Martial et Odette Sudre, jeunes retraités, ont fui la grisaille et l'insécurité de la banlieue parisienne et viennent couler des jours paisibles dans un coquet pavillon, choisi sur brochure, au cœur des Conviviales, une résidence encore déserte dans Sud de la France.
Réservé aux seniors, l'endroit, bordé de caméras de surveillance, est farouchement gardé par l'étrange monsieur Flesh. Ils ne perdent pas une miette de l'emménagement de leurs premiers voisins : Maxime et Marlène Node, leur piano blanc et leur secret, puis arrive la solitaire Léa, et enfin Nadine, l'animatrice très 70's du club-house. Le quotidien s'organise : bricolage, expériences culinaires, visites des hauts-lieux culturels aux alentours, dîners de courtoisie... Dans cette prison dorée, aseptisée, la tension ne tarde pas à monter. Très adroitement, par strates concentriques, le récit se densifie, l'espace de liberté de chacun s'amenuise, les blessures et méfiances s'exacerbent. La paranoia gagne les personnages, des ombres nocturnes menaçantes se multiplient, le mistral se déchaîne, ces gens du voyage installés non loin pourraient être dangereux.
D'une plume fluide, incisive et très visuelle, Pascal Garnier dissèque très finement et avec humour les travers humains sublimés dans un huis-clos. On ne serait guère étonné de voir ce roman adapté au cinéma. Dans la tradition des grands films noirs.

Lune captive dans un œil mortPascal GarnierEditions Zulma160 pages / 16,50 €

Marie-Delphine Guillaud