas ça. Parce faire uniquement les choses par intrigue et coucherie, ça ne duré pas. Ca n'a jamais été mon fond de commerce. Moi mon fond de commerce a toujours été le boulot et travailler plus que les autres pour leur montrer leur inutilité.






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